CHAPITRE II
ÎL allait être onze heures. Sacy, qui devait prendre son tour de quart, sifflotait en marchant sur le pont.
Soudain sous ses semelles il sentit un choc — quoi donc ? — et aussitôt un râclement qui s'enfonçait, comme si la quille rabotait un récif.
Il bondit sur la dunette :
— Commandant ! nous avons touché !
Nuque basse, le Gorille tenait la roue.
Il se retourna, considéra Sacy avec des yeux opaques :
— C'est cette vache... dit-il lentement en montrant la lune ; elle vous tape...
dans les deux yeux et Ton ne voit plus sa route... J'en sortirai. » Il répéta comme un ivrogne : « Je vous dis... que j'en sortirai. » Et, se penchant sur le portevoix, avec une colère soudaine gronda:
« Arrière ! »
Tout le bateau trembla comme une planche de fer. VOphélia recula. Mais on entendit les deux hélices qui, affolées, se débattaient hors de l'eau.
« En avant ! » rugit Cunold.
Le bâtiment parut stopper. Puis il cabra sa masse. Avec un grondement qui déchirait, il avança... et ne bougea plus.
Cependant le treuil se déchaînait, écrasant paroles et cris sous son fracas de chaînes sans fin. Quand ce vacarme s'interrompit, il se fit comme un vide noir : les pistons avaient cessé de battre. Et partout l'électricité, d'un coup, s'éttignit.
— Le point ? demanda le Comman-