‹ L'OphéliaChapitre 43 sur 59 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

l'a appris, mais il l'a pour ainsi dire surpris dans ses voyages au long cours, en regardant ! Avec ses yeux dont la curiosité vous brûle, il lit à livre ouvert dans tout ce que le hasard lui montre : travail des éléments ou construction des hommes. Vivre pour lui c'est voir ! Son intelligence joyeuse saisit au bond le nouveau : selon l'image mobile qui convient, elle est vite « au courant » ,

Le Capitaine descend des Français qui, depuis 1700, ont vécu dans les îles, loin de l'Europe. Quand le cerveau des civilisés s'est reposé deux siècles dans la vie de nature, il retourne aux choses de civilisation, avec le besoin de découvrir la science moderne, tout l'engrenage de sa merveilleuse mécanique, comme leurs ancêtres s'enivraient de découvrir les îles vierges.

Il se disait que si le hasard, au lieu de le faire pousser sur une île de l'Océan Indien, l'avait fait grandir en France, il

aurait pu accomplir ses études, « attraper » des diplômes, il serait devenu ingénieur, il pensait même : inventeur !

Mais il demeurait fier d'être né dans une petite île comme il serait né sur un navire, ce qui lui valait, avec sa prédilection pour la mer, son enthousiasme pour l'aventure au large...

C'est surtout quand il causait avec des gens du Nord qu'avec orgueil il sentait quel type d'homme différent il réalisait: même en face de Commandants, de Capitaines baleiniers, d'industriels entreprenants, il restait toujours étonné et un peu choqué de constater chez eux une timidité résignée ou une lassitude satisfaite qui bornait leur énergie. C'était des « moteurs » qui savaient trop la limite du temps, de l'espace, et, malgré tout, subissaient même au loin la loi des sociétés vieillies où sévit la tyrannie chinoise de l'Administration et des Bureaux. Lui, se jugeait un homme

Page 1