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CHAPITRE XV

POUR les oiseaux, il n'y avait personne sur José d'Aréna, tant ils y vivaient en sécurité.

C'était surtout l'après-midi, vers deux heures, que l'immense peuple des goélettes se trouvait au complet dans l'île. A la pointe Sud, où s'arrêtait le madrépore, là commençait l'oiseau. L'Océan violet à droite et à gauche, tout le promontoire en était blanc.

De cette infinie blancheur au repos on avait d'abord l'impression d'une paix éblouissante et moelleuse.

Beaucoup, posés sur le sable, la tête sous l'aile, sommeillaient; d'autres, sur

une patte, le cou tendu, veillaient; mâles et femelles se caressaient du bec ou cajolaient les petits qui, incapables de voler, jouaient; d'autres lissaient leurs gorges et grand était le nombre de ceux qui couvaient, pareils à de l'écume, floconnant à perte de vue. Pressés les uns contre les autres, ces milliers d'oiseaux de mer semblaient, sur terre, encore flotter...

Or, soudain, comme une brise, une sorte d'idée folle, de risée, soulevait un groupe. Ce groupe, comme une vague, en excitait un autre. Avec des cris piquants, des claquements d'ailes, un miroitement des gorges, le mouvement se propageait. Il se formait aussitôt comme des courants d'oiseaux, des tourbillons et des bouillonnements : une vie capricieuse, pareille au mystère de la mer, les agitait par en dessous.

Puis, brusquement, comme si la brise d'un coup était tombée, avec quelques

miaulements, égarés et tristes, tout s'apaisait au calme plat.

Silence.

...Mais tout avait l'air de si peu peser sur le sable !...

Il semblait qu'un léger bruit jailli de terre, qu'un souffle venu du large, qu'un appel de l'un d'eux, qu'un je ne sais quoi éclatant dans l'espace eût suffi pour que la caravane millénaire, — ce miracle blanc d'oiseaux à peine posé sur ce miracle blanc de coraux, — prît son vol et s'évanouît vers ailleurs...

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