‹ L'OphéliaChapitre 51 sur 59 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Les premières années de notre séjour dans l'île — quand je jouissais encore de mes forces — Joachim me menait chaque soir jusqu'ici pour que nous regardions ensemble le coucher de tous ces êtres innocents...

(( Mais puisque vous le désirez, Commandant, prenons un autre chemin... »

La voix tout à coup extraordinairement lointaine, sa tête commençait à se creuser, et, pour ne point voir, au-dessus de la mer grouillante, l'énorme nuage blanc qui, d'instant en instant, comme un haut travail d'atolls, bourgeonnait de lumière, elle marchait les paupières baissées.

Le sentier qu'ils suivirent, parallèle à celui qui longe les fosses à guano, conduit droit à la pointe Sud de l'île.

Là, ce qui a cessé d'être la mer, ce qui commence d'être la terre, étincelle de silence. Ce qui, jadis, s'est développé et a fleuri au fond des eaux, desséché

par le soleil, rayonne dans la lumière. Plates-bandes et bosquets en dédale d'un grand jardin de sel, le corail a d'abord étendu ainsi qu'une mousse de roses blanches pétrifiées et de fleurs en étoiles. Là-dessus il a poussé des aiguilles fines comme l'herbe entre lesquelles serpentent des racines et des lianes d'albâtre. Puis, par places, le corail devient arborescent : des touffes spatulées pareilles à des euphorbes portent des hampes de boutons rosés; certaines, semblables à des ifs d'ambre, épanouissent des bouquets d'épongés; d'autres élèvent des lys d'épines. Sur le ciel outre-mer le soleil des Tropiques aiguise la transparence de ces buissons que le vent du large n'agite pas; mais le sable dont il les crible, par rafales, en tire comme du crisial un frémissement stérile.

— Commandant, dit madame Danel bans y avoir réfléchi, c'est ici ce que nous appelons le « Cimetière ». Oh ! Dieu

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