‹ L'OphéliaChapitre 8 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

propre navire, il empoigna le porte-voix et cria en anglais :

— S'il y a dans la cale des matières inflammables, vite les enlever des surfaces de frottement.

Puis se tournant vers Sacy :

— Votre cargaison ?

— Je ne sais combien de tonnes de rails pour les chemins de fer du Japon !

— Bon !... vous aussi, vous avez pris pour les reflets de la lune sur la mer ce qui n'est partout ici que récifs de coraux blancs formés par les atolls... Dès vos premières fusées je l'ai compris.

— J'ai obtenu, dit Sacy, en désignant de l'œil son Commandant, qu'on ne tirât pas le canon.

Le Capitaine Danel lui serra le bras :

— Oh diable ! s'écria-t-il. Quelle fière chandelle je vous dois ! Le canon !... A la première détonation ils auraient tous filé!...

— Qui ? demanda Sacy content, qui aurait filé ?

Le Capitaine Danel, soucieux, ne répondit pas. Il y eut un silence où l'on entendit la respiration monstrueuse du Gorille.

Dès cet instant, le Second commença de soupçonner cet inconnu, autoritaire et trop nerveux, qui avait si vite surgi de Fécueil... Dans son paletot de cuir, il lui faisait l'impression d'un « chauffeur » de mer, de quelque forban mécanicien au moins capable, sous prétexte d'avarie, de démonter une pièce pour mettre un navire en panne... Et il le soupçonnait d'autant plus qu'il n'osait le regarder trop attentivement.

Enfin le pointeur d'épaves prononça:

— Cinquième naufrage ici depuis trois ans. Ne puis encore rien vous dire. Pour être fixé sur le sort de votre navire, il faudra attendre le jour !

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