CHAPITRE II
L'Opium dans l'Inde
L'Inde asiatique est le lieu de production le plu vaste et l'un des foyers de consommation de l'opium le plus étendu.
Selon toute vraisemblance, la pratique de l'opiophagie n'est pas originaire de cette contrée et elle y aurait été introduite par les Arabes : ce qui nous porte à émettre cette assertion, c'est qu'on ne la rencontre pas dans les régions méridionales où domine l'élément dravidien ou aborigène.
D'un autre côté, de tout temps, ce sont les Musulmans qui ont détenu le monopole de la préparation de l'opium. Après la victoire de Clive à Plassey, en 1757, le privilège tomba aux mains de la Compagnie des Indes ; enfin, après la dissolution de cette Compagnie et l'insurrection de 1858, il échut à la couronne d'Angleterre qui possède ainsi la plus immense fabrique d'opium qu'il y ait au monde.
Déterminer l'époque à laquelle la pratique de l'opiophagie a commencé est un problème qu'il est diflicile de résoudre.
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Ce qui est certain, c'est que les historiens n'en font pas mention. L'un d'eux, Strabon, le savant géographe grec, qui, un siècle avant notre ère, a parcouru toute la contrée, signale l'extrême sobriété des habitants : mais la pratique a pu échapper à son observation ; quant à cette sobriété, voici un témoignage qui lui oppose l'intempérance : en effet, nous trouvons dans les pièces de l'enquête faite par le Gouvernement de la Colonie, au sujet de l'opium dans l'Inde, le passage suivant d'un Rapport daté du 30 décembre 1890 et adressé par M. Luttman Jonhson, commissaire dans TAssam : « Le ganja (haschich), est plus mauvais que l'opium: la pratique est difficile à soumettre à un contrôle sérieux ; car la plante croît à l'état sauvage : or, comment savoir si on s'en servira pour en abuser ou pour les cérémonies religieuses dans lesquelles elle joue un rôle important ? Le contrôle d'habitudes d'intempérance si anciennes, si établies, si intimement liées à la religion, est une tâche difficile. »
Ce fait ne prouve pas que les Indiens qui ont employé le haschich, dans un but lithurgique, en aient abusé en même temps ; la pratique a pu rester longtemps dans le domaine des cérémonies religieuses, mais il vint un jour où elle passa à l'état d'habitude nationale, et aujourd'hui elle fait plus de ravages, à beaucoup près, que l'opiophagie. Quant à celle-ci, il faut arriver à une époque relativement récente, pour rencontrer un témoignage authentique
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de sa pratique dans l'Inde-Asiatique ; en 1629, Jacob Bontius, médecin hollandais, résidant à Batavia, a écrit la préface d'un livre de Gulielmus Piso (1), dans laquelle il est dit que les deux peuples (c'est-àdire les Indiens de l'Asie et de l'archipel Malaisien), usent de l'opium, semblent alourdis et font triste figure dans le commerce et à la guerre.
Cependant, ajoute-t-il, si l'on n'avait pas là l'opium contre le choléra, la dysenterie et les affections paludéennes et bilieuses, il serait impossible d'y faire de la médecine, car il est la base de toutes les anciennes médications, thériaque, mithridate, philonum, etc.
Les Indiens pauvres préparent un opium inférieur avec les feuilles et les tiges de pavot ; ils l'appellent pust, et eux se nomment pusti ; les riches usent d'un opium mieux préparé et on les appelle afyùni.
Quand on consulte les nombreux documents laissés par nos illustres compatriotes, les Dumas, les Dupleix, les Lally-Tollendal, etc., on n'y rencontre aucune mention de la pratique opiophagique.
Sans en inférer qu'elle n'existait pas, on peut admettre que si elle avait donné lieu à des scènes de désordre, la remarque en eût été consignée. Quoiqu'il en soit, depuis 1780, époque néfaste où la France a perdu sou empire des Indes, les choses ont pris une gravité telle qu'elles créent actuel-
(1) Hisl. nat. et méd. des deux Indes, 1058.
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lement une des plus grosses difTioultés contre lesquelles se soit heurtée l'administration britannique (1).
Maîtres du Bengale, les Anglais trouvèrent la production limitée aux besoins de la consommation indigène ou à peu près, car l'exportation se faisait déjà à Java et en Chine. Mais le marché de ce dernier pays ne tarda pas à prendre de l'extension et, en 1843, c'est-à-dire après la guerre d'opium, c'est par plusieurs centaines de millions de francs que la drogue était livrée au commerce.
Il est difficile • de fixer d'une façon précise la superficie des terres consacrées actuellement à la culture du pavot, parce qu'elle s'étend ou se res-
(1) Dans le naufrage de celte l)elle colonie, la France a pu sauver quelques épaves : Jusqu'en 1815, le trafic de 1 opium se faisait sur les territoires qui lui sont restés : à cette époque, un traité fut passé entre elle et la Grande-Bretagne au sujet de ce trafic : il fut stipulé que la Compagnie Orientale permettrait au Roi de France de prendre au moins 300 caisses d opium par an au prix courant moyen, et, qu'en outre, la dite Compagnie paierait, aux agents de S. M. T. C, la somme de 300 lacs de roupies par an et trimeslriellemcnt. Cette clause existait encore en 1840 et au moment de la guerre d'opium, les opiophobes de France en relevèrent l'immoralité. Elle figurait au budget de l'État sous le nom de Million de Chandernagor : ce million, d'abord envoyé en France, fut ensuite appliqué à l'île Bourbon. Or, moyennant cette indemnité, la culture du pavot était interdite dans nos possessions indiennes. Il est probable que ce monopole de l'opium et la servitude qui l'accompagnait ont disparu avec la fin de l'exploitation de la Compagnie des Indes, en 1857: la suppression de l'indemnité aura été convenue entre les deux Gouvernements et n'aura donné lieu qu'à un simple règlement de compte: nous n'avons d'ailleurs pu en suivre la trace.
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treint suivant les chances de gain qu'elle offre au cultivateur qui, chaque année, est informé du prix auquel le Gouvernement doit acheter l'opium : celui-ci est, en effet, cultivé et manufacturé sous le strict régime de monopole d'État et sous promesse de vente à lui seul de la totalité de l'opium récolté. Une fois manufacturé, le Gouvernement le vend aux enchères publiques à Calcutta.
Outre l'opium cultivé en teiritoire britannique, il y a celui produit dans les États indigènes. Le gouvernement anglais ne s'occupe ni de sa culture ni de sa préparation, mais il perçoit un droit de douane très élevé sur chaque caisse, qui est obligée de traverser le territoire anglais pour atteindre Bombay, lieu d'embarquement. Mais malgré la difficulté d'évaluer exactement la surface cultivée en pavot, on peut dire que, rien que pour la vallée centrale du Gange, elle mesure environ 600 milles en longueur et 200 milles en largeur, ce qui donne un total de plus de deux cent mille hectares.
Nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher ce fait d'une assertion sortie de la bouche de lord Dufferin, disant, dans un discours prononcé à Calcutta, le i^^ novembre 1880, que, dans certaines régions où les habitants se comptent par millions, les moyens de subsistances tirés du sol sont insuffisants pour alimenter ceux qui en vivent.
11 y a plus : dans l'Inde, il n'existe pas comme ailleurs une périodicité marquée dans les pluies, de sorte que la vie d'un grand nombre d'êtres se trouve
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subordonnée au caprice de la nature. C'est ce qui faisait dire à lord Morthbrook, que, dans ce pays, on doit regarder les famines comme un fléau, dont le retour est inévitable et le remède radical au-dessus des forces humaines ; il en concluait que, dans les temps de prospérité, la vraie sagesse commande de constituer un fonds dé réserve destiné à parer à l'éventualité d'un mal aussi terrible.
En 1877, lord Lytton fit instituer les secours de famine (relief of famine), dont le montant fut fixé à 37 millions de francs par an.
Or, si sage que soit ce système d'assurance d'Etat contre la famine, on peut avancer qu'on lui apporterait un aide puissant, en substituant la culture des céréales à celles du pavot : on pourrait ainsi, dans les temps de prospérité, effectuer des approvisionnements qui serviraient dans les années de disette.
D'ailleurs, depuis quelque temps, il est certain que la décroissance dans la production du pavot s'accentue, mais on comprend que jusqu'ici le ryot se soit livré avec ardeur à une culture qui lui rapporte 5 à 6 fois plus que n'importe quelle autre. Non seulement il est bien rémunéré, mais il n'y a pour lui aucun aléa, l'administration lui fait même des avances s'il le demande, et à un taux inférieur ; enfin, dans quelques districts où l'alternance est possible, il récolte le pavot l'hiver et le riz l'été.
Sur cent fermiers indiens occupant les territoires à pavots, il y en 70 qui s'adonnent à la culture de
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cette plante : que celle-ci cesse brusquement, on peut imaginer la perturbation économique qui se produirait au sein de la population rurale.
La pratique de l'opiophagie n'est pas uniformément répandue : dans certaines grandes villes comme Bombay, Calcutta notamment, elle est énorme : les marchands d'opium se comptent par centaines : les enfants eux-mêmes s'y adonnent et, suivant le témoignage autorisé du D^" Oxley, sans grand dommage pour leur santé.
Il est difficile de donner une évaluation numérique de l'opiophagie dans l'Inde : le chiiïre de huit à dix pour cent n'est certainement pas exagéré : or, la population s'élève, en chiffres ronds, à 258 millions, ce qui porterait à au moins vingt millions le chiiïre des consommateurs qui sont en partie opiophages et se recrutent principalement dans l'élément musulman qui entre pour 50 millions sur les 258.
Quant aux fumeurs, ils appartiennent surtout à la fraction exotique, c'est-à-dire aux Chinois: ces derniers se servent de la pipe usitée dans leur pays et que nous décrirons : mais la pipe indienne ne lui ressemble en rien ; elle n'exige pas la position couchée ; elle est mixte, c'est-à-dire qu'elle sert en même temps au tabac et à l'opium. Ce dernier repose sur un grillage, et on place à côté de lui un charbon embrasé au-dessus duquel s'adapte un récipient qui contient du tabac ; la fumée se compose donc de celle qui résulte de la combustion des deux
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agents associés; ainsi, ,1e but est de dissimuler l'opium dout ou craint d'alliclier la pratique, regardée comme vicieuse. Le haschilh est lui-même parfois associé à l'opium.
Difficultés politiques et financières créées
par rOpium.
Avant la guerre d'opium de 1843, les progrès de la cousommation de celte drogue ont donné lieu à des protestations énergiques de la part d'une certaine fraction de la nation anglaise ; jamais elles n'ont discontinué et tout récemment le débat a été porté devant les deux Chambres du Parlement et figure au livre Bleu pour 1892.
Dans une lettre datée du 14 octobre 1891 et adressée par le Gouvernement de la Colonie au vicomte Cross, secrétaire d'Etat, il est répondu à la demande d'une enquête sur les faits articulés par la Société pour la suppression du commerce de l'opium (1).
Le Mémoire de la Société a été envoyé le 30 juillet 1890. Il comprend 18 articles et embrasse une période de 1879 à 1889. Il pose en principe que l'Inde est en proie à trois fléaux, les boissons spiri-
(1) Cette Société, fondée en 1874, a pour organe le Friend of China.
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tueuses, le jeu et l'opium, et que la lutte eugagée par l'Administration n'a pas à sa disposition les moyens suftisanis pour triompher. La législation, suivant les mémorialistes, n'est qu'un remède trompeur ; le seul efficace est la prohibition en vigueur à Siam, en Corée et au Japon. C'est une mesure qui, suivant eux, ne dépend pas du caprice des monarques, parce qu'il faut à tout prix moraliser le peuple qui admet l'ingérence de l'autorité pour ce qui touche au bien public et la surveillance qu'elle exerce sur les opium shop qui sont des lieux de perdition (1).
Quant aux licences, les mémorialistes soutiennent qu'elles ouvrent une voie légale au vice et ijistituent une sorte de patronage administratif préjudiciable au bien public. Du moment où la vente de l'opium et son usage peuvent s'exercer illégalement, il convient à une autorité ferme et énergique de ne pas agir dans l'obscurité ; or, tout ce qui est vil, criminel,
(1) Celte théorie prouve de la part des auteurs du Mémoire une rnéconiKiissance complète des clioses de l'Inde. La vérité est diins le principe adopté par les Anglais (jui estiment que ce que l'Etat a de mieux à laire c'est de se mêler le moins possible des clioses privées et de n'intervenir que quand l'ordre est compromis. Lorsque le Gouvernement a voulu s'attaquei- à certaines pratiques horribles et cruelles telles <jue la prohibition des suttées, il a étédésap|)rouvô môme des indigènes les plus éclairés elles plus instruits Tout ce qui est tradition et coutume doit rester inviolable sans distinction: le Gouvernement agit donc sagement en ne touchant pas à l'opiophagie et en se contentant de réprimer les désordres, d'ailleurs exceptionnels, auxquels elle peut donner naissance.
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est sûr de trouver dans un opium shop un refuge protecteur : d'où il résulte que le revenu qu'elle tire des licences accordées à ces repaires (dens), ne peut que compromettre son prestige.
L'expérience démontre aussi que les licences ouvrent la porte à la contrebande ; pour toutes ces raisons la prohibition vaut infiniment mieux que la légalisation.
Les auteurs du Mémoire invoquent l'exemple de la Birmanie, où la population est convaincue que la prohibition est l'unique remède au mal; c'est d'ailleurs l'avis de M. U. Aitchison, l'un des commissaires de l'enquête. Il affirme que la mesure serait populaire et qu'elle a d'ailleurs été l'objet d'une pétition.
Devant des faits de cette nature, doit s'effacer toute considération de préjudice qu'elle pourrait caftser au trésor.
On dit aux habitants que l'opium est fébrifuge : les mémorialistes, sans nier cette propriété de l'opium, ce que, selon nous, ils auraient bien pu faire, en appellent aux lumières des plus hautes autorités médicales et afTirmeut qu'il existe d'autres agents bien plus efficaces, de sorte que le remède est pire que le mal auquel on l'oppose.
La conclusion de ce Mémoire, dont nous avons extrait les points principaux, c'est que la Société espère avoir convaincu S. E. le Ministre que l'opium, qui a été si fatal à la Chine, est en voie de se répandre dans les domaines Indiens de S. Majesté,
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qu'il est fascinateur au premier chef, et que sa prohibition est possible.
D'autre part, étant donné qu'il constitue une substance précieuse dont l'art médical ne peut se passer, il importe d'en réglementer la vente, et d'en limiter l'usage conformément aux prescriptions de la Pharmacopée de 1868.
Nous ne demandons pas, disent en terminant les auteurs du Mémoire, qu'on ferme ces repaires à opium, parce que le préjudice serait trop considérable pour les nuances de l'Inde, mais s'ils doivent persister, il est préférable qu'ils soient revêtus d'un caractère illicite et exposés aux rigueurs de la surveillance policière ; il faut qu'ils cessent de s'étaler en plein jour, afTichant ouvertement la Licence de rimpératrice-Reine et l'estampille du gouvernement indieu.
Afin de répondre à ce Mémoire, le Gouverneur général de la Colonie nomma une commission de sept membres chargés d'étudier la question et de présenter des conclusions dont nous donnons un exposé sommaire.
La commission débute par faire remarquer que la plus grande partie des assertions produites sont les mêmes que celles qu'on trouve dans les numéros successifs de l'organe de la Société, le Friend of China, depuis sa fondation. Après mûr examen, elle établit que les faits sont présentés sous des couleurs invariablement sombres, et qu'ils sont considérablement exagérés. Elle est persuadée que
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les scènes de désordre et de misère ne sont pas plus fréquentes dans l'Inde qu'ailleurs : de là, il résulte que la base sur laquelle le Mémoire est échafaudé ne présente rien de solide.
Les licences pour les débits d'opium s'élèvent, dans l'exercice 1889-90, à 936 pour toute l'Inde, à l'exception de Madras ; c'est-à-dire qu'il y en a une pour 197,000 habitants, ce qui donne environ trois ou quatre licences pour une ville dont l'importance égalerait celle de Liverpool ou de Glascow.
L'assertion de la société au sujet de l'augmentation constante de l'opium et ses dangers pour l'avenir de la colonie, est inexacte, et si, dit la commission d'enquête, nous arrivons à en fournir la démonstration, nous ferons crouler tout l'édifice des arguments sur la démoralisation de la colonie. Elle doit sans doute convenir que, dans certaines régions, l'opium est plus répandu que dans d'autres, et, de ce côté, la réforme s'impose; mais elle se refuse à admettre que, d'une manière générale, il y ait une recrudescence appréciable, soit dans l'ipiophagie, soit dans la pratique du fumage et, dans les localités où le vice est plus enraciné qu'ailleurs, elle n'aperçoit pas non plus qu'il y ait une aggravation de misère appréciable. Elle affirme que, depuis plusieurs temps, on a majoré le prix de l'opium, réduit le nombre des licences et suscité de nouvelles difficultés à leur concession. Le résultat n'a rien donné de bon, et ces expédients n'ont abouti qu'à rendre le trafic clandestin plus audacieux. D'un autre côté, les
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difficultés de la prohibition la rendent impraticable : en effet, le nombre des débits de toute espèce est de 22,000 pour une population de 250 millions : or, il est difficile d'en déduire le chiffre exact de ceux affectés à la vente de l'opium exclusivement, car une boutique qui débite cette drogue en même temps que d'autres, ligure souvent dans les colonnes des tableaux annexés aux travaux de la commission. Depuis dix ans, la population indienne a crû dans la proportion de neuf et demi pour cent, grâce à l'annexion de la haute Birmanie, de telle sorte qu'à l'heure qu'il est, le pourcentage des débits a décru.
D'autre part leur surveillance s'exerce avec plus de soin.
Les auteurs du Mémoire prétendent que la consommation générale de l'opium est en augmentation de quatorze pour cent par an : la commission s'inscrit en faux contre cette assertion. Ce qui est vrai, c'est que l'opium de vente légale s'est substitué à celui de la contrebande, que les mesures édictées dans l'acte de 1870 sont parvenues à réfréner en partie.
A Madras et dans l'Assam, l'opium perd du terrain et il en perdra de plus en plus, grâce à la surveillance exercée sur les débits, à la limitation des licences et à la lutte contre le trafic clandestin.
Au Bengale la décroissance n'est pas contestable, et si la société formule une opinion contraire, elle oublie que la population des districts où la pratique est la plus répandue, a crû dans des proportions
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coi respoudantes : d'ailleurs, daus cette région, il y a d'immenses terrains d'alluvions et de vastes nappes malariennes qui, quelque fondé qu'on soit à taxer de vice l'opiophagie, la rendent cependant nécessaire.
La société demande pourquoi en haute et basse Bermanie, on n'a pas prohibé l'opium comme on l'a lait pour le ganja on haschich depuis 1872? Mais Sir Ch. Aitchison, en 1881, a déclaré la mesure impraticable : la raison c'est que cette région renferme des éléments étrangers considérables, les Shans et les Chinois, qui consomment l'opium avec mesure et sans dommage ou même avec profit pour leur santé : en outre, la contrebande crée de grandes difficultés à cause de la situation géographique de la contrée et des habitudes enracinées de la drogue.
La suppression de l'opium serait une atteinte trop sérieuse aux intérêts des finances de la colonie sans compensation hygiénique et morale.
Il faut donc persister dans la voie des mesures de surveillance et les rendre plus rigoureuses, mais ne pas songer à la prohibition.
Il y a témérité à bouleverser les habitudes séculaires d'une nation. •
Pour ce qui est du péril qui menacerait 1 Iode, la commission d'enquête estime qu'il est imaginaire. Elle est toute disposée à accueillir les nouvelles méthodes de contrôle qu'on lui suggérera, mais elle est d'avis que beaucoup d'utiles elïorts aboutiraient s'ils n'étaient pas entravés par des assertions irréfléchies, un langage intempôré . des
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procédés d'informations et d'investigations incorrects, qui ne peuvent que fournir des bases sans solidité aux 'Statistiques et aux arguments de la Société antiopiumiste.
Il ne s'agit pas, remarque-t-elle, de discuter la question de savoir si la prohibition en vigueur en Corée, au Japon et à Java, peut, d'un trait de plume, être inaugurée dans l'immense continent indien (1) ; là, l'histoire, les conditions géographiques, l'esprit national, sont tout autres.
Une discussion académique ne conduirait pas à modifier un état de choses primordiales, avec lesquelles l'administration coloniale est forcée de compter.
L'opinion unanime des agents officiels, est que la suppression de l'opium est chose impossible, elle entraînerait des maux incalculables dont la Société n'a pas mesuré l'étendue, parce qu'elle ne possède que l'expérience des conditions sociales de la mèrepatrie.
Le sentiment d'un fonctionnaire qui a vécu 32 ans au Punjab, dans les provinces centrales, dans l'Assam, vient confirmer cette opinion ; Sir Dennis Fitzpatrich s'exprime ainsi : « La suppression n'est peut-être pas impraticable pour un territoire isolé des lieux de production du pavot, et où l'opium n'a
(1) En 1804, l'opium a été en effet prohibé dans douze ports de l'Inde néerlandaise ; mais, comme nous le verrons plus loin, la prohibition est tombée en désuétude ; il y a longtemps qu'elle n'existe plus; la Société a donc tort de citer Java.
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jamais été connu ou bien ne l'a été que fort peu ; mais dans la plupart des contrées de l'Inde, la pratique est antérieure à notre régime; lopium, si on lui barre le chemin, trouvera une voie détournée. Les maux de l'alcoolisme anglais sont infiniment plus grands que ceux de l'opiophagie indienne ; qui oserait proposer l'abolition légale des boissons spiritueuses en Angleterre ?
Boire l'alcool est, dit-on, chose naturelle, mais fumer l'opium est un acte étrange, sauvage, excluant toute indulgence; et puis, le gouvernement indien n'est-il pas despotique et ne peut-il pas faire ce qui n'est pas impossible ? qu'il agisse donc au nom de la loi sur l'opium de 1878.
Mais quand on interprète sérieusement cet acte, on s'aperçoit qu'il est excessif et que, pris à la lettre, il serait une source d'abus de pouvoir. Chacun connaît la forme condensée de l'opium, qui en facilite la contrebande et par conséquent l'usage. Que de difficultés dans la réglementation de la consommation d'une pareille drogue? Où finit la pratique raisonnable, où commence l'abus? Comment instituer un contrôle sur ces points? A quelles oppressions, corruptions, les personnes commises à ce contrôle, ne seront-elles pas exposées ? Si l'on parvenait à couvrir l'Inde entière d'un pareil réseau préservateur, on diminuerait sans doute le chiffre de la consommation, mais le profit qui en résulterait serait peu de chose, comparé aux tourments auxquels seraient en but les agents qui auraient une telle mission à remplir.
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La Commission soutient que l'on doit respecter un usage qui remonte à plusieurs générations, et pour lesquelles il est une jouissance sans danger. D'ailleurs, dans le Punjab, qui fournit le principal élément de la vigueur de l'armée coloniale, les Sikhs y sont spécialement attachés. La Commission arrive à cette conclusion qu'il n'y a pas lieu de déférer aux vœux de la société antiopiumiste ; elle exercera une police sérieuse, partout où il n'y aura aucun danger de récriminations, mais rien ne sera changé dans le régime auquel sont soumises la production du pavot et la vente de l'opium ».
Bien que le travail de la commission d'enquête reflète le sentiment général des commissaires et des inspecteurs de police, il y a cependant quelques réserves à faire en ce qui touche la Birmanie, notamment. Pour cette région, les agents officiels sont d'accord avec les mémorialistes ; c'est ainsi que M. Hildebrand considère l'opium comme une source de crimes et de démoralisation, et il demande la prohibition absolue, sauf pour certains ports. Son sentiment se trouve confirmé par celui de M. Copleston, agent des contributions indirectes, qui soutient que c'est là le vœu de la population elle-même, à la condition de ne pas étendre la mesure à l'élément Chinois qui, étant bien nourri, n'eu éprouve pas de mauvais effets, et chez lequel on peut donner à la pratique le nom de luxe légitime.
M. W. de Courcy Ireland reproduit de son côté l'avis des membres les plus influents de la société
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Birmanienue, qui sont tous favorables à la prohibition; enfin, M. Hodgkiuson, commissaire à Rangoon, demande l'interdiction absolue de l'usage de l'opium et la fermeture de tous les opium-shops, sauf dans les centres où les Chinois sont nombreux.
Quoiqu'il en soit, et malgré le rejet des propositions de la société antiopiumiste, celle-ci ne se considère pas comme vaincue, et elle poursuit la lutte avec une ardeur croissante. Elle y est encouragée par l'appui d'une fraction de ses adhérents qui possèdent une grande influence : Ce sont des membres de l'aristocratie, de hauts dignitaires de l'Église, tels que l'évêque de Liverpool, lord Plunket, archevêque de Dublin, le R. E. Moule, évêque en Chine, des personnages appartenant à la magistrature, à l'industrie ; on y voit môme des Chinois. Il y a aussi des médecins, et parmi eux quelques-uns ont pratiqué dans l'Inde; or, ils sont en divergence d'opinion avec certains de leurs confrères qui, comme eux, ont exercé dans la colonie ; il est difllcile d'expliquer cette discordance, à moins d'admettre que les uns ne tiennent pas compte des abus, tandis que les autres n'envisagent au contraire que ces derniers et, emportés par leur zèle humanitaire, s'empressent de trop généraliser.
En mars 1892, le Friend of china ne pouvait manquer de répondre aux conclusions de la Commission. Il adressa donc au Vicomte Cross un nouveau mémoire en 14 articles où il maintient la totalité des faits, des statistiques et des arguments de 1890.
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Il iusiste sur ce qui se passe en Birmanie et demande une prohibition absolue en môme temps que des mesures énergiques coutre le trafic de contrebande qui se fait du côté de la frontière chinoise. C'est, dit-il, un remède imploré par les victimes elles-mêmes; n'est-ce pas un crime que de favoriser un commerce qui anéantit la vitalité de nos propres sujets pour complaire aux immigrants Chinois qui, eux, ont contracté une habitude et qui ne sont pas agriculteurs? ce sont des parasites abusant de la liberté d'immigration ; il ne faut donc pas s'inquiéter de savoir si la mesure les troublera; et lorsque la suppression sera effectuée, si elle a pour résultat d'exclure cette catégorie de Chinois, ce sera un double bienfait pour les populations industrielles et sobres de la Birmanie.
La conclusion est que la société est de plus en plus pénétrée de l'immoralité du commerce de l'opium dans l'Inde.
Comme on le voit, le conflit entre le gouvernement indien et la société pour la suppression du commerce de l'opium, a pris des proportions telles qu'il crée des difficultés qui, à priori, paraissent
insurmontables: car quel peut être le terrain d'entente ?
La société n'envisage que le côté humanitaire et elle exagère le mal produit par l'opium.
Quant à la question fiscale, elle la relègue au second plan : la commission fait le contraire. D'un côté, elle soutient que la société grossit trop le fléau.
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mais ce qui la préoccupe manifestement, bien qu'elle ne fasse qu'effleurer cet aspect de la question, c'est la perturbation qu'éprouverait le régime économique de l'Inde le jour où l'opium disparaîtrait.
Eu effet, sur les 325 millions de francs qui représentent le produit annuel de l'opium, l'Etat prélève une part de bénéfice s'élevant à 175 millions dont il ne peut se passer, puisque c'est avec cet argent qu'il parfait les 400 millions envoyés annuellement en Angleterre comme part contributive aux charges du gouvernement (1).
Nous ferons remarquer que bien que les antiopiumistes se placent surtout au point de vue de la morale, ils ne négligent cependant pas de répondre aux objections d'ordre fiscal : ils soutiennent que le revenu de l'opium n'est qu'un mirage trompeur : ils rappellent qu'en 1865, un million et demi d'Indiens moururent de faim dans Orissa, faute de céréales qui avaient dû céder la place aux plantations de pavots. Le même fait s'est produit en 1868: douze cent mille habitants dans le Radjpoutana périrent, parce que les districts voisins de Malvva n'était plus approvisionnés de grains.
En 1874, LordNorthbrook eut à nourrir 4 millions d'êtres au Bengale, durant 4 mois; ce qui coûta six millions sterling, tandis que des milliers d'acres de terrain étaient occupés par le pavot.
(1) L'Inde ne coûte pas un penny à la métropole : elle fait lace à toutes ses dépenses.
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Enfin, ils disent que les guerres de l'Angleterre avec la Chine, au sujet de l'opium, ont coûté, abstraction faite des indemnités payées par les vaincus, près de 7 millions sterling, ce qui, jusqu'en 1879, fait 300,000 livres par an qu'on doit défalquer des revenus que l'Inde se fait avec la culture de l'opium.
Dans ce conflit, à qui la victoire restera-t-elle ? Certains esprits éclairés et très au courant des choses de l'Inde, ne sont pas éloignés de croire au triomphe des antiopiumistes. A ce moment, la question morale sera résolue, cette question que dans son remarquable ouvrage, sir John Strachey se refuse à discuter, la considérant, non sans raison, comme étant devenue fastidieuse (1) ; mais qu'en sera-t-il de la situation fiscale de la colonie Indienne ? On pense que l'avenir réserve une solution favorable et on met en avant la production croissante des thés de l'Assam et de Ceylan : les 35 à 40 millions qu'ils rapportent seraient donc à défalquer de la somme consacrée jusqu'ici à l'achat de cette denrée en Chine, car, ainsi qu'on le verra plus loin, l'importation de l'opium indien dans ce pays diminue. Il est vrai que d'un autre côté on signale un commencement de dégénérescence des qualités de ces thés, et l'éventualité d'un retour forcé à ceux de la Chine.
(1) Sir J. Strachey. India. Traduit par Harmand, ministre plénipotentiaire. 1892.
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On voit à quelles menaces la situation économique de l'Inde se trouve exposée ; il est certain qu'à l'heure actuelle, elle est loin d'être prospère, et que cet état de choses est dû en grande partie à la question de l'opium.
Le plus récent document sur ce sujet et qui émane de source autorisée, est le mémoire du chirurgien général , sir Wm. Moore, dont les conclusions sont reproduites dans le numéro de février 1892, Promnciai Médical Jounial. Il proclame l'innocuité de l'usage de l'opium dans l'Inde et en Chine, il rappelle que beaucoup de Rajpout en usent, sans cependant être empêchés de faire sur leurs chameaux 40 et 50 milles par jour, et en conservant leur vigueur : ils arrivent même à une longue vieillesse. Son opinion est que l'opium possède les propriétés d'un tonique puissant.
L'Opium à Hong-Koiig et à Macao
Dans la colonie anglaise d'Hong-Kong, l'opiniji est affermé par le gouvernement, moyennant une redevance annuelle de 180,400 livres sterling.
Le fermier a droit de maniifacturer son opium à Hong-Kong. Jusque dans ces derniers temps il le recevait de l'Inde, mais aujourd'hui il trouve plus avantageux de recourir à la production de l'opium chinois. Quant à l'exportation, si l'on
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excepte les produits de contrebande dirigés sur Saigon, elle n'est plus que nominale.
Dans la colonie portugaise de Macao, il y a une ferme d'opium : celui-ci vient de Bénarès et de Patna ; une partie est bouillie pour être expédiée en Australie et en Californie.
Cette ferme rapporte annuellement à l'administration un million deux cent mille francs.
L'Opium dans les Indes Néerlandaises
Avant la conquête des Hollandais, le pavot et l'opium existaient déjà dans l'archipel Malaisien, au moins depuis le quatorzième siècle, époque à laquelle les musulmans l'y apportèrent ; il est également certain que si la pratique resta quelque temps modérée, elle avait, au dix-septième siècle, pris des proportions abusives. Le fait est attesté par Jacob Boutius, dont nous avons déjà mis à contribution le témoignage à propos de l'opium dans l'Inde asiatique. Plus tard, en 1688, Kœmpfer, après avoir visité les établissements hollaitdais de l'Arabie heureuse, de l'Inde et de l'île de Ceylan, arriva à Sumatra et séjourna huit mois à Java ; voici ce qu'il rapporte : « Ici, on use beaucoup d'opium de Perse et de l'Inde; l'abus est exécrable, il pousse les naturels jusqu'à commettre des crimes et des homicides.
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» Dégoûtés de la vie par les injustices dont ils sont victimes, ils se vouent à la mort, mais auparavant, ils se vengent eu tuant. Pour cela, ils avalent une boule d'opium. Bientôt leur imagination s'enflamme, leur raison s'obscurcit, leur esprit ne connaît plus de frein ; alors, s'armant d'un poignard et semblables à des bètes féroces, ils se ruent sur le premier passant qu'ils rencontrent, ami ou ennemi, jusqu'à ce qu'eux-mêmes, transpercés par les gens qui les poursuivent, tombent.
Cet acte s'appelle hamûk : il est fréquent à Java et dans l'extrême Orient.
Ce cri de hamûk remplit d'effroi. On l'entend prononcer par ceux qui voient accourir le forcené afin que chacun puisse l'éviter ; pendant ce temps, celui qui est armé et qui a du courage se jette sur lui et l'abat à ses pieds.
L'usage externe de l'opium se rencontre également chez les nègres (1) : ils mêlent la nicotine à l'opium dilué dans de l'eau afin de produire une excitation plus vive. J'ai vu à Java des tavernes construites en roseaux à claire voie ; chacun y entre et ceux qui les tiennent, font un commerce des plus lucratifs avec l'opium qui vient de la côte de Coromandel, apporté par des navires hollandais (2). »
(1) Vraisemblablement il s'agit des négritos ou nègres mélanésiens bien étudiés par de Quatrefages.
(2) Araeaitates exoticaœ, p. 642.
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Daus sou Historique de l'opium, le Edkins (1) dit que ces tavernes en roseaux sont les premières opiagies ; il ajoute que l'opium dilué dans l'eau est mêlé au tabac, mais il n'est pas bu, comme le dit Kœmpfer en se servant du mot kaurire : il est fumé ; d'ailleurs cet auteur se sert des mots usus externus qui sont en contradiction avec l'ingestion : le fait ressort enfin d'un autre passage dans lequel il dit que les naturels fument sans pipe en roulant la feuille de tabac dans l'eau opiacée ; ils l'allument ensuite eu tenant cette cigarette entre leurs lèvres et en aspirant la fumée.
C'est, comme on le voit, un mode de traitement du tabac qui s'est perpétué, car les cigares dits de Manille, sont immergés dans un bain d'opium, dilué suivant des proportions telles que ces cigares sont doués de propriétés quelque peu narcotiques.
Quel est l'état présent de la question de l'opium, dans la colonie néerlandaise ?
Depuis le commencement de ce siècle, la consommation s'est accrue dans des proportions considérables. Sous le rapport fiscal, elle occupe le deuxième rang ; mais il convient de remarquer que c'est au détriment de la richesse publique, puisque cet opium est une substance exportée. D'une façon générale, la pratique n'est pas excessive ; par jour, un fumeur consomme un demi mata ; le mata vaut 8 cents, ce qui fait environ 70 francs par an
(1) Impérial maritime Customs — China — Spécial séries II
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prélevés sur les objets de première nécessité. Il D'y a donc ([ue la cherté de l'opium qui soit un frein à la pratique ; aussi, est-ce beaucoup moins parmi la population rurale que dans les grandes contrées, que cette pratique est répandue. Elle est à peu près universelle chez les Chinois immigrés. Cependant, la vente clandestine vient eu faciliter beaucoup la diffusion, au point de la doubler, de sorte qu'on arrive au chiffre de 16 0/0 de consommateurs, c'est-à-dire à près de quatre millions sur les vingt-cinq millions qui forment la population
de l'archipel.
Les pauvres fument dans les opiagies autorisées, qui sont dans la proportion de une pour mille hal)itants.
Dans ce chiffre ne sont pas compris les débits clandestins, beaucoup plus fréquentés en raison du prix inférieur de l'opium. Ces opium-shops sont mal famés ; la portion saine des habitants forme uue ligne contre eux et les riches fument dans leurs propres demeures : il en résulte que la statistique est difTicile à établir et que les chiffres cQoncés plus haut ne peuvent qu'être approximatifs.
De 1815 à 1874, l'administration coloniale a mis à l'essai divers modes de réglementation.
En 1832, les fermiers n'étaient pas limités; leur stock d'opium et le prix de la vente étaient laissés à leur discrétion ; un peu plus tard, la limitation de la (luotité et du prix leur fut imposée. Mais la mesure ne profita qu'au tarif clandestin. En 1853, on revint
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au système facultatif, qui ne donna encore que de mauvais résultats. Aujourd'hui, on a repris la limitation du stock et du prix de vente, et on délivre 1600 piculs à la fois.
L'administration a pensé qu'une surveillance plus étroite de la contrebande améliorerait la situation : il n'en a rien été.
Il y a deux fermes, l'une à Madura, l'autre à Java : c'est par elles que sont alimentés les kits ou boutiques autorisées.
En 1802, on a essayé la prohibition dans douze districts, mais on n'a pas tardé à s'apercevoir que le bien qui en résultait était nul et qu'au contraire, la contrebande profitait de la restriction : c'est ainsi que les étrangers et en particulier les Chinois, apportent leur opium en le dissimulant dans leurs bagages, ce qui est facile et échappe aisément au contrôle des douanes maritimes.
L'ennemi c'est donc la contrebande. On a pensé qu'en octroyant les fermages à des gens éprouvés on arriverait à de meilleurs résultats. De ce côté, on a aussi échoué. C'est d'ailleurs un problème ardu, car les fermiers engagent de gros capitaux et courent, par conséquent, de grands risques, tandis que des gens de toute nationalité, agissant sans scrupule comme sans contrôle, achetant à bon compte un mauvais opium qu'ils falsifient encore, sont sûrs de s'enrichir. Ils se font concurrence, se dénoncent mutuellement à la police et vont jusqu'à accuser les fermiers de détenir des quantités d'opium extra-réglementaires,
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Les Li as sont enlevés à l'agriculture, car les gens des campagnes prélèreut la certitude d'un commerce illicite aux aléas des champs.
On a fait venir de Hollande des agents : mais leur zèle n'a jamais pu triompher de leur inexpérience, ils se sont vite usés et leur gestion n'a fait qu'enhardir les fraudeurs et les recéleurs.
En présence de toutes ces difficultés, le gouvernement reste impuissant : s'il sévit, il court au devant de graves désordres : s'il n'agit pas, le fléau grandit.
L'opium, de l'aveu des hommes compétents qui sont à la tête de l'administration coloniale, est un vice qui démoralise le peuple, un cancer qui le ronge, suivant l'expression de B. Wiselius, qui a publié un ouvrage très documenté sur cette question (1).
Les Indes Anglaises ont besoin de l'opium parce qu'il est un article d'exportation avec lequel elles s'enrichissent. Au contraire, les Indes Néerlandaises n'ont qu'un objectif, c'est celui de le proscrire parce qu'il est importé et qu'il appauvrit la colonie.
Les deux grandes colonies poursuivent par conséquent deux politiques radicalement opposées. Cette antithèse persistera-t-elle toujours? Il semble qu'un changement se prépare : depuis quelques années, le pavot est cultivé à Java, sa qualité est môme supérieJLire à celui de l'Inde Anglaise, en outre le prix de l'opium indien a été élevé en 1890 ; il y a donc menace
(I) De opium, S, Gravenhage, lb86.
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de concurrence et s'il arrivait que l'opium néerlandais supplantât l'opium exotique, le commerce britannique ne tarderait pas à en ressentir une grave atteinte.
A ce moment, le gouvernement hollandais, aïïranchi de la préoccupation fiscale, songera-t-il à instituer une réglementation satisfaisant mieux l'hygiène et la sécurité sociale?
Quant à cette culture récente du pavot dans la campagne de Java, elle ne peut réussir qu'à des altitudes assez élevées vers 1200 à 1500 mètres, tandis que celles du Bengale varient entre 250 à 500 mètres.
On voit que la zone de culture du pavot est soumise à deux facteurs : l'altitude et la latitude, et est conséquemment étendue. Dans les pays tropicaux, elle n'est pas impossible, s'il s'y trouve des altitudes élevées; dans les climats plus septentrionaux elle est encore praticable si l'altitude est basse. C'est ainsi qu'elle est de plus en plus répandue au nord de la Chine, dans la province de Klrin, située entre le 44°i9 et le 48'"e degré de latitude. En Cochinchine elle est impossible.