CHAPITRE III
L'Opium en Chine.
C'est un point d'histoire définitivement établi que, dès les temps les plus reculés, la Chine a eu des relations avec les autres peuples ; qu'elle leur a envoyé des missions politiques et commerciales et que les ambassadeurs étrangers ont été admis auprès du souverain, à la seule condition de se conformer au cérémonial usité.
L'opinion du P. de Prémare est que les barbares, terme par lequel les Chinois ont de tout temps désigné les étrangers, sont traités comme des bêtes et mis hors la loi qui règle les rapports des hommes
entre eux. (1)
Ces témoignages ne se contredisent pas si l'on considère que le cérémonial prescrit était plus ou moins humiliant, et que la qualité de ceux qui s'y soumettaient ne s'effaçait que devant l'intérêt de la mission dont ils étaient chargés. Quant au jugement du célèbre jésuite, s'il contient une part
(1) Depuis le traité de Tienlsin en 1858, il est stipulé que cette expression ne devra plus figurer dans les pièces onicielles.
l'opium en chine
de vérité, il est juste aussi de convenir que fréquemment les étrangers cherchaient à se soustraire aux obligations imposées par les coutumes et les mœurs du pays, et que ce n'était qu'en violant les lois qu'ils s'attiraient la méfiance et l'animadversion des autorités.
Depuis les premières tentatives faites par les diverses puissances dans le cours des siècles derniers, en vue d'établir des relations, on peut avancer que, jusqu'en 1795, sous Kien-Loung, les entraves suscitées s'opposèrent à tout commerce régulier avec la Chine. Cet empereur consentit cependant à les abolir, et elles se seraient au moins très atténuées sans de nouveaux griefs qui poussèrent le gouvernement chinois à exercer de nouvelles rigueurs ; d'ailleurs il était toujours dominé par le principe d'isolement, qui était au fond de sa politique et qu'entretenait le traditionnel mépris qu'il professait pour toutes les autres nations.
Si, disait-il, elles viennent à nous, d'au-delà les océans, c'est qu elles ne peuvent se passer des objets que la Chine seule produit ; nous avons donc le droit d'exiger d'elles qu'elles se soumettent aux prescriptions rituelles et aux formalités de nos lois.
En résumé, depuis la lin du seizième siècle jusqu'au commencement du dix-neuvième, les ellorts réitérés des diverses puissances sont restés stériles. Or, étant donné les nécessités du monde moderne, la situation faite par la Chine aux relations commerciales était devenue intolérable et il était fatal qu'elle
l'opium en chine
se terminât par une protestation suivie bientôt d'un conllit armé: ce fut le trafic de l'opium qui en lit naître l'occasion.
L'un des événements les plus considérables de ce siècle est le différend qui s'est élévé entre l'Angleterre et la Chine et qui a abouti à une déclaration de guerre présentée au?t deux Chambres par la reine Victoria le 4 avril 1840.
La Chine fut vaincue et contrainte de signer, le 29 avril 1842, le traité de Nanking, dont la ratification n'eut lieu que le 26 juin de l'année suivante.
L'histoire a consacré à ce conflit le nom de guerre d'opium, parce qu'en effet c'est au trafic de cette substance que l'opinion publique l'attribue. De là d'énergiques protestations contre l'Angleterre accusée de ne pas avoir reculé devant la ruse et la violence dans le but d'imposer à la Chine un commerce immoral, assimilable au commerce des esclaves et déshonorant pour l'écusson britannique. Ces imputations et ces anathèmes, partis du sein même du Parlement, se sont répandus en mille échos dans la presse européenne; ils persistent plus ardents que jamais, car le trafic n'a pas cessé, et c'est encore le Friend of China qui est le porte-drapeau de la croisade anti opiumiste, comme il l'est dans l'Inde.
Ses attaques sont-elles justifiées ? Cette qualification d'immoral est-elle légitimement applicable au commerce de l'opium, étant donné les circonstances spéciales au milieu desquelles il a pris naissance ?
l'opium en chine
Il est difficile de prendre sa défense comme le font certains opiumistes qui apportent une ardeur et une passion égales à celle du Fried of China ; mais en voulant réfuter les erreurs de la Société, ils se laissent aller eux-mêmps à des exagérations.
La vérité n'est pas plus de leur côté que de celui de la Société ; il suffit pour s'en convaincre de lire la réfutation de M. W. Brereton parue en 1883.
Il n'est pas juste d'assimiler le commerce de l'opium à celui, pour citer un exemple célèbre, qui a achevé l'anéantissement de toute une race humaine. C'est ainsi que de 1804 à 1877, les Tasmaniens ont disparu ou ne sont plus guère représentés de nos jours que par quelques métis épars d'Anglais et d'Australiennes : « Ils ont été, dit M. De Quatrefages, atteints par ce mal étrange que les Européens inoculent par leur seule présence aux populations océaniques : mais ce mal qui est la phtisie pulmonaire, fut surtout accéléré par les progrès de l'ivrognerie due aux liqueurs fortes que les Européens répandaient parmi eux (1).
Or, telles ne sont pas les conditions dans lesquelles s'est établi et se poursuit le commerce de l'opium. Celte substance ne le dissimule pas sous les apparences d'un article autre que ce qu'il est en réalité, c'est-à-dire éminemment salutaire, ou fatalement nuisible, suivant l'usage qu'on en fait et que' tout Chinois connaît à l'égal de ceux qui le leur vendent. Avant l'importation indienne, il y avait
(1) Hommes fossiles : hommes sauvages.
l'opium en chine
déjà longtemps qu'il s'en servait, mais sans en abuser ; le jour où il lui demanda des jouissances malsaines, le gouvernement s'alarma. Il commença par répandre de paternels conseils et enseigna que ces jouissances ne s'obtenaient qu'au prix de la ruine de la santé, de la fortune et de l'honneur ; puis il édicta des lois prohibitives armées de pénalités dont la rigueur croissait en proportion des progrès du mah
Sans doute ces faits, aux yeux d'un grand nombre de personnes, ne sufiisent pas pour décharger le commerce anglais de toute responsabilité, mais ils n'en montrent pas moins que la nature chinoise n'a pas eu la force de se défendre contre les fascinations d'une drogue pernicieuse et que le gouvernement lui-même a donné prise à des soupçons de sincérité et jusqu'à des accusations de connivence.
On a accusé l'Angleterre d'avoir imposé par la force, à la Chine, le commerce de l'opium. Il faut reconnaître qu'à défaut de la liberté commerciale, qu'elle avait fait d'inutiles efforts pour conquérir, elle en était venue à organiser la contrebande sur les côtes de l'Empire. Le système des douanes intérieures rendait à peu près vaines ces tentatives pour les thés échangés contre les produits anglais. Mais le trafic de l'opium réussissait toujours, grâce à la séduction qu'il exerçait sur les Chinois. 11 lui en coûtait donc d'abandonner une branche de commerce aussi certaine et très fructueuse, et si l'on suppose l'anéantissement de ce trafic au moment où la guerre a éclaté, on conçoit quel préjudice considérable en
l'opium en chine
fût résulté pour elle ; mais n'est-on pas autorisé à se demander si elle a eu de la morale internationale une conception telle qu'elle fût disposée à lui sacrifier de pareils intérêts?
Quant à nous, il nous paraît qu'elle a plutôt eu pour objectif de briser cette politique d'isolement qui, jusqu'alors, avait fait échouer toutes ses tentatives et porté une grave atteinte à ses intérêts commerciaux dans l'extrême Orient.
Ce qui, d'autre part, ne nous paraît guère contestable, c'est que du côté de la Chine le trafic de l'opium a été et sera toujours une source de maux. Le gouvernement avait donc le droit et le devoir de le combattre.
Eut-il réussi par des voies pacifiques? Il avait débuté par elles et il n'avait pas vu que l'état de choses se fût modifié; il constatait au contraire un accroissement dans l'extension de la pratique; il avait donc d'impérieuses raisons de recourir à d'autres moyens d'arriver à ses fins. Il jeta un défi à l'Angleterre, mais il était incapable de l'appuyer par les armes et il se croyait d'ailleurs invincible. L'Angleterre releva le défi et envoya un corps expédionnaire de quelques milliers d'hommes qui suffirent pour mettre à merci le plus vaste empire du monde.
Le pavot n'apparaît dans la flore chinoise qu'à une époque relativement récente; la première mention qui en soit faite se trouve dans les écrits du VI1I« siècle et il semble avoir été apporté en Chine par les Arabes qui la visitèrent en 763. Son nom est
l'opium en chine
indiqué dans le Pentsao, la plus vaste des encyclopédies chinoises. Jusqu'en 975, il est cultivé dans les jardins, c'est une plante d'agrément dont les charmes inspirent les poètes. Quand, dit Su-tche, l'un d'eux, j'ai pris une infusion de la fleur, je me sens courir le long des rives embaumées du fleuve. Un autre compare un champ de pavots blancs à une superbe nappe de neige. Pour Feug-tsou-tchen, les lleurs rouges ressemblent aux nuages qui sillonnent le ciel après l'orage.
De leur côté, les lettrés chinois envisagent les vertus de la plante qu'ils placent au premier rang des remèdes. En 1290, un médecin nommé Chu-chentseng, recommande l'infusion de la capsule comme souveraine dans les affections intestinales, mais dont il convient de n'user qu'avec circonspection, attendu, dit-il, qu'elle peut tuer comme un coup de poignard.
Au commencement de la dynastie des Ming, vers 1400, grâce à l'extension considérable que prenait le commerce maritime qui s'étendait jusqu'à l'Arabie, la Perse, l'Inde, les Philippines, etc., l'opium étranger pénétrait de toutes parts dans les provinces de l'Empire ; à ce moment le gouvernement, afin d'encourager la production indigène, publia un édit prohibant l'importation ; les cultivateurs, se voyant protégés, se mirent à perfectionner leurs méthodes et c'est alors, c'est-à-dire à dater du XV^ siècle, qu'on voit pour la première fois mentionnée l'extraction du jus d'opium au moyen d'incisions pratiquées sur la tige et la capsule.
l'opium en chine
Wang-shi, qui paraît être le premier auteur chinois qui ait indiqué un procédé qu'il tenait sans doute de compatriotes qui l'avaieut rapporté de l'Inde, recommande ce jus comme souverain dans la dysenterie.
Cependant, si favorable aux producteurs que pût être le système protectionniste, il mécontenta les entrepositaires de l'opium d'importation. La concurrence les acheminait à la ruine ; ils adressèrent donc leurs réclamations au gouvernement; leurs doléances furent écoutées et l'édit fut rapporté. Aussitôt le trafic reprit son cours et on promulgua même un nouveau tarif qui abaissait les droits de douane.
Ce système ne devait pas durer.
L'importation étrangère s'accrut dans des proportions énormes et en 1729 l'empereur Youngtching décréta une nouvelle prohibition.
Mais ces entraves n'apportèrent pas d'obstacle sérieux à l'affluence de l'opium qui était surtout due à l'entremise des bâtiments portugais et bientôt des navires anglais, car le Bengale venait d'être conquis.
A cette époque, la compagnie des Indes, formée à Londres en 1599, avait, grâce au renouvellement de ses privilèges, le monopole de la culture et du commerce de l'opium dont jusqu'ici une partie n'était expédiée en Chine que pour les besoins pharmaceu tiques; mais désormais cet opium sera désigné sur les registres de la douane par deux appellations : le mot ya-pien traduira l'opium médicinal et celui de ya-pien-yen signifiera l'opium à fumer. Quant au
l'opium en chine
tarif il est coté une demi once par catty ou livre chinoise, somme minime si on la compare à celle dont sont frappés les autres produits tels que sucre, rhubarbe, etc., etc.
Le grand marché d'opium se tenait à Java. Plus de 500 caisses, de 100 catties chacune, arrivaient dans l'île et représentaient une somme de 2^0,000 dollars. Donc à cette époque la drogue se restreignait aux usages pharmaceutiques et en raison de son prix elle n'était fumée que parles riches ; d'ailleurs on lui associait toujours une dose à peu près égale de tabac qui, depuis quelque temps, avait été apporté des Philippines.
Ainsi, on peut avancer que vers la fin du XVIII" siècle, l'opium était à peine entré dans la pratique.
Mais les choses ne vont pas tarder à changer, la marche en avant va s'accélérer et bientôt l'importation indienne donnera lieu à un trafic, à peu près exclusivement monopolisé par les négociants portugais. Si donc le gouvernement chinois avait su pressentir les destinées prochaines de l'opium, il aurait pu susciter de sérieuses entraves aux arrivages exotiques ; les entrepositaires de Macao n'auraient pu résistera une pression, ne fût-ce que dans leurs intérêts propres.
Mais l'avenir conspirait. En 1780, le colonel Watson avait proposé au conseil de Calcutta, de mettre à profit le goût des Chinois pour l'opium ; ses plans furent adoptés et devaient profiter à la Compagnie des Indes.
l'opium en chine
Le président Wheles fit établir un dépôt de la marcliandise sur des bâtiments ancrés au sud de Macao, dans un point appelé Black butter bay ou Larks Bay. Là, l'opium était vendu aux marchands chinois pour le prix de 600 dollars la caisse.
La Compagnie fit mieux encore. A cette époque, les mers de Chine étaient infestées de croiseurs hollandais et français, elle songea à s'en servir afin d'écouler par eux le stock considérable d'opium qui commençait à encombrer ses magasins.
Elle fit donc aménager ces bâtiments à carène basse et qui fendaient aisément les lames, de telle sorte que celles-ci, déferlant sur le pont, entretenaient autour des caisses d'opium une humidité favorable à la conservation de cette substance.
Arrivés en vue de Macao, ces clippers y pénétraient toujours sans se heurter aux officiers de la douane intéressés à fermer les yeux.
Aussitôt arrivé, l'opium était déchargé puis placé sur de légers bateaux plats, appelés par les Anglais rowing dragons ou fast crabs, expressions qui indiquent la célérité dont ils étaient doués. Ils passent, est-il dit dans le rapport du vice-roi, avec la vitesse de l'oiseau, devant les postes de la douane; ils sont bien armés et prêts au besoin à livrer des combats : ils ont l'astuce et la finesse du renard.
En réalité, la qualité maîtresse de ces fast crabs consistait dans la complaisante cécité des agents qui n'avaient garde de susciter des obstacles aux commandants, dont ils recevaient de grosses récom-
penses. Quant à leur armement, il n'était jamais mis à contribution et ils pouvaient livrer tranquillement leur cargaison. Celle-ci était ensuite transportée sur les divers points de la côte.
Lorsqu'elle était destinée aux négociants anglais établis à Canton, ceux-ci avaient des courtiers qui, en échange du prix versé, recevaient un bon de livraison et allaient chercher l'opium sur les bateaux recevants, fixés à Lintin, île située à quelque distance de Macao. Telle est l'origine du commerce de contrebande, qui, peu à peu, va prendre une extension considérable, et donner une impulsion nouvelle à la piraterie.
En 1783, l'importation de l'opium de contrebande est l'objet de pénalités sévères ; l'opium est saisi, brûlé, le bâtiment importateur est confisqué, et les marchands détenteurs déférés à la justice, et passibles de la peine de mort.
Rien n'y fait, la contrebande continue sous pavillons hollandais et anglais, ainsi que l'atteste une lettre de Thomas Fitzugh, adressée à M. Grégory à Londres, et qui figure dans les rapports du Parlement de 1783.
l'opium en chine
Suite de la (iuestiou. — Le conflit s'aggrave.
En 1793, les autorités chinoises constatent le mouvement progressif de l'importation de l'opium et signalent le danger dans leurs rapports aux vicerois des provinces.
En 1799 l'empereur Kia-King approuve l'édit de prohibition contre le commerce étranger, rédigé par le gouvernement du Kouan-Toung.
Aussitôt les agents de la Compagnie des Indes à Canton la préviennent de ces mesures afin qu'elle prît, sans délai, des précautions et les moyens de se soustraire aux couliscations menaçant désormais les envois d'opium.
En 1809, le gouvernement de Canton mande à la corporation des Hongs (1), qu'à l'avenir ils devront être pourvus de feuilles de chargement en règle, sous peine de se voir défendre l'accès de Wam-Poo, c'est-à-dire toute communication avec les étrangers;
(1) Le gouvernement chinois avait accordé le privilège exclusil de coniuieroer avec les Européens à un certain nombre do marchands responsables devant le chef des Douanes de tous les étrangers venant en Chine. Ces marchands étaient au nombre de dix, choisis parmi les notables de Canton : ils s'appelaient Hongs en anglais et Hannistes en français. Ce mot de Hong veut dire Compagnie, Syndicat de marcliands. — Certaines grandes maisons de commerce européennes en Chine portent encore le nom de Hongs dans leurs correspondances avec les Chinois.
l'opium i:n chine
les Hongs obéirent, mais ils s'arrangèrent à ne pas faire viser leurs feuilles par les autorités supérieures de la douane ; cette mesure donc, ne donna aucun résultat, et il est probable que les marchands Hongs étaient eux-mêmes intéressés à agir ainsi.
En 1815, Tseng adresse au souverain un mémoire dans lequel il propose des dispositions sévères contre tout trafiquant et tout fumeur d'opium.
En 1820, le mal a grandi, et l'année suivante, première du règne de Tao-Kouan, les bâtiments étrangers, pour se soustraire aux embarras suscités par la douane, s'arrêtent à Lintin. En ce point, le trafic pouvait s'exercer plus librement, grâce à la complicité des mandarins.
L'heure de la contrebande, sur tous les points de l'Empire, a sonné.
Les principaux arrivages se faisaient au moyen de caravanes qui traversaient la Birmanie et rapportaient l'opium dans le Yunnan, d'où il se répandait dans les autres provinces.
Jusqu'en 1832, la drogue s'infiltre lentement mais sûrement : en effet en 1799 à 1800, les chargements indiens à destination de Chine, s'élèvent à 4034 caisses et jusqu'en 1829, ce chiffre reste à peu près stationnaire; mais à partir de 1830, il s'élève à 1G877. Dans les périodes subséquentes, l'augmentation se poursuit jusqu'en 1855; à cette date, un fait nouveau se produira et on verra l'importation fléchir sous le poids de la production indigène, qui, se
l'opium en chine
«era perfectionnée et sera parvenue à opposer une concurrence sérieuse à l'opium exotique.
D'autre part les méfaits de la drogue se multipliaient : ainsi en 1832, l'héritier du trône impérial succombait à la suite des abus qu'il avait faits : le souverain fut très affecté et c'est sans doute à cette catastrophe qu'on peut rapporter les rigueurs avec lesquelles il devait plus tard poursuivre le trafic de l'opium (1).
Un peu plus tard, une troupe de mille hommes fut dirigée par le gouverneur de Canton contre un parti de rebelles qui désolaient la province ; le commandant fut bientôt obligé de renvoyer deux cents -de ces soldats, abrutis par l'opium et hors d'état de marcher contre l'ennemi.
En 1835, le 3 novembre, parut une proclamation du gouverneur du Kouan-toung s'exprimant ainsi : « Les bâtiments des étrangers sont rangés dans le port de Canton et beaucoup sont chargés d'opium. 11 n'est pas facile de distinguer les pierres précieuses
(1) 11 est très important d'établir trois phases dans la pratique de Topium : La phase initiale est celle oii l'opium est mélangé au tabac, et par conséquent peu nuisible ; la seconde, est celle où l'opium est consommé seul (c'est la plus pernicieuse, parce que l'opium n'a pas encore subi ces manipulations complexes, que nous exposerons plus loin, et qui le privent de ses propriétés irritantes et même d'une partie des alcaloïdes délétères) : la dernière phase est celle où l'opium ainsi purilié, est arrivé à une consommation modérée, de telle sorte (juc les accidents du début et dont on pouvait redoutei- Textension. sont devenus très rares et contraignent les opiophobes à les mettre au second plan de leurs griefs.
l'opium en chine
des drogues nuisibles : on doit donc exercer une surveillance active et repousser ceux qui nous apportent le poison. »
C'est à la suite de cette proclamation que quelques milliers de caisses furent saisies et qu'on décida qu'elles seraient détruites. Quelques-unes seulement le furent et avec une mise en scène si bien préparée que le peuple crut à un sacrifice complet. On avait ainsi frappé l'esprit des Chinois et intimidé les étrangers; du moins s'en Irouva-t-il quelques-uns parmi ces derniers, qui crurent devoir unir leurs protestations à celles des autorités chinoises. En effet, la collection du Chinese Repository a consigné les témoignages émanant de résidents anglais hostiles au trafic. L'un d'eux, en 4836, écrivait que les ravages produits par l'opium sont tels et les profits si grands pour le commerce anglais qu'on ne saurait trop approfondir un problème de cette nature et il arrive à cette conclusion que ce trafic constitue un des plus sérieux obstacles aux bonnes relations entre l'Occident et la Chine.
Les événements qui allaient bientôt survenir devaient sanctionner cette prophétie.
Les écrivains chinois, de leur côté, appuyaient les mesures prises par le gouvernement.
Cette même année, 1836, le lettré Ivou-King-Han, de la province du Kiang-Sou, publia un ouvrage dans lequel il décrit les effets très pernicieux de l'opium qui , dit-il , après avoir excité l'intelligence, la paralyse et mène à la consomption, après
l'opium en chine
avoir fait passer par toutes les turpitudes morales.
Le mouvement d'insurrection contre l'opium s'étend. A la lin de 1836, Heu-Nei-Tse, vice-président au ministère de la justice, adresse à l'empereur un long mémoire sur le commerce de l'opium : il représente que jadis c'était une médecine précieuse dont on ne retirait que des avantages, mais que depuis quelque temps, il est devenu un poison mortel par l'abus qu'on en fait.
Il rappelle que sous l'empereur Kien-Loung, on punissait du pilori, du bamboo, de l'exil et de la mort, ceux qui violaient la loi édictée contre l'opium ; il dénonce les Anglais comme étant les seuls trafiquants de cette drogue, et montre à combien de conflits sanglants la contrebande a déjà donné lieu.
« C'est, dit-il, par mille myriades de taëls que nous versons notre numéraire dans les caisses des factoreries étrangères, et c'est ainsi que la richesse de la nation va s'engouffrer dans l'océan étranger. II nous faut donc renoncer à la prohibition qui n'est pas un remède eflicace, et surveiller plus étroitement le trafic. Revenons aux droits de douane sur la drogue considérée comme médicament, ainsi que cela se faisait sous Kien-Loung. N'autorisons la vente que contre échange de marchandises et nous enrayerons par là, la sortie du numéraire ; enfin, punissons tout contrevenant parla saisie de l'argent et la destruction de l'opium. »
Ainsi, Heu-Nei-Tse proposait la légalisation afin
l'opium en chine
de régulariser le trafic et de le concentrer sur un point unique tel que Canton, de manière à faciliter le contrôle.
Cette mesure, soumise à l'examen de l'empereur, reçut on principe son acquiesceuient, mais quand elle vint au Grand Conseil, elle fut vivement combattue par quelques-uns des hommes d'État tels que Chu-Sun, qui virent là une concession aux étrangers. Finalement elle fut rejetée pour être reprise plus tard.
Heu-Nei-Tse est peut-être le seul personnage qui ait osé accuser les agents supérieurs de la Douane. Dans un numéro annexé à son rapport, il les dénonce et donne des preuves à l'appui ; mais lorsque la corruption est montée si haut, il est difficile de l'atteindre et c'est sans doute la conscience qu'il eut d'avoir fait la lumière sur ce point, tout autant que l'échec éprouvé, qui le conduisit à se retirer de la scène politique. Le rejet de la législation fut-il une mesure sage ? En principe elle était rationnelle ; mais à cette époque, elle était d'une application difficile sans une réforme douanière portant sur le personnel. Cette réforme se fit plus tard par l'adjonction d'agents européens et le trésor chinois en retira de grands avantages.
D'un autre côté, il faut reconnaître que la légalisation présentait un côté faible, car un Chinois ne comprend pas que le gouvernement légalise l'entrée d'une drogue dont on lui interdit l'usage et cela sous des peines sévères. Le gouvernement se trouvait donc dans une situation très embarrassée.
l'opium en chine
Cependant, après avoir décidé l'ajournement de la légalisation, il édicta de nouvelles lois prohibitives armées de pénalités encore plus sévères et c'est ainsi que l'un des plus riches négociants de Canton, du nom de Ho-han-Kin, convaincu d'avoir trafiqué, fut pris et condamné à mort.
En môme temps, trois princes du sang dénoncés comme fumeurs d'opium, furent dégradés : de fréquentes arrestations eurent lieu et la torture fut elle-même appliquée.
Malgré ce déploiement de sévérités, le trafic continuait et il devenait évident qu'il avait pour auxiliaire la connivence des mandarins dont quelquesuns prélevaient jusqu'à 75 livres sterling par caisse.
Voici le tableau du trafic depuis 1821, époque à laquelle il s'élevait à 6,132,000 dollars, c'est-à-dire à 30 millions de francs : en 1825, il fournit le chiffre de 6,955,980 dollars ; en 1830, il atteint 11.012,120 dollars; en 1832 nous trouvons 15,538,160 dollars, c'est-à-dire près de 80 millions de francs.
Plus tard la majoration s'accentue. En elïet, eii 1837, l'exportation des thés, soies, etc...., donne le chiffre de 78,689,925 francs, tandis que l'importation des métaux, coton, opium, donne celui de 140,426,300 francs, dans lequel l'opium entre pour 86,380,925 francs; par conséquent la balance du commerce en faveur de l'Angleterre est de 61,739,275 francs.
En d'autres termes, la valeur monétaire de là sinistre drogue ou poison, vendu aux Chinois, l'emporte sur celle du thé, c'est-à-dire de la plante salu-
l'opium en chine
taire achetée par les Anglais. Cette coustalation est d'ane haute signification et, dans l'esprit des marchands anglais, elle domine toutes les considérations que soulève le grave problème de l'opium ; car si ce trafic venait à cesser il est évident qu'il en résulterait un désastre financier qui ne laisserait pas de porter préjudice au commerce. Pour une autre fraction de l'opinion publique, cette constatation est inséparable du caractère d'immoralité dont ce trafic lui paraît entaclié et c'est pourquoi elle a constamment soutenu une campagne énergique contre lui.
Le 16 décembre 1838, Tang, gouverneur des deux Kouan. censeur impérial, s'exprime ainsi dans une proclamation indignée :
(' Enfants de VEmpire, n'apercevez-vous pas que vous détruisez du même coup votre fortune et votre vie en mettant votre santé à la merci des barbares ! 0 stupidité sans égale, vous vous laissez extorquer votre argent et vous courez volontairement à votre ruine ! Mais votre faiblesse et votre impuissance nous imposent de vous arrêter dans cette voie d'aberrations ; nous aurons recours aux autorités civiles et militaires pour vous arrêter sur cette pente fatale ! Que tous tremblent et obéissent ! »
Au mois de Janvier 1839, une nouvelle proclamation décrète la suppression de toute transaction commerciale avec les étrangers, et bien que le gouvernement prétende que les trafiquants d'opium soient seuls visés, l'édit n'en jette pas moins une grande perturbation.
l'opiUxM en chine
En Angleterre, le langage tenu à la Chambre des communes, au sujet du trafic, est presque un encouragement à la résistance. Cela se conçoit, car les plus grosses maisons de Londres étaient trop engagées dans l'afïaire pour s'en désintéresser. Cependant, en face d'eux, s'élevaient des voix discordantes soutenant que la contrebande de l'opium constituait une source de calamités. La crise, disait-on, va s'accentuant, grâce à rindiiïérence et à l'incrédulité de la nation anglaise, qui suspecte la sincérité des efforts du gouvernement chinois pour la conjurer et ne cherche pas sérieusement à abolir le trafic. D'autres, plus incrédules encore, n'admettaient pas que l'opium fût une drogue pernicieuse ; d'ailleurs, suivant eux, l'empereur de Chine n'a pas consulté son peuple et il n'a aucune raison valable de lui interdire une jouissauce dont on exagère le danger.
Un instant on eut le spectacle d'un bon mouvement de la part d'un groupe de négociants anglais établis à Canton : ils déclarèrent s'engager à ne plus favoriser la vente delà drogue ; mais que pouvaient ces tentatives isolées?'
D'ailleurs, et le fait est de toute évidence, quelque soin qu'ait pris le gouvernement chinois pour repousser les accusations de complicité des autorités locales ou au moins des mandarins subalternes, ceux-ci entretenaient le mal et donnaient ainsi aux masses un exemple qui ne pouvait que les encourager à persister.
De son côté la police, par sa vigilance et ses vexa-
l'opium en chine
tious, exerçait sur la situation commerciale des Anglais, une inlluence qui la faisait péricliter. Elle éprouvait des déficits considérables, le trésor indien était atteint et les intérêts de la mère patrie ne devaient pas tarder à subir le contre-coup d'une situation aussi périlleuse.
Les dimcultés vont s'aggravant et le moment est proche où les annales des relations de la Chine avec l'Angleterre auront à enregistrer des événements de la plus haute importance.
La guerre d'Opium.
Le gouvernement voyait le fléau grandir : les conseils dictés par les plus sages préceptes de la philosophie confucéenne, les exhortations au nom des intérêts de la patrie, de la société, de la famille, tout avait été mis en œuvre. Les pénalités n'avaient pas eu plus de succès. La peine de mort n'avait pas intimidé, car on l'avait appliquée sans que les fumeurs d'opium renonçassent à leur pratique.
Pouvait-on procéder par hécatombes? C'était alors des milliers de coupables qu'il fallait atteindre, car le nombre allait en croissant chaque jour.
Quant aux menaces à l'égard des trafiquants anglais, on avait pu se convaincre de leur impuissance.
l'opium en chine
On se décida alors à frapper un grand coup et on choisit Lin-tse, ancien gouverneur du Hou-Kouang.
Lin-tse jure qu'il ne paraîtra pas devant son souverain sans avoir vaincu et chassé les Anglais, et il se flattait d'exterminer l'ennemi rien qu'en décrétant une levée de plusieurs centaines de mille hommes : c'était une illusion.
Sa première proclamation est datée du 18 mars 4839; elle rappelle les édits prohibitifs et les pénalités encourues partout délinquant ; en même temps il en adresse une aux marchands Hougs ; elle est d'un caractère encore plus comminatoire et qui produit une grande sensation.
Quelques jours après, Yu, surintendant des douanes maritimes, fait paraître un édit d'expulsion de tous les étrangers qui résident à Canton.
Le 24 mars, le capitaine Charles Elliot Bingham, intendant du commerce anglais, quitte Macao et vient à Canton ; son arrivée est le signal d'une grande effervescence. La foule s'amasse devant les demeures des négociants anglais ou d'autre nationalité ; ils considèrent leur situation comme très critique. Mais leurs maisons sont protégées par la troupe et la police, et aucune collision ne se produit.
Entre Wampoo et Macao toutes les issues sont gardées et les communications entre les Chinois et les étrangers sont interceptées. Le 26 mars, de grand matin, Lin fait placarder, dans tout le district de Canton, une proclamation dans laquelle il somme les trafiquants de faire remise complète du stock
l'opium en chine
d'opium contenu dans leurs magasins et cela pour les quatre motifs suivants : 1° « le commerce de cette drogue est un moyen odieux de nous dépouiller de notre numéraire et d'attenter à notre vie ;
2o D'après nos lois, vous devez obéir et cesser ce trafic; vos compatriotes se livrent-ils à l'usage de ce poison?
3" Vous êtes venus en Chine dans le but d'exercer un commerce régulier avec lequel vous pouvez vous enrichir sans violer nos lois ;
4" La situation est devenue grave : toute hésitation à vous soumettre entraînerait de grands malheurs. Vous avez traversé de vastes océans pour travailler honnêtement et non pas pour vendre à nos compatriotes une drogue prohibée et nous obliger à punir de mort ceux qui l'achètent.
Si l'indignation s'élève encore, il arrivera un moment où nous serons impuissants à nous maîtriser.
Moi, haut ministre, je vous parle sous le coup d'une anxiété profonde, et je vous déclare que le sort des événements est entre vos mains! »
A cette proclamation en succède bientôt une autre plus pressante. Après avoir rappelé l'édit impérial décrétant la peine de mort encourue pas ceux qui se rendent coupables d'un vice que répudie toute civilisation, il s'exprime ainsi : « Vous trafiquez de l'opium depuis longtemps, jusqu'ici nous n'avons jamais sévi contre vous par égard pour votre qualité
l'opium en chine
d'étrangers venus de loin et ignorants de nos lois : niais maintenant vous devez les connaître.
Abandonnez donc ces agissements abominables, il existe bien d'autres genres de commerce qui vous enrichiront en vous faisant cesser d'être les violateurs de nos lois !
Si vous avez la prétention de persister, nous nous y opposerons. Nous vous vendons le thé, la soie, la rhubarbe, le camphre, la casse, le sucre, le vermillon et mille autres produits, que feriez-vous sans eux? Vous, au contraire, vous nous vendez un poison : vos bâtiments recèlent des cargaisons d'opium ; nous vous sommons de nous les livrer ; on en fera l'estimation en taëls et il sera ensuite détruit publiquement ; par ce moyen cesseront les désastreux effets auxquels il donne lieu.
L'honneur est un mot dont vous vous servez, aussi est-il pour nous une garantie que vous vous comporterez loyalement envers nous; mais si' vous continuez subrepticement le trafic, des châtiments exemplaires vous menacent.
La ruine ou la prospérité, l'honneur ou la disgrâce, telles sont les alternatives qui s'offrent à vous suivant votre soumission ou bien votre résistance.
Ordre est intimé au marchand Hongs, Vou-Tchou et ses collègues de se concerter avec vous.
Trois jours vous sont donnés pour la transmission des résolutions que vous comptez prendre ; de notre côté, nous nous entendons avec leurs Exc. le gouverneur et le lieutenant-gouverneur pour la fixation
l'opium en chine
du délai de remise des caisses d'opium ; mais il ne faut se bercer d'aucuu espoir de temporisation. »
En post-scriptum, Lin dit que les usages établissent que les étrangers ne communiquent avec les autorités que par l'intermédiaire des marchands Hongs et, sauf exceptions rares, directement avec les fonctionnaires locaux ; mais, dans le cas particulier, il sera dérogé à la règle et Lin recevra directement la correspondance des Anglais.
Le 14 avril, Charles Elliot quitte Canton avec tous les résidents britanniques et il se rend à Macao, territoire neutre ; cependant, il se voit aussitôt appréhendé. 11 mande alors la nouvelle à ses compatriotes et les invite à livrer l'opium de leurs factoreries.
Ceux-ci obéissent et la remise est effectuée à Chun-chow, près des forts du Bogue.
L'incident est à peine connu que la presse indienne se montre unanime à blâmer l'intendant. A Londres, sa conduite est regardée comme une maladresse qui ne pouvait qu'enhardir le gouvernement chinois et le pousser dans la voie des mesures de plus en plus vexatoires. La guerre, disait-on, ne pouvait que surgir, d'où la cessation de tout commerce, l'arrêt dans l'exportation des thés, etc., etc. Dans son Middle Kingdom, W. Williams accuse Elliot d'avoir excédé ses pouvoirs.
Il est difficile de porter sur lui un jugement absolu. Il est certain qu'au point de vue de la légalité, il n'avait pas à obtempérer aux injonctions de Lin. Tout agent de la Couronne qu'il fût, il n'avait aucun
l'opium en chine
droit de disposer des bieus des négociants ; mais, d'autre part, céder, ne pouvait qu'encourager Lin. La situation était périlleuse et en face de telles conjonctures, on est autorisé à se demander si Elliot n'a pas été heureusement inspiré, en écoutant les conseils de la prudence, car d'après la voie où était entré Lin, il était fort à redouter qu'il se portât à des excès, pouvant compromettre non seulement la vie d'Elliot, mais aussi celle des seize principaux négociants incarcérés avec lui. Les craintes étaient d'autant plus fondées que, comme nous l'avons dit, l'événement avait eu lieu à Macao, dont la neutralité avait été violée.
Quelques jours après ces incidents orageux, Lin adressa au superintendant Jonhston , au consul américain Snow et au consul hollandais Van Basele, le mémorandum ci-après: « Notre Auguste Empereur nous a donné la mission d'interdire le commerce de l'opium ; nous décrétons donc la peine de mort contre tout marchand qui s'y livrera ; vous avez demandé des délais afin de faciliter l'exécution de nos ordres, savoir : cinq mois aux bâtiments qui viennent des Indes et dix à ceux qui viennent d'Angleterre; ces délais nous paraissant trop longs, seront réduits à 4 mois pour le premier cas et à 8 pour le second. Le consul hollandais nous demande le temps de se concerter avec ses chefs et se plaint du danger permanent que courent ses compatriotes ; les lois de l'Empire sont immuables ; ceux qui ne les enfreignent pas n'ont jamais rien à redouter. »
l'opium en chine
Le 4 mai, nouvelle proclamation rappelant que tous les articles de contrebande tels que les armes et poudre de guerre, ainsi que l'opium, seront immédiatement saisis et confisqués.
De son côté, Elliot adresse à tous les sujets anglais une protestation dans laquelle, tout en reconnaissant que l'autorité chinoise n'a aucune intention de commettre un acte de spoliation ou de meurtre juridique, il doit cependant constater que la fortune et la vie des étrangers sont chaque jour à la merci de gens subalternes, et il considère un semblable état de chose comme intolérable ; en conséquence de ce péril, il fait appel au concours de chacun et invite les détenteurs d'opium à céder aux injonctions de Lin.
Ces derniers obéissent. Dès que les caisses furent entre les mains de la police chinoise. Lin fit annoncer publiquement que, conformément aux ordres de l'Empereur, elles allaient être détruites. Au premier moment il avait été décidé qu'elles seraient expédiées à Pékin, mais on recula devant les difficultés d'un pareil transport.
Les autorités chinoises furent alors convoquées et toutes les caisses rassemblées dans le Bogue. Là elles furent ouvertes, aspergées de sel et de chaux vive et jetées à la mer. L'œuvre de destruction se répéta chaque jour et dura tout le mois ; une fois qu'elle fut achevée. Lin fit répandre l'avis dont nous extrayons le passage suivant : « Sachez tous que la culture d'une plante malfaisante ne vaut pas celle
l'opium en chine
des champs ; c'est une source de misère et de mort ! »
Lorsqu'eu 1843, lord Joceylin écrivit un .récit de son voyage en Chine, il crut pouvoir affirmer qu'une partie seulement des caisses d'opium fut anéantie, parce que, selon lui, on ne voulait que sauver les apparences, de sorte que la plupart seraient restées entre les mains des agents subalternes. Quoiqu'il en soit, ces incidents se passèrent sans qu'il y eut le moindre attentat contre les étrangers.
Mais à peine le sacrifice était-il consommé, que les négociants anglais adressèrent au très honorable lord Palmerston une requête dans laquelle ils exposent leurs doléances. Leur commerce vient, disentils, d'être frappé d'arrêt, on les a retenus de force dans le but de contraindre les marchands d'opium supposés, à rendre leurs marchandises dont, le prix s'élève à deux ou trois millions de livres sterling ; on les menace dans leur vie : on les oblige à engager leur responsabilité personnelle et celle de tous les arrivants en Chine : le gouvernement chinois a-t-il le droit d'interdire le trafic de l'opium ? N'ont-ils pas signé un engagement d'abstention et cette attitude n'a-t-elle pas mis à nu le peu de sincérité des autorités? Car l'arrêt dans l'importation n'a pas ralenti l'usage de la drogue qui s'alimente à leur complicité : à Wampoo, nombre de bâtiments sont soustraits à leur contrôle et soumis aux mesures les plus vexatoires !
Ils adjurent donc Son Excellence de les protéger
l'opium en chine
contre les caprices d'un gouvernement corrompu.
Les choses s'envenimaient et le superintendant Elliot notifia, le 23 juin, le commencement des hostilités. Lin répondit par un défi. Le 7 juillet, des marins anglais pénètrent à Hong-Kong, y commettent des excès et tuent un Chinois : Elliot paye deux mille dollars d'indemnité, mais Lin lui réclame le coupable et menace les Portugais s'ils prêtent assistance aux Anglais. Ceux-ci quittent Macao le 24 août. Le 4 septembre le feu est ouvert sur trois jonques chinoises qui se réfugient sous les batteries des forts. Elliot déclare le blocus de Canton et des côtes : les Chinois rassemblent une flottille bientôt criblée par les canons anglais.
Le 5 janvier 4840, Lin publie un décret impérial supprimant tout commerce avec l'étranger, puis il adresse à la reine Victoria un mémoire ainsi conçu : « Aussi grande que soit la distance qui nous sépare, votre nation est guidée par les mêmes principes de morale que nous ; mais il y a une tribu de barbares qui répandent, parmi notre peuple, un poison : cette tribu est sous votre domination et notre désir est de nous concerter avec Votre Hautesse pour anéantir un fléau funeste à l'humanité.
» Qu'elle veuille bien nous faire connaître les mesures qu'elle compte prendre pour purger nos ports de ce commerce honteux.
» C'est là une tâche digne de ses méditations. ))Quand ledélaifixépour l'arrètdans l'importation sera expiré, les violateurs seront punis sans merci.
l'opium en chine
Si Votre Hautesse n'est pas obéie, elle doit punir elle-même les coupables et assurer ainsi la tranquillité dans ses possessions : qu'au reçu de cette lettre, elle veuille bien nous informer de l'état des affaires et des mesures prises pour mettre un terme aux ravages de l'opium. »
A cette lettre se trouve annexé un extrait de la nouvelle loi qui va être mise en vigueur et qui est ainsi conçu :
« Tout étranger, colporteur d'opium dans l'Empire Chinois, sera décapité si c'est un chef, et étranglé si c'est un agent. S'il a rapporté par erreur de l'opium, il sera absout à condition de le déclarer et d'en faire la remise. »
A la fm de ce document, ligure la mention suivante : Hvvui-Wan. Ces deux caractères signifient: adressé à un égal.
Il fut remis au commandant du bâtiment anglais, le Thomas Coutts, la première semaine de l'année suivante : récépissé en fut délivré aux autorités chinoises de Canton.
De son côté, le gouvernement anglais prit une prompte résolution et la reine Victoria fit une déclaration de guerre qui fut présentée aux deux Chambres le 3 avril 1840, et dont voici le texte :
« Sa Majesté, considérant l'offense faite par les agents de l'Empereur de Chine envers un fonctionnaire et ses sujets, a ordonné qu'il soit demandé réparation et satisfaction au gouvernement Chinois.
» Pour cette fin, les vaisseaux et cargaisons appar-
l'opium en chine
tenant à ce dernier seront confisqués et vendus. Injonction est faite atout commandant des bâtiments de Sa Majesté, de détenir dans les ports, les vaisseaux chinois et, dans l'événement que satisfaction soit refusée, de porter ces prises en jugement devant l'une des Cours de l'amirauté, dans les domaines de Sa Majesté. » (1)
Après des débats mouvementés, le Parlement vota les subsides s'élevant à cent cinquante mille livres sterling.
L'amiral Georges Elliot, alors au cap de Bonne- Espérance, reçut l'ordre d'amener dans les mers de Chine, son escadre.
Le 9 juin 1840, sir Gordon Bremer, qui eut plus tard une lin si tragique à Khartoum, déclara le blocus de la rivière de Canton, et à partir de ce moment les hostilités entrèrent dans une phase active.
De son côté. Lin organise une armée, achète des navires étrangers et en donne le commandement à des capitaines américains, qui acceptent sans souci du blâme de leurs compatriotes ; puis il poursuit avec acharnement le trafic, confisque les cargaisons de contrebande, enjoint aux Portugais d'expulser les Anglais de Macao, et fait fermer toutes lesopiagies.
(1) On a pensé en Angleterre que, d'après les insinuations de l'intendanl Elliot, la llussie avait poussé la Chine à la guerre afin de briser les relations rommerciales et d'en bénéficier en détournant à son profit les transactions sur les thés, soies, laines, qui ne se feraient plus en Europe que par la Russie ?
l'opium en chine
Aussitôt, les maisons de commerce signalent une forte baisse de prix : la caisse d'opium, valant 400 piastres eu avril, tombe à 290.
Le 14 juin, Tsang fait publier un mémoire adressé à l'Empereur et dans lequel il demande la suppression de tout commerce avec l'étranger. La dynastie, dit-il, possède quatre mers, nos produits surabondent, les barbares ne peuvent se passer de nous, toute la nation doit se dresser contre eux ; les habitants repousseront leurs bâtiments et s'opposeront à leur ravitaillement. Le commodore sir G. Bremer fait son entrée le 16 juin à Siugapoore et, le 20, parvient à la hauteur du Bogue. L'amiral y arrive le 23, et prend le commandement en chef du corps expéditionnaire. Son premier acte notifie aux habitants des côtes le commencement des hostilités. Son plan est de bloquer Canton et de prendre Chusan, île qui, par sa situation, est la clef de l'empire et commande les plus riches provinces et l'embouchure des deux plus grands fleuves. Quant aux dispositions des Chinois, elles se bornent à quelques jonques coulées dans la rivière et à quelques placards promettant des récompenses à ceux qui détruiront des Anglais.
Jusqu'à l'année suivante, les deux ennemis s'observent et les hostilités se ralentissent : mais le 26 février 1841, Sir G. Bremer s'empare des forts du Bogue et le 7 juillet, assiège Ting-haï. Après un simulacre de défense, la ville est évacuée nuitamment et les Anglais y entrent et se livrent à un pillage en règle. Quelques jours après, l'amiral bloque Niugpo,
l/OPIUM EN CHINE
puis e?péraut que les succès obtenus ont convaincu les Chinois de leur impuissance, il tente de négocier avec la Cour de Pékin et il arrive le 9 août 1840 à l'embouchure du Peiho : il se présente à la barre du neuve : aussitôt un bateau mandarin se dirige vers lui et reçoit les ])apiers britanniques dans lesquels une réponse est demandée dans un délai de dix jours. Ce délai expiré, le plénipotentiaire Ki-yng en sollicite un second d'une égale durée ; l'amiral acquiesce, mais après ce nouveau délai, il ne reçoit aucune réponse et, jugeanl sa tentative avortée, il regagne Canton.
Eu somme, l'amiral G. Elliot s'était fait illusion : quels que fussent ses succès d'armes, les Chinois ne voulaient consentir à aucune avance diplomatique.
D'un autre coté, les équipages soulîraient du manque de vivres frais : les régiments de Cypaies étaient décimés par les maladies ; l'opinion en Angleterre était surexcitée et réclamait une action décisive : la presse dénonçait l'insuffisance de l'amiral et s'acharnait contre l'intendant Elliot. Nous connaissions, (lisait le Times, l'imbécilité de cet agent, mais nous ne nous doutions pas qu'il en vînt un jour à plonger son pays dans l'ignominie. Grâce à lui, l'Angleterre a envoyé des pirates et non des soldats en Chine. »
Ces imprécations étaient surtout inspirées par la ettre ironique que Lin écrivait à Elliot pour répondre à celle que l'intendant lui avait adressée et dans
l'opium en chine
laquelle il proclamait la généreuse conduite de ses compatriotes :
« Je connais, disait Lin, votre amour pour la paix, bien que je ne puisse oublier les bons traitements prodigués par les Chinois à l'équipage du Dunda naufragé à Hainan eu représailles des massacres commis par vos marins du Volga sur mes compatriotes ! »
L'amiral Elliot fut remplacé par uu autre personnage qui, muni d'instructions et de plans nouveaux, va précipiter les événements et arriver à des résultats de la plus haute importance.
Son successeur fut sir H. Pottinger, ayant sous ses ordres l'amiral W. Parker, chargé de diriger les opérations.
Le premier coup de mains fut la prise d'Amoy, qui ne fit aucune résistance sérieuse; l'île de Chusan fut réoccupée, et W. Parker se présenta devant Ning-Po, qui se rendit aussi facilement qu'Amoy ; la population garda même une attitude amicale, et apporta des vivres aux Anglais ; puis vint le tour de Shanghaï, qui ouvrit ses portes à la première sommation. Pendant ce temps, le commerce de Canton s'inquiétait ; il craignait un retour d'hostilités plus sérieuses.
A Londres, on s'inquiétait toujours des lenteurs de la guerre, qui, pourtant, faisait des progrès ; en effet, la Hotte anglaise, remontant le Yantze, est bientôt en vue de Tching-Kian, qui offrit une résis-
l'opium en chine
tance désespérée : ce fut un horrible carnage ; le lendemain, la cité était à peu près déserte, et les habitants qui avaient échappé ne montrèrent aucune hostilité. Sir H. Pottiuger y laissa une garnison de 2,000 hommes, et appareilla pour remonter jusqu'à Namking. Lorsqu'il arriva devant la ville, il aperçut les murailles de la grande Cité couvertes de pavillons i)arlementaires. Voulant éviter l'effusion du sang, il demanda une rançon de 3,000 livres sterling.
Après quelques hésitations, les trois commissaires impériaux acceptèrent ses propositions.
Les hostilités cessèrent et le résultat des pourparlers fut la conclusion du traité de Namking daté du 29 août 1842 et ratifié à Shanghai le 26 juin
Il comprend 13 articles dont les principaux sont : ouverture des cinq ports de Canton, Amoy, Fou- Cheou, Ning-po et Shang-haï ; installation de consulats britanniques ; cession de l'île de Hong-Kong : six millions de dollars pour indemnité à l'intendant Ch. EUiot et aux résidents anglais lésés : 3000 dollars aux marchands d'opium : douze millions de dollars pour frais de guerre ; établissement de tarifs douaniers dans les 3 ports ouverts ; liberté de commerce ; création de relations officielles.
Il fut également stipulé qu'après le paiement des premiers millions de piastres, Namking serait évacué ainsi que le grand canal et que Chusan et Kao-Loung,
en face de Hong-Kong, continueraient à être occupés (1) jusqu'à libération intégrale.
Sir H. Pottinger invita ensuite les commissaires chinois à discuter la question du trafic 'de l'opium, mais ils s'y refusèrent, tout en consentant à en parler à titre de conversation privée. « Si, leur dit sir H. Pottinger, la nation est vertueuse et sage, il est inutile de concevoir la moindre inquiétude pour l'avenir, elle délaissera peu à peu ce poison. Votre gouvernement nous invite à faire cesser la culture du pavot dans nos possessions de l'Inde : c'est là une ingérence contraire aux principes de notre législation ; il vous est plus facile de prohiber l'usage de l'opium : si néanmoins le vice a jeté chez vous de si profondes racines que la nation ne puisse y résister, elle saura bien s'en procurer à autre source : le mieux serait de légaliser l'importation : il n'est à cela aucune difficulté sérieuse : il suffirait que la nation unît ses efforts à ceux des autorités ».
Ces vues de l'amiral ébranlèrent les plénipotentiaires qui, cependant, déclarèrent ne pouvoir les soumettre à leur souverain.
Sir H. Pottinger avait un moment conçu l'espoir de les convaincre et avait même préparé une note dans laquelle le trafic était établi sur des bases d'échange d'opium contre les articles indigènes : cet expédient répondait au grief de la sortie du numé-
(1) Le capitaine Cécille de la frégate française VErigone, fut autorisé à assister à la signature du traité : ayant offert sa médiation, elle fut déclinée comme tardive.
raire ; mais devant l'attitude des commissaires chinois, il n'insista pas.
Nous avons vu que dans cette mémorable guerre de l'opium, Lin avait joué un rôle considérable.
Comment en fut-il récompensé? Une supplique du général San-ko-lin-tsin adressée en 1870 à l'Empereur nous l'apprend : « les étrangers, dit-il, sont une calamité pour la Chine. En 1840, ils se précipitèrent par milliers sur notre pays. Qui aurait osé affronter leurs armes ? »
Cependant ils furent chassés de la province de Canton par Su-kouan-tsin. Lin brûla leurs vaisseaux avec leurs chargements d'opium. Leur armée commença dès lors à avoir peur.
Mais qui pouvait croire que Tsi-chan se laisserait soudoyer par eux et livrerait sa ville? Qu'après s'être prosterné devant eux, il oserait accuser Lin d'avoir, de sa propre autorité, brûlé leurs chargements d'opium, et attiré ainsi les calamités sur la Chine? Aussi fut-il envoyé en exil. »
Pendant que le traité de Namking se signait, des incidents graves se passaient dans les parages de Formose.
Deux bâtiments anglais, le Nerbiedda et VAnn, chargés de caisses d'opium, firent naufrage en vue de Taïwan et bon nombre d'Européens furent massacrés par les Chinois.
L'amiral sir H. Pottinger ne pouvait songer à des représailles qui eussent rallumé les hostilités: il se contenta de demander la dégradation du com-
l'opium en chine
maudant du port et l'incident s'efïaça devant les immenses résultats du traité de Namking.
Dans le cours de cette dernière campagne, les . pertes, du côté des Anglais, s'élevèrent à 3,000 hommes, naufragés, tués par le feu ou bien victimes des maladies ; les recrues européennes des nationalités diverses furent très é[)rouvées ; les régiments Indiens le furent moins.
Du côté des Chinois les pertes furent très peu sensibles.
Beaucoup de fonctionnaires furent déférés à la justice, condamnés à mort, puis graciés, excepté le gouverneur de Che-Kiang,qui avait fui à l'attaque de Ning-po en 1841.
La victoire de S. H. Pottinger était considérable : la Chine était frappée au cœur par la chute de l'antique capitale, de cette cité célèbre qui avait été de longs siècles la résidence des souverains et qui n'avait pas cessé d'être le centre commercial de l'Empire.
En Europe, et surtout en Angleterre, l'enthousiasme fut énorme ; la presse fit sonner très haut la victoire : notre rôle, à nous Anglais, disait le Times, est celui du Lion.... Au sein du Parlement, la conduite du gouvernement avait été le sujet d'appréciations diverses.
Ils étaient nombreux à la Chambre des Lords, ceux qui n'envisagaient que le côté humanitaire de la question de l'opium ; aussi s'étaient-ils constamment montrés hostiles à la guerre ; mais après la
victoire, ils voulaient que désormais on arrêtât le trafic de la drogue ; d'autres demandaient qu'au moins on ne l'encourageât pas, parce qu'il était illégal.
Mais le gouvernement s'était toujours dérobé à toute discussion, estimant qu'une assemblée politique doit rester étrangère aux controverses sur les questions de morale.
A la Chambre des communes, le point de vue humanitaire se trouvait relégué sur un plan encore plus effacé : de graves intérêts commerciaux étaient engagés et il importait de ne pas céder aux agissements hostiles des Chinois.
Dans la masse de la nation, deux courants contraires s'étaient formés.
Les uns dénonçaient l'odieux du trafic et par conséquent l'iniquité de la déclaration de la guerre,
La victoire ne l'innocentait pas à leurs yeux, et ils se préoccupaient maintenant de savoir si le commerce de l'opium allait cesser. D'autres n'envisageaient que la ruine qui résulterait de cet arrêt. Ceux qui s'étaient enrichis, et leur nombre était grand, ne s'inquiétaient guère des anathèmes des puritains opiophobes. Le nom del'op'ium n'étant pas gravé au frontispice de leurs somptueuses demeures, et, la morale commerciale n'étant ni soupçonneuse ni indiscrète, ils ne perdaient rien de leur considération. Aussi avaient-ils toujours soutenu lord Palmerston dans sa lutte contre la Chine.
Pendant cette période, la polémique fut donc
ardente ; après la victoire elle continuera et l'on verra les négociants anglais se plaindre de ce que la contrebande de l'opium prenant chaque jour des proportions plus considérables et répandant partout une drogue falsifiée, les conduit à leur ruine.
Comment, disaient-ils, pourrons-nous payer la soie et le thé, si l'opium nous échappe ?
Ce langage montre combien le souci des intérêts matériels l'em[)ortait sur la question morale.
Le gouvernement en agissait d'ailleurs de même à leur égard ; les 6,000 livres sterling qu'il devait leur verser comme indemnité, pour les pertes qu'ils avaient éprouvées, furent réduites à mille; les autres passèrent au trésor public.
Quant à la des Indes, elle fit des bénéfices considérables, grâce à la surélévation du prix de l'opium.
Le gouvernement se félicita d'avoir enterré la question du trafic de l'opium : diplomatiquement, elle est en effet à tout jamais résolue, mais elle ne cessera pas de hanter l'esprit des hommes d'État Chinois et sera constamment une cause ou tout au moins servira de prétexte à la tension continuelle des rapports entre la Chine et le reste des nations.
En 1838, eut lieu l'expédition Anglo-Française qui, cette fois encore, se termina par une nouvelle défaite des Chinois: le traité de Tien-tsin fut conclu : parmi les stipulations se trouve l'article 3 des règlements commerciaux, lequel est ainsi conçu : l'opium d'importation en Chine paiera 30 taëls par picul
l'opium en chine
de droit d'entrée, et il ne pourra rln- tr;(ns])orté dans l'intérieur que par des Chinois : tuiil étranger pouvant, en vertu d'un passeport, se rt-ndre dans les provinces j)0ur y trafiquer, n'a |>f<s 1>' droit de faire le commerce de l'opium.
C'est lord Elgin qui, par une pi<'>.-i<Mi habile, décida le Gouvernement chinois à arrnpter celte légalisation depuis longtemps repoussée.
Il agissait en diplomate et savait (pi.' la pénurie des ressources du gouvernement chinoi-, le mettait dans l'impossibilité de payer aux vaintpieurs l'indemnité de 16 millions de taëls que devaient se partager l'Angleterre et la France. C'est suas doute la même raison qui l'emporta aux yeux <iu gouvernement, quelque désir qu'il eut de ne pas <-éder sur ce point.