‹ L'OpiumChapitre 2 sur 32 · MAY · texte numérisé non relu

MAY

qui circule dans une atmosphère épaisse, troublée par des rixes continuelles. L’opiomane, lui, recherche la société d’esprits cultivés qui, mûris par l’opium, se plaisent en des propos pleins de sagesse, d’indulgence pour autrui. Du reste les Célestes sont le peuple le plus cérémonieux, le plus poli du monde et l’opium augmente encore cette distinction poussée parfois jusqu’à l'extrême dans les fumeries, et leurs jouissances, nous le verrons, sont d’une nature aussi subtile et raffinée que celles de l’alcool sont ignobles et brutales.

Un fait connu c’est qu’un alcoolique qui commence à fumer ne boit plus, il méprise alors ses plaisirs passés, tandis qu’on ne cite pas d'exemple d'un fumeur devenu alcoolique. On a dit avec raison que si l’ivrogne est un ivre- mort, le fumeur, lui, est ivre-vivant (1).

Enfin la grande supériorité de l’opium et celle qui au point de vue social ale plus d'importance, c'est que ce vice asiatique n’est pas héréditaire en ses tares par l'excellente raison que le jour où cette habitude devient invétérée, où le fumeur est

vraiment intoxiqué, il est alors complètement in-

1, Claude Farrère, Les petites alliées.

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