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HISTORIQUE DE LA QUESTION

Origines de lOpium.

Contrairement à la croyance si universellement et si profondément enracinée par les légendes orientales, ce n’est pas dans la Chine mystérieuse qu’il faut rechercher l’histoire si ancienne des premiers rapports des hommes avec l’opium. On manque complètement de renseignements sur les origines du pavot à opium dont le passé nous reste encore inconnu, mais c'esten Asie Mineure qu'on trouve ses plus anciennes traces, et ce seraient les Musulmans qui, privés d'alcool par Mahomet, auraient répandu l’opium dans le monde au cours de leurs lointaines invasions.

Nous savons que le pavot était connu en Asie Mineure depuis les temps les plus anciens et que trois cents ans avant notre ère on l’employait déjà

en Grèce en médecine ; Hippocrate pèrle du suc du

CE

pavot comme ayant la propriété de verser le sommeil et on se demande même si le népenthès, que Calypso offrit à Télémaque pour lui procurer l’oubli de tous ses maux, n’était pas l’opium lui-même, apporté par l’Égyptienne qui donna, d’après la légende, la poudre qui servit à confectionner ce breuvage. Le pavot était en effet cultivé de vieille date

en Égypte et de nombreux voyageurs en par-

lent.

En tous cas Dioscoride (77 ans ap. J.-C.) distingue nettement le suc des capsules de l'extrait de la plante entière et décrit même l’incision de la capsule comme elle est pratiquée en Asie Mineure ; Pline (1) expose l’action médicale du pavot et sa culture par les Arabes, mais en Grèce

l’opium ne fut jamais utilisé qu’en médecine.

1. Pline. Histoire Nalurelle, tome XX, ch. 76 donne des détails sur la façon d’inciser la tête du pavot. Et il ajoute :

« Le suc non seulementa une propriété soporifique, mais encore, si on le prend à trop haute dose, il cause la mort par le sommeil : on le nomme opium. C’est de cette façon que mourut en Espagne, à Bavilem, le père du personnage prétorien Publius Licinius Cecina : une maladie qu’il ne pouvait supporter lui avait rendu la vie odieuse. Aussi l’opium a-t-il été l’objet de grands débats : Diaforas et Erasistrate l’ont condamné complètement, défendant

de l’instiller, comme étant un poison mortel, et en outre, parce

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On croit que ce sont les Persans qui, les premiers, contractèrent des Arabes l'habitude de manger l’opium comme stimulant en le mélangeant à du miel ou de la cannelle, maisle goût de fumer l’opium ne leur viendra que beaucoup plus tard, apporté

par des Chinois.

En Chine, pour trouver la première mention du pavot il nous faut attendre jusqu’au début du viri' siècle. À cette époque un auteur, Chen-Tsang, décrit la fleur du pavot dans son Traité de Bota-

nique ; avant cette date, aucune trace de cette

qu'il nuisait à la vue, Andréas a ajouté qu’il ne causait pas immédiatement la cécité, parce qu'il était sophistiqué à Alexandrie. Mais dans la suite, on n’en a pas condamné l'usage dans une préparation célèbre, nommée diacode ».

« Le premier caractère auquel on reconnaît la bonté de l'opium esf l’odeur ; on ne peut résister à celle de l'opium pur. Le second caractère, c'est que, allumé à une lampe, il donne-uné flamme brillante et que, après avoir été éteint, il répand de l’odeur; ce qui n'arrive pas dans l’opium falsifié, qui s’allume aussi plus difficilementet qui s'éteint souvent. On reconnait l’opium pur par l'épreuve de l’eau : il y surnage en forme de nuage, tandis que l’opium falsifié s’y met en grumeaux. Mais ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que le soleil d'été fournit aussi un caractère : l'opium pur sue et se fond, jusqu’à ce qu’il devienne semblable au suc récent. Monsédés pense que le meilleur moyen de conserver l’opium c’est de le méler à de la graine de jusquiame ; d’autres recommandent de le mettre avec des fèves. »

plante qui, de nos jours, couvre des provinces entières.

La seconde mention est dans un livre sur la culture des arbres par Kuo-To-To qui vivait à la fin du vin siècle, mais sans aucun détail pouvant nous éclairer sur ce sujet.

Le poète Yung-Tao, habitant vers 906 dans la province de Szechwan (celle qui de nos jours est en tête de la production), décrit dans un poème des pavots blancs poussant près de sa maison. .

C’est seulement dans les Trésors de l’herboriste, composé par ordre d’un empereur en 973, qu’on parle des usages médicaux de l’opium. Un peu plus tard dans un traité de botanique écrit en 1057 par Su Sung il est dit que le pavot est devenu une plante qu’on rencontre déjà alors partout, et que, dans la campagne, on considère une décoction de ses graines comme un remède très utile pour une foule de maux.

Enfin, au xv‘ siècle, l'écrivain médical Lin Hung parle du suc lui-même contenu dans les capsules. « … Alors on écrasait, pressait et filtrait la tête entière du pavot, on faisait après bouillir et évaporer la solution et le résidu formait un gâteau

en forme de poisson... » C'était l’opium. Mais on

ne l'utilise encore que comme un remède très répandu pour calmer toutes les douleurs en général et très actif surtout pour les dysenteries.

Dans les écrits de Wang-hi, gouverneur du Kansu, qui mourut en 1488, on trouve la première description de l’opération qui consiste à scarifier les capsules du pavot après la chute des pétales, « d'après l'habitude arabe » ; ilconstate, ajoute-t-il, que c’est du nom arabe «afyun », adopté dans plusieurs provinces chinoises pour désigner l’opium, que vient le nom chinois lui-même, Fu-Yung. De

là cet auteur déduit l’origine arabe de l’opium (1).

1. « Selon toute vraisemblance, ce sont les Arabes qui, initiés « de bonne heure à la science des Grecs, peuvent être considérés « comme les propagateurs du pavot et de ses propriétés dans tou- « tes les contrées qu'ils visitèrent.. De nos jours, dans tous les « États Ottomans, les voyageurs portent avec eux de petits losan- « ges contenant de l’opium et sur lesquels est écrite la légende

«Mash Allah qui signifie : présent de Dieu. Lorque leur monture

«est exténuée ils partagent avec elle le suc reconstituant et « reprennent leur chemin ; cependant ils savent ne pas aller au « delà d’une certaine dose. L'opiophagie dans le monde de FIslam

« ne s’est jamais élevée à la hauteur d’un abus... »

(D: E. Marlin.) « Revue Indigène ».

Un fait qui confirme cette version c'est qu'avant que le privilège

C’est à celte époque en effet que les Arabes introduisirent l’opium en pâte et montrèrent aux Chinois l’art de préparer les pilules et d’en user comme stimulant. Sous celte forme, l’opium ne tarda pas à provoquer des abus funestes et dès le xvir: siècle des édits impériaux essayèrent en vain d’en supprimer l’usage.

En 1578 le célèbre savant chinois Li-Shi-Shen résuma ainsi l'historique du pavot en Chine dans son livre des Matières médicales : «Lepavot, dit-il, est connu depuis le vin siècle; mais jusqu'au xv° siècle, on ne l’employa que d’après des traditions médicales : d’abord par décoction de toute la plante, puis l'extrait des capsules seules; au xvi° siècle les Arabes enseignèrent l’art de scarifier les capsules et l’usage de la pâte d’opium comme excitant. »

Mais ce n’est qu’à la fin du xvirr° siècle que se répandit en Chine l’habitude de fumer l’opium.

À quel moment précis se place cet événement ?

Les auteurs chinois eux-mêmes n’ont pas encore

de l'opium ne tombât entre les mains de la Compagnie des Indes, c’étaient des Musulmans qui seuls en Orient en faisaient le

commerce ct détenaient le monopole de sa préparation,

pu l’expliquer. Le représentant chinois à la Commission Internationale de l’Opium, qui vient de se réunir à Shangaï, disait dans son rapport que ce furent les Espagnols, en introduisant le tabac en Chine au milieu du xvrr' siècle, qui apprirent aux Chinois à le fumer mélangé à l’opium.

Une autre hypothèse semble plus plausible. Au commencement du xvrrr° siècle, les Hollandais débarquèrent à Formose des Javanais qui propagèrent dans l’île l’usage de fumer un mélange de chanvre et d’opium.Lorsque les Chinois s’établirent à leur tour à Formose, ils contractèrent rapidement cette nouvelle habitude et la transportèrent avec eux dans le Céleste Empire. Comme déjà l’usage de l’opium en pâte était très répandu, cette nouvelle habitude de le fumer se propagea instantanément dans un milieu aussi favorable à son développement.

Ainsi en Chine on connaissait déjà depuis plus de dix siècles le pavôt à opium, depuis plus de septsiècles ses propriétés médicales et depuis près de trois siècles l’art d'extraire le suc des capsules, avant d’avoir mis en pratique cette funeste habitude de le fumer.Cependant cncore de nos jours

beaucoup de personnes croient que l’opium a été

fumé de tout temps dans cet empire chinoïs dont la civilisation est une des plus anciennes du monde et à laquelle la légende populaire attribue l'invention de l’opium aussi bien que celle de la poudre.

Tout au contraire! l’opium pour les Chinois est un vice occidental, une importation relativement récente, contre laquelle la Chine n’a cessé de lutter et dont les marchands anglais sont surtout responsables.

Ce commerce, d’abord entre les mains des Portugais qui faisaient venir l’opium de Goa, passa ensuite à la Compagnie des Indes Orientales qui en eut le monopole exclusif en 1773. L'importation augmenta avec une rapidité effrayante, malgré un premier édit de l’empereur Yung Cheng en 1729, défendant de fumer l’opium, plus par haine de l'étranger que par souci de l'hygiène publique. De 200 caisses en 1729 l’importation passe à 4.000 en 1790 (la caisse de 70 kilog.).

En 1796, nouvel édit qui interdit toute importation d’opium en Chine et en Corée, menaçant même les coupables d'emprisonnement etde mort ; mais, grâce à des gratifications pécuniaires, les An-

glais trouvent des complices nombreux parmi les

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fonctionnaires chinois : aussi la contrebande va

toujours en augmentant.

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