Le dross est le résidu du chandoo, non complètement con
sommé, qui reste déposé dans la pipe,
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l’absorbent en pilules lorsqu'ils sont privés, par le fait des circons'ances, des moyens indispensables pour satisfaire leur vice : ainsi ils peuvent attendre sans trop souffrir des désordres physiques habituels au fumeur invétéré privé de sa pipe.
c) Opium des fumeurs. — C’est celui-ci surtout qui nous intéresse et qui va faire l’objet de ce chapitre. L’opium ne peut être fumé tel qu’il est récolté, ni même après la première préparation des agences. Il contient alors des principes vireux qu’il faut détruire et d’autres favorables qu’il faut au contraire développer pour donner à l’'opium ce goût et cet arome particulier si recherché par les fumeurs.
Cette transformation de l’opium brut en chandoo est une fabrication longue et très délicate où excellent seuls les Chinois; elle a lieu dans des établissements appelés bouilleries.
Chaque région a une méthode un peu différente: on trouve des bouilleries dans toute la Chine (surtout au Yunnan et à Canton), aux /ndes Néerlandaises, en Birmanie, au Siam, à Malacca et en Indo-Chine.
En Indo-Chine il y a une seule bouillerie, c’est
celle de Saïgon. Comme c’est la plus considérable
et comme sa préparation très complète et très perfectionnée donne le chandoo le plus recherché des fumeurs, c’est cette préparation de la bouillerie de Saïgon que nous allons étudier en détail.
La méthode employée est la méthode cantonaise perfectionnée et la préparation est faite presque
exclusivement par des ouvriers chinois.
Fabrication du Chandoo.
Bouillerie de Saigon.
Cette fabrication du chandoo, qui exige près d’une vingtaine d'opérations successives, se répartit en trois journées seulement :
Les ouvriers chinois sont partagés en deux équipes : l’une travaillant le matin, l’autre le soir, et au lieu d'appliquer ici le principe de la spécialisation du travail, chaque équipe conduit la préparation d'une façon indépendante de l’autre du commencement à la fin, reprenant le lendemain
la fabrication au point où elle l’a laissée la veille.
PREMIÈRE JOURNÉE. — Ouverture des pains
d'opium. — Les caisses d’opium de Bénarès ou du
Yunnan sont ouvertes et les boules d’opium brut sont incisées entrois parties avec un couteau triangulaire spécial. L’opium est dépouillé alors des enveloppes de leaves qui entourent les cakes et cela à la main, en ayant soin de mouiller les doigts pour éviter l’adhérence de l’opium qu’on dépose dans des bassines.
Les leaves sèches sont gardées : une partie sera
vendue directement aux classes pauvres pour être
mâchée car le chandoo est trop cher, et l’autre partie expédiée à l’adjudication à Hong-Kong.
Traitement des Imbrios. — Les feuilles les plus imprégnées d’opium et qu’on appelle « imbrios » sont gardées pour subir une préparation ayant pour but d’extraire l'opium qu’elles contiennent.
On les coupe, les fragmente et on les plonge dans une bassine pleine d’eau où un tuyau conduit de la vapeur, mode de chauffage très rapide.
Ensuite on jette le tout sur des claies en bambou ayant la forme de cônes renversés et sur lesquels est étendu un linge grossier : au-dessous sont placés des récipients où le liquide s'écoule.
On le repasse ainsi trois ou quatre fois, puis le liquide est chauffé et évaporé jusqu’à ce qu'il possède la consistance désirable. Cet extrait ains
obtenu par le traitement des imbrios sera mélangé
le lendemain à l’opium brut.
DeuxIÈME JOURNÉE. — Empatage.— Le mélange d’opium et de l’extrait des imbrios estréparti dans des bassines en cuivre à double fond chauffées à la vapeur. La masse fond, puis peu à peu,grâce à l’évaporation, s’épaissit ; le brassage avec une spatule en bois doit être continu et dure une heure pour l’opium du Yunnam et deux heures pour celui de Bénarès.
Refoulage.— Quand la consistance est suffisante, le bouilleur retire cette pâte toute chaude et la répartit dans deux bassines en laiton. Il en prend une, s’assied sur le sol et,la maintenant entre ses jambes,bat vigoureusement la pâte avec une écuelle de cuivre ; il la malaxe ainsi pour que la masse se refroidisse lentement et uniformément en ayant une homogénéité parfaite.
Quand la pâte lui semble à point, il l’étend en forme de galette au fond de la bassine, après avoir versé un peu d’eau auparavant pour rendre l’adhérence plus complète.
Crépage. — C'est la principale opération parce
qu'elle va faire disparaître par le grillage les prine
cipes vireux et les produits âcres qui rendent l’opium brut infumable.
On place ces bassines, contenant la galette d’opium, renversées sur un feu de charbon exempt de fumerons et recouvert de cendres. La chaleur s’élevant jusqu’à 200°, il se produit un commencement d’altération à la surface extérieure de la galette d’opium qui estexposéeàlachaleur.Lebouilleur retire alors la bassine avec des pinces et détache délicatement cette mince couche superficielle qui, alors durcie par un brusque refroidissement au contact de l'air froid, se sépare facilement de l’intérieur resté chaud. On recommence ainsi jusqu’à épuisement de la galette qui donne en moyenne de 25 à 30 crêpes.
Une fois torréfié et grillé par ce procédé, l’'opium dégage une agréable odeur. Cette opération présente une autre utilité, c’est que l’eau contenue dans la masse se transforme sous l’action de la chaleur en vapeur en créant à la surface des vacuoles et méats qui rendent les crèpes poreuses et vont leur permettre de flotter sur l’eau dans l’opération suivante :
Macération. — Ces crêpes brisées sont versées
dans des bassines en cuivre montées sur des chäs-
sis permettant de les incliner à volonté. On remplit ces bassines d’eau froide, les crèpes flottent, sont pénétrées par l’eau grâce à leur porosité et
les principes solubles se dissolvent ainsi.
TROISIÈME JOURNÉE. — Décantation. — Pendant la macération il se forme deux couches distinctes : une couche supérieure qui contient toutes les parties non solubles et une inférieure liquide qui est la solution d’opium.
Pour obtenir une séparation complète entre ces deux éléments, on utilise des mèches en moelle végétale de joncs décortiqués. Elles sont réunies en paquet et liées entre elles à une extrémité seulement.
On trempe ces mèches dans la macération, de façon à ce qu’elles pendent en dehors des bassines d'environ 25 centimètres, et ces mèches faisant l'effet de siphon pompent la partie liquide inférieure en la filtrant parfaitement. On incline à mesure les bassines et la décantation s’opère très rapidement.
Filtration. — On recoit la solution dans de petits récipients en cuivre recouverts de paniers-
filtres en bambou, couverts eux-mêmes de plu-
sieurs feuilles d’un papier-filtre spécial fabriqué par les Chinois pour cet usage.
Lessivage des résidus. — La masse noirâtre qui reste dans les bassines après la décantation est versée sur des toiles en coton brut qui sont ellesmêmes posées sur des feuilles de papier-filtre ; les bouilleurs les arrosent avec de l’eau bouillante tout en remuant ces résidus avec une spatule en bois. Enfin ces résidus sont mélangés avec l’eau qui a servi au lavage des bassines, des mèches de moelle et des linges à filtrer, et le tout est soumis à deux barbotages, puis pressé.
Toutes ces solutions provenant de ces diverses opérations sont mélangées et concentrées.
Concentration des liqueurs. — Pour concentrer ces solutions, y compris celle obtenue en premier lieu par la décantation, on les réunit dans une cuve peu profonde mais à grande surface et par-
courue par un serpentin de vapeur d’eau. De cette cuve la solution passe dans deux vastes bassines à évaporation où s'opère la concentration en chandoo par une ébullition tumultueuse. Cet extrait bouillant, ainsi obtenu, est un sirop très épais, marquant 29 degrés Baumé.
Battage. — Ce sirop est versé dans un batteur
mécanique où ilest soumis pendant une heure à un baitage énergique avec insufflation d’air froid grâce à un ventilateur. Cette oxygénation développe l’arome et le bon goût du chandoo, et l’air incorporé. facilitera très probablement les futures fermentations.
Le chandoo ainsi prêt à la fin de la troisième journée va encore rester en magasin pour la fermentation et l’emboîtage,
Fermentation. — Il y a deux fermentations :
l’une rapide, dès le second jour, et achevée vers le trentième, et une seconde indéfinie et très lente. D'après certains auteurs, la première fermentation n’existe pas, ce n’est que l’air incorporé lors du battage qui s'échappe en formant à la surface une des petites bulles. Dans tous les cas, au bout de quelques jours l’opium laissé en repos se couvre d’une légère couche de moisissure qui ne l’abîime nullement ; on se contente de l’enlever délicatement et de la laver à l’eau bouillante pour ne pas perdre l’opium qu’elle contient et qui est réuni, après concentration, à la masse.
La seconde fermentation, encore mal connue, fait que plus l’opium devient vieux, meilleur il
esi pour le goût des connaisseurs, comme pour les
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bons vins, son prix augmente en vieillissant : on le garde ainsi des années et au fur et à mesure, grâce à cette fermentation, se développe son arome.
A Saïgon on se contente de legarder cinq mois avant de le mettre en boîte et de le livrer à la consommation.
Emboîtage. — Le chandoo est vendu en petites boîtes de laiton de cinq tailles différentes : de 100, 40, 20, 10 et 5 grammes, respectivement.
Pour le remplissage des boîtes on utilise à Saigon un appareil très perfectionné. Le chandoo est versé dans un vaste récipient de 1.000 kilogrammes qui a un tuyau à sa base communiquant avec des appareils doseurs Deyme : ceux-ci versent juste dans chaque boîte la quantité d’opium déterminée.
Sertissage. — Les boîtes sont ensuite serties et le couvercle porte un B pour l’opium de Bénarès et un Ÿ pour celui du Yunnan.
Pasteurisation. — On met les boîtes dans une cuve qu’on porte à une température de 90° pour tuer les levures qui pourraient altérer l’opium ou faire -éclater la boîte par une fermentation trop active, ce qui était la grosse difficulté autrefois.
Vernissage, — Il ne reste plus qu’à vernir les
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boîtes, en rouge pour l’opium du Yunnam et en
vert pour celui de Bénarès.
Le chandoo des fumeurs.
Un chandoo bien préparé doit réunir les conditions suivantes : limpidité parfaite, odeur spéciale de violette, exempte de tout parfum vireux, densité demi-fluide de façon à donner, si on plonge une spatule dans sa masse, un filet de 0 m. 40 de long en élevant celle-ci pour que le chandoo retombe de cette hauteur très lentement. Sa couleur varie suivant le pays d'origine mais en général brun rougeâtre plus ou moins foncé, saveur amère
et persistante.
Composition chimique.
Bénarès Yunnan
Pau yes ce ue Nos MUR 5 RRQ Mopphine ea ie es DEA 12409 Cendees. 20e UeTe ED 2à 5 Matières insolubles dans l’eau. 1à 4 2à5 :
Matières insolubles dans l'alcool. 10à15 5 à 10 NATCOEUIS ALMA PET NME TS 1à 3
Glucose: RS RRPRLER SEERERD 16
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Rendement. — Actuellement par les procédés en usage on est loin d’épuiser la matière première ; pour {00 kilogrammes d’opium mis en préparation on en retire à peine #5 kilogrammes de chandoo en moyenne dans les bouilleries très peu perfectionnées encore de la Chine etde 55 °/, à60°/, dans les bouilleries plus modernes de Saïgon et de Java.
Il faudrait, pour avoir un meilleur rendement, réduire encore la main-d'œuvre et ses inévitables défaillances dans des opérations si délicates et la remplacer par des procédés industriels épuisant mieux la matière. Théoriquement ces problèmes sont résolus mais on hésite en ce moment en [ndo- Chine devant les frais d’une nouvelle bouillerie perfectionnée qui livrerait à des prix inférieurs un meilleur produit, surtout au moment où il y aune
campagne si violente et générale contre l’opium.
Origine des opiums utilisés pour le chandoo.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas la grande proportion de morphine contenue dans l’opium qui fait sa valeur pour les fameurs.
Au contraire tous les opiums trop riches en mor-
phine ne peuvent servir à la préparation du chan- doo et sont uniquement utilisés pour les produits pharmaceutiques.
Les opiums d'Asie Mineure et de Turquie qui possèdent jusqu’à 13 et 14 ‘/ de morphine, ceux de Perse en ayant de 10 à 11°/,et ceux d'Égypte de 8 1/2 à 10 °/, sont complètement abandonnés, pour la préparation du chandoo.
On leur préfère les opiums du Yunnan ne dépassant pas 8 et 9 °/, de morphine et ceux de l’/nde, qui ne contiennent que de 6 à 7° de morphine seulement.
Le plus estimé de tous, celui de Bénarès ne dé-
passe pas 6 1/2 °/.
Le « Dross ».
Environ 30 °/, du chandoo fumé n’est pas complètement brûlé et reste à l’intérieur du fourneau des pipes, c’est le « dross ».
Ce dross a encore une assez grande valeur, 125 francs le kilogramme, car on en extrait, en le traitant par l’eau bouillante, un produit qui est vendu aux fumeurs comme chandoo très inférieur
et bon marché, lequel lui-même est souvent encore
traité pour extraire de ses dross un troisième produit pour les coolies très pauvres.
Certains fumeurs mélangent ce dross au chandoo pour le famer ; mais ce quiest plus grave c’est que la plupart des bouilleurs chinois mettent dans le chandoo qu'ils fabriquent une forte proportion de dross, ce qui augmente fortement la dose de mor-
phine dans la drogue ainsi fabriquée.
Les falsifications. Contrôle.
Le chandoo par lui-même, et grâce au monopole surtout, est un produit très cher; aussi la fraude de l’opium brut et du chandoo est une source de gains tentante pour les Chinois qui sont d’habitude fraudeurs. Pour contrôler le chandoo falsifié, à la bouillerie de Saïgon on met sur chaque boîte un numéro correspondant à la masse contenue dans le vaste récipient de 1.000 kilogrammes où passe le chandoo avant d’être mis en boîte. Un échantillon est prélevé et envoyé au laboratoire pour être analysé. Toute boite saisie dans la circulation dont l’analyse ne donnera pas les mêmes résultats que ceux portés pour le numéro corres-
pondant sera déclarée opium de fraude.
On possède en outre certains procédés pratiques pour reconnaître les corps étrangers falsifiant l’opium brul.
Ces matières ajoutées en fraude dans l'opium brut sont en nombre considérable : des extraits obtenus par l'ébullition de matières végétales (feuilles ettige du pavot le plus souvent) ou des huiles, du charbon, des matières calcaires, etc.
Du reste presque tout le chandoo fabriqué en Chine contient des matières fraudées, car l’industrie privée étant libre y trouve ainsi de beaux bénéfices sans courir de grands dangers, et cela autant chez le cultivateur lui-mème que chez le
bouilleur de chandoo.
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