‹ L'opposition libérale sous l'empireChapitre 5 sur 9 · L OPPOSITION I · texte numérisé non relu

L OPPOSITION I

(la cet argument pour faire valoir la n^cpssitè de garder intacte la loi de sûreté giinérale.

J. Favrc a décidément eu tort de venir poM devant la Chamlire les petites histoires que son secrétaire lui a racontées. li y a eu entre lui et M. BaroehB des explications qui ont GmbrouiUé la question au lieu de l'éclaircir. L'impression générale est que J, Favro a ajouté trop facilement foi à de pui's commérages.

Uu membre de la majurité a voulu réaliser l'idée de M, lîoques-Salvaza, M, Clievandier de Valdrôine s' èievé contre les Cinq avec une àpreté Pt une violencB qu'on n'attendait pas de la part d'un homme qui passe pour avoir de« origines libérales. J. Favre avait fait allusion aux procbaines élections, M. ('Iievandier de Valdrômf est parti de là pour faire le. procès aux hommes de 1848 et pour justifier le système des oanr. didatures officielles. « Je suis certain, s'est-il écrié, que la totalité de mes collègues sera réélue. »

C'était la meilleure manière de passiomier le débat; Quand Ollivier a demandé la parole pour répondre,3 n"a pu l'obtenir qu'avec peine, et il a fallu notre intervention incessante pour qu'elle lui fût maintenue. Il & cherché à expliquer la conduite qu'il avait tenue i Marseille; mais il a été l'objet de continuelles intei^' ruptions. MM. de Dalmas, Jérôme David et Caruelda Saint-Martin l'ont interpellé de la façon la plus désobligeante. « L'impatience de la Chambre, a-t-il dit avec raison, ne vient pas de ce que je suis hors de la question; elle vient d'un sentiment passionné.

J'avais cru que les cléricaux voulaient appuyer l'amendement des Cinq. Je m'étais trompé. C'est seul»-

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ment après qu'il a été rejeté et que le paragraphe premier de l'adresse a été mis en discussion que M. Anatole Lemercier a formulé les observations qu'il avait annoncées samedi dernier.

M. Anatole Lemercier a été un des plus fermes soutiens du système politique qui a prévalu le lendemain du coup d'Etat; tous les abus d'autorité auxquels l'Empire s'est livré à son début ont reçu son approbation; il a voté avec enthousiasme toutes les mesures restrictives et appuyé toutes les lois antilibérales. 11 est aujourd'hui le défenseur acharné des libertés publiques ; il est dans ses critiques plus acerbe et plus impitoyable que J. Favre. Quant à la déclaration qui a terminé son discours, c'est une menace plus que transparente :

Depuis soixante-dix ans, trois dynasties ont représenté chacune }\us spécialement, un grand principe de conservation sociale. La tranche aînée des Bourbons a représenté le principe de tradition ; la branche cadette des d'Orléans, le principe de liberté, et la dynastie le Napoléon, le principe d'ordre. Ai-je besoin d'ajouter que ces dynasties, Tune après l'autre, ont cherché à réunir ces trois grands principes? La dynastie de Napoléon l'a compris. En proclamant Napoléon III, on a fait la part de la tradition; en acclamant le Deux-Décembre, on avait fait la part de Tordre. Le moment est venu pour la dynastie des Napoléon de#hire la part de la liberté.

— Vous vous êtes déjà prononcé en rejetant l'amendement de la gauche, a répondu dédaigneusement M. Baroche.

Si c'est une épigramme, nous avons le droit de la trouver de mauvais goût.

11 mars 1862.

Le discours qu'a prononcé J. Favre pour développer l'amendement des Cinq sur la question romaine,

180 t/opposîtjon libérale sous l'empire

est certainement un de ses meilleurs. J. Favre a revanche à prendre de ses échecs de 1848 et 18^9- Aussi apporte t-il dans la discussion une ardeur p7ii^ que juvénile. D'un mot il a caractérisé la situation équivoque dans laquelle la politique impériale se trouva placc^e :

Nous avons délivré l'ilalio du joug de l'étranger; mais si nous rem* plaçons l'étranger, qu'y gagnera l'Italie ?

Si, en faisant intervenir M. Jérôme David dans la discussion, on a voulu fournir un argument en faveur de Toxpédient imaginé par M. Roques-Salvaza, on s'est complètement trompé. Des discours comme celui de M. Jérôme David ne peuvent fournir aucune lumière sur les sentiments de la majorité, et elles obscurcissent les ténèbres sur les intentions vraies du gouvernement.

M. Jérôme David, cela est visible, a voulu prendre le contre-pied des idées soutenues par le prince Napoléon dans son discours au Sénat. Il prétend avoir à se plaindre du Prince, dont il a été autrefois l'aide de camp ; on parle de divisions d'intérêts qui se sont élevées entre eux à la suite de la mort du prince Jérôme. En puisant ses arguments dans ses rancunes, M. Jérôme David s'est exposé à aller à rencontre de la politique du gouvernement. Nous n'en sommes plus à réclamer l'exécution du traité de Zurich et l'application du système fédératif. Il y a plus que de la naïveté à avouer que la papauté ne peut se soutenir qu'à l'aide do mercenaires étrangers.

On me dit que l'Empereur a un faible pour M. Jérôme David, et qu'il l'encourage beaucoup. ,Ie

L*OPPOS1T10N LIBÉRALE SOUS l'eMPIRE 18"

^to qu'il en fasse jamais un homme politique

rieux.

^^ 90 n'ont pu pardonner aux Cinq Téchec qu'ils ^^oût fait subir Tannéo dernière. Aussi, c'est à amendement des Cinq que leur orateur, M. Kellor, a ^ni devoir s'en prendre. Il a soutenu cotte thèse, {fl'entre la politique de J. Favre et celle du gouvernement, il nV avait qu'une question de logique : le ^Bvemement est fatalement conduit à conclure comme J. Favre et ses amis. M. Keller a laissé éciapper le fond de sa pensée quand il a dit :

On est venu Tannée dernière nous placer entre un blâme pour le 5iiot-Père et un blâme pour lo gouvernement. Croyez-le, messieurs, de quelque côté qu*ait été la majorité, la victoire n'a été ni pour les 90 ni pour les 150. Elle a été pour la Révolution.

Et afin qu'on ne se trompât pas sur les personnes qu'il cherchait à atteindre, l'orateur clérical a terminé son discours par ces paroles ardentes :

La France n'est pas révolutionnaire, cnr la rrvolution est la négation du catholicisme et de la liberté. Qu'ils soient dans la foule, ou qu'ils i^îent sur les marches du trône, arrière tous ceux qui voudraient entraîner le gouvernement de la France et nous ramener au Bas- Empire !

J 2 mars 1862;

Ollivier a répondu à ]\I. Keller. Son discours qui est fort beau n'a pas, à proprement parler, un caractère politique ; c'est le développement de cette idée que la Révolution bien entendue et bien comprise ne se distingue pas de la liberté et que la papauté spirituelle n'a rien à redouter de la liberté. Ollivier a brodé sur ce thème une magnifique leçon de philo-

188 l'oppositiOxN lidéuale sous l'empire

Sophie et d'histoire. Mais c'est un hors-d'œuvre à\ la discussion ; il faut toute autre chose pour donH::i< satisfaction aux intérêts engagés et aux passions €fé moment. ^■

Ce discours creusera bien certainement un abî/H^ entre OUivier et le libéralisme clérical. On lui par^ donnera difficilement des paroles comme celles-ci ;

hommes de peu de foi, comment pouvez-vous croire, au xiïesiècte, quand la liberté est vivante au fond de toutes les âmes, quand tous êtes 200 millions de catholiques, comment pouvez-vous croire qod " l'intégralité du Saint-Siège soit attachée à quelques pouces de terrain?

M. Billault a refait le discours qu'il avait prononcé ^ les années précédentes. La question de Rome est ^ placée entre deux opinions opposées ; le gouvernement n'accepte ni l'une ni l'autre. Je ne sais pas comment» dans son esprit, M. Billault fait concorder son juste | milieu avec ce que dit l'Empereur à Victor-Emmanuel ] dans sa lettre écrite de Vichy le 12 juillet dernier. ^ Napoléon III est très net ; il déclare qu'il laissera les troupes françaises à Rome « tant que l'Italie ne serapas réconciliée avec le Pape, ou que le Saint-Père sera menacé de voir les États qui lui restent envahi5 par une force régulière ou irrégulière. »

Qu'est-ce que signifient en présence de cette déclaration les conseils donnés aux Italiens de se faire «un bon tempérament politique » ; cet aveu qu'on restant à Rome, on viole dans un intérêt supérieur les droits des Romains à s'appartenir ; cette protestation contre les attaques dont le Prince Napoléon a été l'objet à cause de son discours au Sénat; cette revendication des conquêtes de la Révolution? Toutes ces logoma-

l/oPPOSiTlO.N LIBÉRALE SULS l'EMIMKE 180

eèies ne servent qu'à masquer une situation dont on Il fie se dissimule même pas les embarras.

La Terité est dans co cri du cœur que M. Billault a laisse échapper :

Qaoi! R)mo esl pour nous un instrumcnl de domination! mais c'est

incde nos plus grandes difficultés! mats c'est qu'il > n de l'agitation

àosles esprits, des embarras partout, c'est que cette question de

f fiome n'est pas. résolue. Ah! si nous n'étions pas allés à Rome, nous

Iprions libics, nous ne prendrions conseil que de nos intérêts!

J. Fa\re n'a pas eu de peine à signaler les contradictions ilont M. Billault a émaillé son discours. Il n'y a rien à répliquer à cet argument :

Si le Phpc ne peut rester à Rome qu'avec notre concours, son indépendance est complètement fictive; c'est la France qui règne à Rome. Aussi ai-je entendu dire que c'était les intérêts français '.|u'il fallait SBoregardor. On a voulu nous prouver que l'occupation de Rome était nécessaire à la consolidation militaire de notre œuvre. C'est là un ntre point de vue de la question ; mais il ne faudrait pas que le gounmeme it se présentât comme le protecteur du Saint-Siège, lorsqu'il bit SCS p!t*pres affaires.

Comme d'habitude, Tamendement des Cinq a été repoussé. C'est un innocent moyen qu'on emploie pour faire croire que le Corps législatif, à part les Cinq, est unanime.

La Droite avait retiré son amendement, mais au moment de voter sur le paragraphe 4, M. Plichon, au nom de ses amis, a demandé à la Commission de fadresse des explications sur les motifs qui avaient dicté la reconnaissance du royaume d'Italie et sur les conditions de Tindépendance du Saint-Siège. Ces explications lui parai>saient d'autant plus nécessaires que, Tannée dernière, l'adresse déchirait, ce qu'elle ne fait

pas aujourd'hui, que rindépendance du Saint-Père était inséparable de la souveraineté politique du Saint- Siège.

Il y avait surtout dans l'adresse une expression: les aspirations légitimes de V Italie, qui avaient éveillé les susceptibilités des cléricaux ; ils avaient cru y voir un éloge de ces aspirations.

La réponse faite par M. Vernier, au nom de la Commission de l'adresse, n'a pas jeté une grande lumière sur les sentiments de la majorité.

C'est l'idée du ministre que nous avons voulu rendre, a dit M. Vernier ; c'est aussi l'idée de la majorité de la Chambre.

Après cette réponse si peu concluante, on a crié: aux voix ! le scrutin s'est ouvert, et il s'est trouve dans l'urne 10 bulletins bleus.

C'est pour arriver à ce mince résultat qu'on a prolongé la discussion pendant deux jours. Les cléricaux ont perdu le droit de se moquer des Cinq.

13 mars 18G2.

Nous n'avons pas pris part à la discussion sur le paragraphe relatif à la question américaine. Nous avions déposé un amendement. Ollivier s'est contenté d'en préciser le sens et a déclaré que nous le retirions pour nous rallier à un autre amendement déposé par MM. Morin, A. Lemercier, Guyard-Delalain, le marquis d'Andelarre et Jubinal.

Cet amendement était ainsi conçu :

La guerre civile qui désole rAmérique perle uno grave atteinte à notre industrie et a notre commerce ; nous faisons des vœux ardents pour que ces discussions aient un terme prochain et pour que le grand

l'opposition libérale sous i/empire lîM

>e(Je l'abolition de Tesclayage sorte victorieux de la lutte en-

i son sujet.

Billault a opposé à raraendement cette fin de pcevoip :

î-vous qu'il serait sage et politique clans une adresse où vous ; le désir de voir cesser les troubles d'Amérique, de venir TOUS qui pratiquez la neutralité, des paroles en faveur de la on de 1 esclavage ?

iiscussion s'est égarée. On y a mêlé toutes

de questions étrangères au sujet. Les députés

lajorité, quand ils abordent une question, ont

s rœil fixé sur leur circonscription et se

ipent uniquement des intérêts particuliers de

ecteurs. II en résulte une cacophonie d'idées

it incroyable. Le fil de la discussion se rompt à

instant, i M. de Morny a-t-il eu raison de dire :

rateui"^ entrent dans tous ces détails, la discussion perdra de •tance et de sa dignité aux yeux du pays.

avions déposé un amendement sur la guerre ique. Il y a eu complète erreur commise par le nt; il a laissé s'engager la discussion sur le iphe. Voilà comment il se fait que M. Jubinal a 7oir l'initiative des critiques dirigées contre rentureuse expédition. L'incident ne nous a lu; il est bon que, dans la majorité, il y ait nmes qui se montrent disposés à blâmer cermtreprises.

ivre a dénoncé le but de cette guerre loinil s'agit do placer un archiduc autrichien sur e du Mexique. M. Billault a répondu par une tion formelle :

11)2 l'opposition LIBÉHALE SOUS l'eMPIRE

L'ambassadeui" d'Angleterre, a-t-il dit, s*est ému de ce qui se disait à cet égard et il est all(' à notre Miuistre des Affaires étrangères, qui lui a répondu : ■ Cola n'ost pas. Voilà les faits ».

Cependant le fait est patent. 11 n'y a pas un seul de nos officiers qui ne dise tout haut qu'on va établir une monarchie à M(*xico.

14 mars 1862.

L'amendement des Cinq sur la situation financière a fait éclater la rivalité sourde qui existe entre M. Magne et M. Fould, depuis la publication du fameux mémoire qui a servi de préambule aux réformes du 24 novembre 4861.

En défendant notre amendement, j'avais fait remarquer que le mémoire de M. Fould n'avait rien appris à la Chambre, et que, depuis plusieurs années, l'opposition, venant en aide aux commissions financières, avait signalé la pente périlleuse sur laquelle (M1 glissait.

C'était mettre en cause les ministres qui avaient dirigé les finances depuis 4864 et particulièrement M. Magne, qu'on a accusé d'avoir, par son insouciance dépensière, amené la Dette flottante au chiffre eff'rayant de plus d'un milliard.

Aussi M. Magne, en me répondant, ne s'est-il pas attaché aux cri<ii5|ijkes que j'avais adressées au système de M. Fc^M^ il s'est longuement étendu sur son administratiorî et il a cherché à justifier toutes ses opérations^. Ce discours, qui a duré deux heures et demie, passait par-dessus la tête de l'opposition pour aller frapper le ^Ministre des finances et la Commission du budget qui avait provoqué les réformes.

l'0P1»OS1T10.N LiBÉ «ALE SOLS LEMPIRE ID3

M. Deviiick n'a pu laisser sans réponse des reproches qui, s'adrossant aussi directomont à une commission dont il a été si souvent l'organo, devenaient en quelque sorte personnels. Il a pris la défense du système de M. Fould et il a fait, comme lui, lo procès aux précédentes administrations financières.

L'impression qui reste de cette longue discussion, «estquo le système financier de M. Fould ne satisfait personne. Il ne satisfait pas Topposition, qui voit très bien qu'en renonçant à la faculté d'ouvrir des crédits extrabudgétaires en dehors des sessions, le gouvernement n'a fait qu'un sacrifice apparent, puisqu'il a conservé et même étendu le droit de virement. Il ne satisfait pas les budgétaires, qui trouvent qu'en divisant le budget en deux parties, budget ordinaire et budget extraordinaire, on a établi une complication , de plus ; qui se plaignent qu'on n'a pas suffisamment multiplié le nombre des spécialités ; qui voient avec peine s'ouvrir l'ère des gros budgets, et qui disent qu'on pourrait arriver à l'équilibre sans avoir besoin de créer 142 millions d'impôts nouveaux. Quant au fflinistre de la parole, il est encore moins satisfait que Topposition et que les budgétaires, puisqu'il se trouve placé dans cette position humiliante d'avoir à soutenir un plan financier qui est le contre-pied de toutes ses idées, et dont, au fond, il n'attend rien de bon.

La Chambre a assisté à ce débat sans avoir l'air d'y rien comprendre. Elle a cependant le vague sentiment qu'il n'y a pas une entente parfaite entre les gens chargés de soutenir le gouvernement. Aussi se montre-t-elle inquiète. ÎPourquoi, se demande-t-on.

lî)4 fc'ePPOSITION LIBÉRALE SOUS l'ëMPIRE

au lieu de se contenter de réfuter les arguments et les chiffres de M. Darimon, M. Magne s'est-il livré à une longue apologie des actes financiers auxquels il a participé? Pourquoi M. Devinck s'est-il montré si amer dans ses critiques et si tiède dans son approbation ?

La suite du discours de M. Devinck a été renvoyée à demain.

15 mars 1862.

M. Devinck a dit en commençant son discours:

Le sénatus-consuUe est le résultat d'observations très respectueuses, mais très persistantes du Corps législatif présentées dans dix sessions consécutives.

Rien n'est plus vrai. Depuis dix ans, les commissions financières n'ont cessé de s'élever contre l'abus des crédits extrabudgétaires. Elles n'ont interrompu leurs réclamations que lorsque le gouvernement a pris l'engagement de modifier la législation sur ce point. M. Fould a, du reste, rendu hommage aux efforts des budgétaires, puisque, pour justifier ses réformes, il a cité de nombreux passages des rapports des commissions. Quant à la spécialité, la commission du budget en a constamment demandé le rétablissement ; le vote par spécialité lui paraissait une des prérogatives essentielles de la représentation du pays.

On s'attendait à ce que M. Devinck reprît la suite de ses critiques de la veille ; il s'est contenté de faire l'éloge du sénatus-consulte et de prendre note des concessions qui avaient été faites.

On a eu le secret de cette réserve, quand on a en-

l/ OPPOSITION LIBÉRALE SOIS l'eMPIRE Mi)

tendu les premières paroles du discours de M. Gouin. Ce n'est pas seulement entre les ministres qu'il y a des dissidences; c'est entre les budgétaires, M. Gouin, qui approuve complètement les réformes de M. Fould, so plaint que M. Magne ait parlé trop tôt et ait fait de son discours une simple revue rétrospective. M. Devinck, lui aussi, a parlé trop tôt; il a soulevé inopinément les questions les plus graves. Et là-dessus M. Gouin s'est mis à répandre de Thuile sur les blessures que M. Fould avait reçues. Peu s'en est fallu qu'il ne dc^montrât que les nouveaux impôts, même ceux sur le sel et sur le sucre, devaient être considérés comme des bienfaits pour les classes laborieuses.

Toutes ces compétitions personnelles agacent sans doute M. de Morny, car il y a un moment où il perd la tête et où il devient nerveux. Il refuse la parole à M. Javal; il la refuse à M. Devinck. M. Girou de Buzareingnes commence la lecture d'un discours écrit. L'orateur a la voix faible. Dès les premiers mots, le Président l'arrête et lui fait entendre que ses paroles ne seront pas reproduites au iV/omieur. M. Girou de Buzareingnes continue. M. de Morny l'interrompt de nouveau. Il y îi entre lui et l'orateur un échange d'observations aigrelettes :

Nous ne sommes pas ici, dit-il, pour faire mettre au Moniletir un discours qui n'a pas été entendu.

Ici Hénon intervient. Il s'oppose à la suppression du discours de M. Girou de Buzareingnes :

'* Pour moi, dit-il avec animation, je lirai avec beaucoup do plaisir le discours de Torateur et je suis convaincu que plusieurs de nos collègues qui ne Tonl pas entendu le liront de mt^me. »

lOO l/oPPOSniU.N LIDKUALE SOUS l'kMPIHE

M. Girou de Buzareingues comprend qu'Hénon vien^ do lui porter le dernier coup ; il replie ses feuillets et il se rassied.

11 y a eu aussi une petite scène à propos de Tinsisr tance que mettait M. Javal à vouloir prendre la parchî. M. de Mornv lui a dit un mot très dur :

n ne faut pas avoir la prétention de croire que ce qu'on a à -dfi^;*. vaut mieux que ce que diront les autres.

Picard qui avait été chargé de soutenir notre ameur. dément sur la ville de Paris, n'a pas été aussi brillant , que Tannée dernière. Il est vrai qu'il a été pris de court. On Ta forcé de parler à la fin de la séance, et le temps \ lui a manqué pour développer ses arguments. Il a ex^ j posé cependant surTétat d'abandon dans lequel on laisse ; l'ancienne banlieue une série de faits qui donneront ■■ beaucoup à réfléchir au public,

M. Fould est, dit-on, furieux de ce que M. Magne, au lieu de prendre la défense de son plan flnaacier, s'est répandu en éloges sur sa propre administration. U l'accuse d'avoir fait dévier la discussion et d'avoir par là affaibli le sens et la portée des nouvelles réformes.

17 mars 1862.

On a continué la discussion de notre amendement sur la Ville de Paris. Le secret de la tactique suivie à la séance de samedi nous a été révélé ; on n'a forcé Picard de parler à la fin d'une séance que pour nous empêcher de donner trop d'étendue au débat, et aussi pour faire oublier nos critiques.

M. Barochea en effet répliqué à Picard ; il s'est attaché à être loner et ennuveux, afin de fatisruer la Cham-

l'opposition libérale sors l'empire 19"

ire. M. Devinck s'est livré à nue apologie interminable i l'administration financière de la Ville de Paris; on 8P serait cm à THôtel de ville, îx une séance de la comnission municipale.

Quand Picard a voulu répondre, les cris aux voix ! aux voix! sont partis de tous les côtés de la salle. Au lieu de lui maintenir la parole, le Pi'ésident s'est rangé do coté de ceux qui voulaient la lui retirer, u Si la majerité de la Chambre se prononce pour la clôture, vous Déparierez pas, » a dit brutalement M. de Morny.

C'était indiquer à la majorité dans quel sens elle devait voter. Aussi la clôture a-t-elle été prononcée. Ces . jours-ci, M. de Morny nous reprochait de déposer trop d'amendements ; il trouve apparemment que nous parlons trop souvent.

La scission entre les cléricaux et le gouvernement s'accentue tous les jours davantage. M. Anatole Lemercier a prononcé, à propos de la dissolution de la Société de Saint-Vincent de Paul un véritable réquisitoire contre les tendances gouvernementales. Il a fait beaucoup de citations, notamment du discours de M. de Morny et du Prince Napoléon. M. Billault lui a répondu par des anecdotes. Il y en a une qu'il faut retenir, parce qu'elle caractérise le parti ultramontain dont M. Belmonteta dit : c'est une faction!

Un certain nombre de Français de diirércoles provinces s'étaient rendus a Rome ; dans une de ces réunions, se présente un catholique fervent comme eux, mais qui eut la faiblesse et la naïveté de parler de rEmpereur en même temps que du Saint-Père, et de croire qu'on pouvait être à la fois sujet dévoué dci l'Empereur et catholique. « Mon- » sienr, lui fut-il dit, on est sujet du Pape avant d'être sujet de son » souverain. Que venez-vous faire io\ ? »

1^8 l'opposition libérale sous l'F/MPIRR

De la Société de Saint-VincentdePaul, nous passons;, aux traités de commerce. C'est M. Jules Brame qui défend l'amendement des protectionnistes. S'il fallait l'en croire, notre industrie textile serait perdue et les cotons anglais auraient remplacé sur le marché les produits de nos filatures. La grande bataille s'engagera: demain.

18 mars 1862.

C'est une guerre sans trêve ni merci que les protectionnistes poursuivent contre les traités de commerce.

Si les traités de 4860 avaient amené les désastreux résultats doiit M. Pouyer-Quartier a retracé le tableau, on ne devrait pas se contenter de dénoncer cette funeste convention, il faudrait mettre en accusation les ministres qui l'ont signée. L'Empereur lui-même devrait être mis en cause, et ce ne serait pas trop de lui retirer au plus vite les prérogatives constitutionnelles dont il aurait fait un si déplorable usage. La guerre américaine et la crise des céréales ne suffisent pas en effet à expliquer la situation lamentable dans laquelle serait tombée notre industrie.

Ce qu'il y a de fondé dans ces critiques passionnées, c'est qu'il était nécessaire de mettre le système financier d'accord avec le régime économique, et que ce soin a été complètement négligé. On a fait à l'industrie des promesses qui n'ont pas été tenues à cause du mauvais état de nos finances. M. Fould, tout entier à la préoccupation de ramener à un chiffre moins élevé le total de notre dette flottante, a fait prévaloir, sur l'exagération des travaux pubics, des idées qui sont en

l'opposition ubérale sous i/empîre 199

cwitradiction avec les nécessités du régime nouveau. iPest surtout sur les dépenses relatives au développeclient de notre outillage national qu'il fait porter les [éocmomies.

J'ai examiné ce point de vue, lors de la discussion du [jwagraphe relatif aux finances, et MM. Brame et Pônyer-Quartier ont applaudi aux considc^rations que J'ai fait valoir. S'ils avaient étendu le thème que je Bavais fait qu'indiquer, ils eussent embarrassé beaucoup le gouvernement. Ils ont préféré se renfermer dans des questions de tarifs et se livrer à des critiques sur des points ayant un caractère purement technique. Ils ont par là affaibli la valeur de leurs arguments.

H y a eu un moment où M. Granier de Cassagnac s'est avisé de dire : « Messieurs, cette campagne n'est pas bonne et il faut qu'elle finisse. — Nous n'avons pas de leçons à recevoir de vous, » s'est écrié Ollivier d'un ton qui a excité les rumeurs sur les bancs de la droite.

19 mars 1862.

Longue apologie du traité de commerce par M. Baroche.

MM. J. Brame et Pouyer-Querticr avaient organisé un système de taquineries un peu puéril. M. Pouyer- Quertier s'était assis à une place voisme des bancs des commissaires du gouvernement et là, de sa voix tonitruante, il lançait des observations à l'orateur. Quant à M. J. Brame, il ne tenait pas en place; il allait et venait, excitant ses collègues et interrompant le plus souvent possible.

Ce sont deux types très curieux que MM. J. Brame

:200 I/OPPOSITION LIBÉRALE SOUS l'ëMPIRE

et Pouyer-Quertier. M. J. Brame est un riche proprié"* taire; mais il roprésente un contre industriel oùlé^ passions sont très ardentes. Houbaix est une créati(H0V artificielle de la prohibition à outrance. Ce n'étâÉlf qu'un gros bourg, il y a cinquante ans ; c'est aujotaffP d'hui une ville considérable, qui tend à s'accroîbS|; ; tous les jours. M. J. Brame s'est imprégné des sentï^'" ments qui régnent ix Roubaix. Cela lui est d'autant:^ plus facile que, par sa nature, il est accessible à toutes ■ les impressions du milieu où il vit. C'est un hommBpersonnel, exclusif, qui n'admet pas un seul moment '' que ses amis et lui puissent se tromper. Quoiqu'il ■ possède une grosse fortune, il est d'origine plébéiennel Aussi apporte-t-il dans la défense de la cause qu'il a épousée une ardeur un peu farouche et quelquefois même un parfait oubli des convenances oratoires. Il s'attaque volontiers à la personnalité de ses adversaires, et ses arguments menacent à chaque instant de tourner à l'invective.

M. Pouyer-Quertier, lui, est un tempérament de grand mangeur et de grand buveur. Quand il se lève pour parler, on est conquis tout de suite par cette puissance de vitalité que laisse échapper tout homme qui accomplit, dans son entière plénitude, sa réfection corporelle. Il a une voix forte et retentissante qui commande l'attention. Il lance ses arguments comme des pavés à la ièiQ de son adversaire. Il y a une certaine brutalité dans sa façon de disputer le terrain, que du reste il n'abandonne jamais. Les chiffres qu'il cite et les faits qu'il met en avant ne sont pas toujours d'une scrupuleuse exactitude. Mais il a l'arr. de

présenter, de façon à jeter le doute dans l'esprit

ses auditeurs.

. A la différence de M. J. Brame, M. Pouyer-Quer-

tier est un grand manufacturier. Il représente une des

'âdastries les plus menacées par les traités de com-

nerce. C'est pour la défense de ses intérêts particu-

lio-s qu'il combat. Mais on sait que le grand établis-

aeoieat qu'il dirige prospère et voit s'étendre le

torcle de ses opérations. On en conclut, avec juste

ndson, que M. Pouyer-Quertier cherche au gouver-

lement ce qu'on appelle une mauvaise querelle. Cela

Belui ôterien de soninfluence en dehors des Chambres.

Il est devenu l'orateur favori des ultraconserva tours.

M. Thiers, dit-on, Tencourage beaucoup.

Cette grande discussion a tourné court. La Chambre & prononcé la clôture sans trop savoir ce qu'elle faisait, et sans même qu'un vote fût provoqué. L'amendement des protectionnistes a été rejeté.

ê 20 mars 1862.

Après les protectionnistes, les agriculteurs. M. Guil-

laumin a insisté pour que le mot agriculture fut inséré

lians le texte de l'adresse. Ses vœux ont été exaucés.

M. Josseau a demandé qu'on fît disparaître l'excès

de réglementation qui domine certaines de nos lois

commerciales et entre autres la loi sur les sociétés en

commandite. M. de Morny a répondu au nom de la

commission et a abondé dans le sens de M. Josseau.

Qaand on veut dans les affaires chasser les fripons, les malhon- ■étes gens par des conditions trop dures, quelquefois on éloigne les

î20â L*0PP0S1T10N LIBÉRALE SOUS l' EMPIRE

lioiinètes gens. C'est ce qui s'est passé daus la loi sur les so commandite.

Il a même laissé entendre que ces obser pouvaient s'étendre aux sociétés anonymes.

Morny dépassait la pensée du gouvernement, j M. Baroche a déclaré qu'il se voyait forcé d des réserves.

La discussion de l'adresse s'est terminée f manifestations politiques qui ont leur importan

M. de Kervéguon a posé cette question :

Un certain nombre d'ofûciers de ia couronne, de dignitai le décret du 2 février 1852, rendu sous la République, ne pou voir la création^ sont deveuus, sous l'Empire, membres du Coi latif. Doivent-iis être assimilés aux fonctionnaires do l'article 29?

M. de Pierre a fait une critique sanglante d nité de l'adresse :

Ayons un peu d'indulgence pour le sentiment que doivent le gouvernement et ceux d'entre nous dont le naïf optia condamné à entendre tout à coup en huit jours toutes les vér les reproches justes et injustes de l'année entière.

M. de Morny a eu une fâcheuse inspiratio voulu faire la leçon au Corps législatif et il s'es de vives protestations. Il a dit :

— Qu'a voulu TEmpereur en vous ace l'adresse?

— En la restituant, a crié Picard.

— On ne restitue que ce que l'on a pris, a < M. de Morny.

— Nous sommes le Corps législatif, a fait ol Picard.

M. de Morny a continué : Si l'adresse était

l'opposition libérale sous L'EMPlftK 403

mn d'une foule de récriminations mesquines, d^accusations....- /. Favre. Nous protestons!

E, Picard. Vous n'avez pas le droit de tenir ce lanpgage, M. le président.

y. Favre. Vous n'avez pas le droit, M. le président, de nous faire la- leçon.

M. de Morny. Vous protesterez si vous voulez; mais vous m'écouterez jusqu'au bout. Il a continué sa mercuriale qu'il a terminée par ce conseil :

La Chambre devrait d'autorité supprimer des débats de l'adresse h discussion générale. Cette discussion, au dire de vous tous, est flottante, indécise, décousue. Elle ne mène à rien. Les orateurs se succèdent sans se répondre; les questions se traitent sans suite et sans ordre, ce qui fait que les orateurs du gouvernemeut s'abstiennent de répondre. C'est beaucoup de temps perdu pour tout le monde,

Ces paroles expliquent l'attitude que M. de Morny a prise pendant la discussion do l'adresse. On ne s'attendait pas évidemment en haut lieu à ce qu'elle prit une aussi grande étendue. M. de Morny a eu à essuyer les critiques des hommes qui ont vu avec regret les réformes du 24 novembre et les reproches de l'Empereur que cette ingérance du Corps législatif, dans les moindres détails de l'administration, fatigue

et ennuie. Son discours est un écho de ce qui se dit

aux Tuileries.

Au scrutin sur l'ensemble do l'adresse, il s'est

trouvé 244 bulletins blancs et 9 bulletins bleus. Les quatre dissidents qui se sont joints aux Cinq

sont MM. de Cuver ville, Keller, Kolb- Bernard et

Lemercier.

^04 L^OPPOSITIOiN LIBÉRALE SOUS l'eMPIBë

J'ai vu le moment où des députés allaient soulevai des difficultés sur Tacquisition du musée Campana.

L'inévitable M. de Ravinel voulait voir et voir... quoi? On ne Ta pas bien compris. On a apaisa ce pointu en lui disant que les objets composant é^ musée étaient déposés au Palais de l'Industrie et que MM. les députés pouvaient, dès à présent, s'assurer de leur valeur et se rendre compte de leur importance. Il s'est trouvé cependant une voix contre le projet. Serait-ce celle de M. de Ravinel?

23 mars 1862.

On retrouve, dans la réponse faite par TEmperfeur à l'adresse du Corps législatif, les traces de préoccupations dont il est utile de prendre note.

Le passage suivant est le complément des observations de M. de Morny sur l'étendue trop grande donnée à la discussion de l'adresse :

La (liscussion de l'adresse forme ini spectacle digne datteiUiou. Comme les opinions extrêmes sont maliiem*eusement les plus empressées à se produire et que le respect pour la liberté de la parole les fait écouter en silence, le public prend souvent ce silence pour un acquiescement tacite ; mais bientôt le vote de l'adresse vient dissi|)cr tous les nuages, montrer la situation sous son véritable jour et rétablir la confiance.

La vivacité apportée par certains membres do la majorité dans l'examen du plan financier de M. Fould est clairement visée dans le passage suivant:

Permettez-moi de le dire, on s'est trop ému à la siriiple annonce de certaines mesures financières. Un système ne peut être bien appré-

l'OPPOSlTlOiN LIBÉRALE SOUS l'eMPIRE 205

dé giic dans son ensemble. Celui qu'on vous propose renferme des aggravations et en même temps des diminutions d^impôts, des res- •ouroes pour des travaux extraordinaires qu'on peut développer ou restreindre. Enfin ces questions vont être examinées d^un commun aeeord, et je ne doute pas qu*avec cet esprit de conciliation qui doit 'm'iDer tout le monde, la commission du budget et le Conseil d'État ne -sentendent pour amener une solution conTormc aux vœux de la Chambre et à Tintérét général.

Il y a là de quoi donner satisfaction au budgétaire le plus récalcitrant.

Enfin, à propos de la dotation Palikao, le bruit avait couru que TEmpereur, froissé dans son amour-propre, s'était emporté jusqu'à dire qu'il dissoudrait la Chambre. Je ne sais si l'Empereur, habituellement si réservé, a tenu véritablement un pareil langage. Mais il a dû être instruit do l'effet produit par cette menace. La phrase suivante est destinée à rassurer la Chambre sur les intentions qu'on avait attribuées au chef de TÉtat.

Veoillez être mon interprète, exprimez à vos collègues ma reconnaissance pour un concours qui, j'en suis persuadé, ne me fera jamais défaut et assurez-les que je n'ai aucun désir de me séparer trop tôt d'one Chambre dont les lumières et le patriotisme donnent au pays toutes les garanties qu'il peut souhaiter.

Cette dernière déclaration est due, dit-on, à Tinfluence de M. de Morny. Il Ta demandée comme une sorte de réparation personnelle, l'affaire Palikao, sur laquelle il n'avait pas été consulté, l'ayant placé un moment dans une situation fausse vis-à-vis de la Chambre.

1er avril 1862.

Discussion du budget dans les bureaux. Parmi les orateurs inscrits dans le 4° bureau, se trouve M. Bus-

î206 "* ' LOPPOSlTlOiN LIBÉRALE SOLS l'eMPIRE

son qSi a été, raniiée dernière, le rapporteur A.e ^^ commission et qui, à ce titre, a insisté -pour que if^ profondes modifications fussent introduites dansX^ mode de votation du budget et dans la marche denc?^ finances. M. Busson est en outre le gendre de M. Bil-^ lault^ ministre de la parole ; son opinion sur les réfor-' mes de M. Fould et sur le nouveau système financier^ a donc une grande valeur.

L'orateur a insisté sur l'importance do la divisioa du budget en deux parties.

« Cela simplifie le contrôle. Le Corps législatif a. ■ reçu une extension d'attributions; mais il faut qu'il se • persuade qu'il a, à cause de cela, une responsabilité ' plus grande. Il doit montrer plus de fermeté en face de dépenses jugées excessives et exiger qu'on témoigne plus de déférence à ses désirs. Grâce aux réformes . qui ont été introduites, il y a lieu d'espérer qu'à l'a- ] venir, le budget sera beaucoup plus qu'autrefois le budget du Corps législatif.

» Il y a dans la situation quelques embarras incontestables. On a eu tort de vouloir les dissimuler. Mais à tout prendre, nos finances ne sont pas en aussi mauvais état qu'on a voulu le faire croire, surtout dans le monde des journaux. Les découverts sont considérables. Ils proviennent des expéditions lointaines qui ont eu lieu dans ces dernières années. A cet égard, le Corps législatif devrait émettre le vœu que ces expéditions fussent désormais plus rares et que même on s'en abstînt tout à fait. »

M. Busson approuve en principe le programme financier de M. Fould; mais il fait des réserves sur

çon dont il a été exécuté. Le principe, c'est Té- )re sérieux des budgets. On a accordé au Corps atif plus qu'il ne demandait; ses vœux se bor- ' à ce qu'on n'abusât pas des crédits extrabudes.

mpereur a renoncé à ouvrir des crédits do co en dehors des sessions. Mais toutes ces conis ne serviraient de rien, si l'on n'arrivait jn véritable équilibre.

iuppression des crédits extrabudgétaires enaprès soi la nécessité de grossir le chiflFre dos es. De là, la nécessité d'accroître les recettes, rapossible, en effet, de marcher sans équilibre, t le gouvernement, on se trouverait donc placé les deux cornes de ce dilemme : ou voter les 'ces demandées, ou diminuer le chiffre des traublics inscrits au budget extraordinaire, e collègue n'accepte pas qu'on soit placé entre IX alternatives. Sans doute, il faut inscrire au toutes les dépenses indispensables, mais, en prées difficultés financières^ il eût fallu n'y porter lies qui sont réellement indispensables. Or, celles qui y figurent n'ont pas ce caractère, re, on n'a pas épuisé la voie des économies.

3 là; on est resté à cet égard dans les anciens nts.

lusson qui a examiné les deux budgets dans indres détails, a conclu ainsi: « En résumé, il minuer les dépensc^s des administrations civi- )ousser les augmentations non justifiées, réor- ' le personnel des administrations centrales,

:208 l'opposition libérale ^ors l'empire

réduire l'armée, simplifier la marine. « Il croit qu'o peut obtenir une économie de 30 millions.

M. le duc d'Albuféra, qui a pris la parole aprè M. Busson, a résumé sou opinion en termes très netsjç^ « Il faut que le Corps législatif montre de l'énergie, i L'Empereur a demandé un temps d'arrêt. — Arrêtez, mes ministres, dit-il. Tout ce que nous faisons est bon sans doute; mais nous en faisons trop. Depuis dix. ans, on a entassé travaux sur travaux. Il est étonnant que la France ait supporté ce dévergondage de dépenses sans être arrivée à une situation périlleuse. »

C'est MM. Busson et d'Albuféra qui ont été nommé»» commissaires.

11 avril 1862.

Hier, au dîner chez le Prince Napoléon, il y avait parmi les convives, Ponsard, Tauteur dramatique. Où a beaucoup causé du roman de Victor Hugo, les Miser râbles. J'ai recueilli ce mot de la bouche de Ponsard :

« Quand on a lu ce livre, il faut se hâter de lire cent pages de Gil BlaSj afin de se retremper dans les eaux de la réalité, sans cela on risque d'avoir le goût gâté pour un mois. »

Le jugement est un peu sévère. Il y a, dans ce roman, et surtout dans le second volume, des parties véritablement remarquables^ Le récit des chutes successives de Fantine est vraiement beau. Il y a dans certains endroits un esprit d'observation qui est rare chez Victor Hugo. Il a bien dépeint ce public de petites villes qui porte la curiosité à un point qui frise de près l'espionnage. Le type de la religieuse, qni s'ost faite

L'(*P0S1T1()N LIUÉHALE SOLS l'eMPIIŒ âOl)

sœar de charité comme on se fait militaire, est très Trai.

Si Je roman continuait sur ce ton là, on s'expliquerait l'engouement dont il est l'objet ; il ravivrait Tétude des questions sociales trop négligé depuis un temps.

Ollivier a donné, à mon sens, une importance trop grande à un incident ([ui a marqué Télection de la 3* circonscription du département delà Savoie.

Il s'agissait d'un M. Perraz dont le serment n'a pas été admis parce qu'au lieu de déposer, comme le veut la loi, un écrit contenant la formule pure et simple du serment, il a déposé un acte authentique ainsi rédigé :

Je soussigné, Perraz, avocat, déclare me présenter comme candidat dnsla ^ circonscription électorale du département de la Savoie; en eonséqnence, je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur.

Tout ce qu'on pouvait dire, c'est que cette formule était insolite, mais qu'on n'était pas admis à la considérer comme insuffisante et surtout comme renfermant une équivoque. Le rapporteur n'avait-il pas été jusqu'à la rapprocher des déclarations faites par HénoQ pour motiver son serment ? N'avait-il pas essayé de faire voir qu'il y avait une sorte de restriction mentale dans ces mots pourtant fort innocents : en ctyiiséquence?

Ce sont lu des puérilités; mais il n'y avait pas lieu de faire un appel solennel au respect de la légalité, l'autant plus que M. Perraz n'était pas fort inté-

412 l'opposiïiox libérale sols l^empirk

reçu Toxemplaire que vous lui aviez envoyé et G— n'a pas été aviso par le ministère de Tintérieur l'arrivée des 50 exemplaires que vous avez mis chemin de fer à son adresse. Si l'exemplaire m'était destiné m'est parvenu, cela tient sans doute ce qu on a craint que je fisse une réclamation e*»^ séance publique, et que le gouvernement se vît dawdW l'obligation de fournir dos explications, chose qu'ii^ faut éviter le plus qu on peut. • ^'^

Le Prince croit que cette nouvelle tracasserie vienfc* ■ de ce que vous persistez à habiter Bruxelles après le ^ décret d'an^nistie dont vous avez été l'objet. Il doit-l en savoir là-dessus plus long que moi. Il pense néan- " moins qu'en cette circonstance, l'administration a' cédé à d'autres préoccupations. On ne veut pas décourager les libraires, éditeurs et imprimeurs qui exer-* centgur les livres et lesbrochures une censure officieuse pour le compte du gouvernement. Si l'auteur d'une brochure suspecte avait la ressource d'aller se faire imprimer à Bruxelles, outre qu'il ferait aux imprimeurs français une concurrence dangereuse, il les mettrait dans la nécessité de se montrer moins rigides, sous peine de voir leur industrie émigrer à l'étranger. Votre préface dénonce un état de choses qu'on est bien aise de laisser dans l'ombre. Voilà s.ms doute les motifs pour lesquels il a été décidé que votre brochure ne passerait pas la frontière, malgré son caractère anodin.

J'ai d'autant plus lieu de croire que je ne me trompe pas dans mes conjectures, que j'ai eu occasion d'apprendre que le gouvernement ne tient pns au

l'opposition libérale sors l'empire !2i;^

[et que vous combattez dans votre brochure. Ce iet est une pure velléité du ministre d'État. La raission à laquelle il Ta soumis n'aboutira à ne conclusion sérieuse. On n'a pas voulu coner AI. Walewski ; on Ta laissé proclamer la perte de la propriété littéraire, mais on n'ira pas loin. Si par hasard, pressée par le ministre, la lission venait à accoucher de quelque chose, son 1 irait s'enfouir dans les cartons du conseil . Il en sera de la propriété littéraire comme de Qfirmation des brevets; on nous a envoyé un de loi, il y a trois ans, et lo gouvernement l'a sans mot dire, ou plutôt jamais la commission § invitée à déposer son rapport.

is n'avez pourtant pas fait une besogne inutile, t nécessaire qu'on rabattît le caquet à cette iratie bavarde qui tressait déjà des couronnes anneur du gouvernement impérial, proclamé le rateur des lettres et le protecteur des artistes, is approuve fort d'avoir été sévère pour cette le qui ne comprend rien à la dignité de l'écrivain a justice sociale. Mais vous avez eu, à mon la main bien légère pour certains démocrates sistes qui, à propos de tout, font échec au droit i liberté.

rquoi diable! épargnez-vous tant M. Jules ? Croyez-vous que cet hypocrite vous sache îs précautions oratoires dont vous a\'ez usé visde lui? Ignorez-vous que le chef du parti des « est vendu à la maison Hachette et qu'il comlonr le compte de cette maison, une fonle do

:2I4 l'opposition mbérale sous l'empire

brochures bien pensantes en faveur de la perpétuité* de la propriété littéraire? Ignorez- vous qu'il fait partie d'un comité de V Association pour la défense de lapr<h priété littéraire, lequel comité inonde Paris de publications portant pour épigraphe le fameux non-sens d'Alphonse Karr : « La propriété littéraire est une propriété. » C'est de cette officine qu'est sortie l'idée première du projet qui vous a fait écrire votre brochure, et vous n'avez pas même Tair de soupçonner son existence. Qui donc se charge de vous renseigner?

J'espère que vous ne vous êtes pas laissé prendre au tapage qu'on a essayé de faire ces jours-ci autour delà question romaine... Le gouvernement est moins que jamais dc^cidé à retirer ses troupes, et les faits qui tendraient à faire croire à un changement de politique se rattachent à ce système de bascule qu'il a cru devoir adopter en Italie.

Quant au voyage du Prince Napoléon, je ne commets pas d'indiscrétion en vous disant que c'est une simple promenade, que le Prince va rendre ses devoirs à son beau-père, et que sa démarche n'a pas de signification politique. Le Moniteur de ce matin déclare, dans une note, que le Prince n'est chargé d'aucune mission, et le Moniteur dit vrai. Il aurait pu ajouter que le Prince a reçu pour recommandation expresse de montrer la plus grande réserve...

Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de divergence dans le gouvernement. Les discours du Prince Napoléon et de Piétri au Sénat, certains amendements au Corps législatif, prouvent que, dans l'entourage de

L*0PP0S1T10N LIBÉRALE SOLS l'eMPIRE !2Io

l'Empereur, il y a des hommes qui poussent à la roue dans le sens de l'évacuation et de l'abandon du pouvoir temporel. Quelquefois ils se croient sur le point de l'emporter ; et c'est alors que se répandent des I bruits dans le sens de ceux qu'ont couru ces jours-ci. 1 Ajoutez à cela que certains banquiers sont porteurs d'une grande quantité de rentes italiennes, qu'il s'agit pour eux de les écouler en partie, et que tout ce qui . est favorable à l'unité italienne sert leurs intérêts. Ils ont la main dans plusieurs journaux, et ils s'en servent pour grossir démesurément les moindres incidents. Cela vous explique pourquoi le bruit de l'évacuation de Rome se répand à des périodes dont on peut mesurer l'amplitude d'après les mouvements de la rente italiemie.

On a présenté à une des dernières séances du Corps législatif un projet de loi tendant à légitimer les associations qui se forment pour l'exploitation des charges d'agents de change. Tous les principes de justice et de liberté, aussi bien que ceux qui règlent les contrats sont blessés par ce projet qui consolide le monopole de la corporation. Je l'ai combattu dans mon bureau, et j'ai failli être nommé membre de la commission. Cela m'encourage à le combattre vivement lors do la discussion publique. Si ce projet vous tombait sous la main, dites-moi ce que vous en pensez. J'aurais voulu nouer avec vous une correspondance suivie; mais vous m'envoyez vos lettres par l'intermédiaire de l'ami R..., et elles m'arrivent toutes ouvertes, malgré les précautions que vous prenez de les bien cacheter. R . . . prétend que c'est le ca-

21() l'oPPOSI TIOxN LIBÉRALE SOUS l'eMPIRË

))inet noir qui les ouvre. Je veux bien le croire. La chose n'en est que plus désagréable. Puisque vos brochures m'arrivent sans encombre, il faut présuma que vos lettres m'arriveraient de même. Quand Tenvié vous en prendra, écrivez-moi donc directement et awi affranchir. Je crois que la poste, qui est surtout une institution fiscale, tiendra plus à recouvrer le droit de poste qu"*à retenir un morceau de papier sans valeur.

Je vous serre la main* Alfred Darimon.

18 mai 1862.

Proudhon m'a écrit deux lettres, à la date du 14 mai, Tune en réponse à la mienne; l'autre ostensible, dans laquelle il me raconte ce qui lui est arrivé à propos de sa brochure les Majorais littéraires, quil a expédiée à Paris. Cette dernière lettre est destinée à être mise au besoin sous les yeux de M. de Persigny.

J'ai répondu à Proudhon :

Paris, 18 mai 1862.

Mon cher Proudhon,

J'ai reçu vos deux lettres. J'ai aussitôt écrit à M. de Persigny pour lui demander un rendez-vous en lui indiquant le sujet dont je veux l'entretenir. J'attends sa réponse qui n'est sans doute en retard que parce que le ministre prend des renseigrjements dans ses bureaux, avant de me recevoir.

Je ne me trompais pas sur le sort qui attendait le projet élaboré sous les auspices de M. Walewski. Seu-

mt j'ignorais que mes prédictions dussent se iser à bref délai. La semaine dernière, la comdon de la propriété littéraire s'est réunie au

ustère d'État, lieu ordinaire de ses séances. On a attendu la lecture d'un travail de M. de La Guéron- |ière, et au moment où la discussion allait s'engager jiv les conclusions de l'orateur, on a reçu communifiition d'une lettre de M. Walewski annonçant que le projet en voie d'élaboration ne pouvait pas être présenté cette année au Corps législatif , trop surchargé le travaux pour qu'il puisse s'en occuper utilement. Comme rien n'empêchait la commission de poursuivre ses études sur la question, il faut voir dans cette lettre OR retrait indirect du projet de loi. Rien ne vous empêche de vous attribuer tout l'honneur de ce résultat, |a*il était du reste facile de prévoir.

Je n'ai pas entendu parler d'un comité polonais qui se proposerait d'acheter le Courrier du Dimanche, fioUand me dit que Charles Edmond a été chargé de faire les démarches pour le compte de ce comité. Il )• a longtemps que je n'ai pas vu Charles Edmond qui n'est plus notre voisin, depuis qu'il a été nommé bibliothécaire du Sénat. Mais, Tannée dernière, au moiRent de la publication de votre livre, De la paix et de la guerre, j'ai rencontré chez lui un membre de la commission municipale de Varsovie, venu à Paris pour acheter un journal français. Depuis que le Courrier du Dimanche est en liquidation, il est possible, qu'il soit venu aux Polonais l'idée de faire l'acquisition de ce journal.

Pauvre Courriel* du Dimanche ! Il souffre bien moins

218 l'opposition libérale socs l'empire

des mauvais vouloirs du gouvernement que des faute de son directeur! L'administration ne voulait pas ta morty puisque malgré les coups qu'on lui a portés e( qui devaient le tuer, il est encore debout. Mais Ganesco en avait fait une sorte de muraille banale sur laquelle tous les partis étaient invités à venir étal» leurs réclames et leurs réclamations. Besogneux, intrigant, viveur, il s'était fait le complaisant de tout le monde. On le voyait le matin au petit lever de M. de Montalembert ; à midi il déjeunait avec M. d'Haussonville ; il dînait le soir avec Camot, et vers dix heures on l'apercevait étalant ses grâces à rOpéra daûs la loge de M. de La Guéronnière. Il a gagné à ces allures de se rendre suspect à tout le monde et d'impatienter le pouvoir qui l'a mis au pain sec à Mazas. Quant à son projet de confondre tous les partis dans une ligue perpétuelle, elle a échoué honteusement.

Le Courrier du Dimanche n'a jamais été que le charivari des idées et des doctrines. Aujourd'hui les partis qu'il s'agissait d'unir dans un éternel baiser Lamourette, cherchent à se suppltoter les uns les autres, et Ganesco se conduit de façon à faire tomber son journal entre les mains du pouvoir. Sa démission que vous trouverez dans le dernier numéro, conduit droit à ce résultat. Je ne me laisse pas prendre à a puritanisme qui n'est pas dans les mœurs du personnage, et la résolution qu'il a prise me le rend de plui en plus suspect.

La question romaine recule au second plan. Ce son les affaires du Mexique qui occupent aujourd'hui 1

première place. Rien ne peint mieux rinsouciânce de notre nation sur ce qui l'intéresse le plus, que cette expédition du Mexique. Au début, quand nous avons crié : gare! on s'est demandé ce que nous voyions de si grave là-dedans ; on nous a reproché de faire au gouvernement une querelle misérable. A présent que le gouvernement est engagé dans une série d'aventures dont il est difficile de prévoir l'issue, Tinquiétade commence à s'emparer de tout le monde. On ne voit pas encore bien clair à l'aflFaire ; la convention de Londres a passé inaperçue ; on ne sait pas ce que c'est que la conférence de la Soledad; l'histoire contemporaine du Mexique est aussi ignorée que l'histoire de l'empire d'Assyrie ou de Ninive. Pourtant on se demande quel intérêt si pressant nous a conduit à intervenir au Mexique, avec lequel la France n*a que des relations commerciales peu étendues, quand nous nous sommes abstenus d'intervenir aux États-Unis, alers qu'il était démontré que la guerre entre le Sud et le Nord ruinerait nos fabriques et nos populations.

On dit qu'il y a là-dessous une influence féminine. On raconte qu'une certaine M"* Érazzu qui fait les délices du château est l'amie de la femme du général Almonte, et que cette expédition qui menace de prendre des proportions énormes a été résolue dans le boudoir de cette belle mexicaine. Ce qu'il y a de plus clair aujourd'hui, c'est qu'aux termes de la convention de Londres, les puissances alliées devaient se borner à réclamer la réparation des griefs de leurs nationaux, que nous avons rompu le traité, que nos alliés nous

abandonnent, et que malgré cet abandon qui équivaut à un blâme, nous marchons en avant.

Le gouvernement n'a pas encore démasqué ses batteries. Mais c'est le secret de Polichinelle. Nous allons fonder une monarchie au Mexique, au profit d'un archiduc d'Autriche. Le général Prim à dénoncé le fait à l'Europe. Le gouvernement ne peut pas rester longtemps dans Téquivoque, et je ne crois pas que ce soit son intention. Déjà les écrivains officieux taillent leur meilleure plume pour préparer l'opinion publique à ce coup de théâtre. La Revue des Deux Mondes est la première entrée en danse. Lisez le travail de M. Michel Chevalier dans les livraisons des V et 45 avril. C'est évidemment un manifeste semi-officiel.

Avez-vous reçu le projet de loi sur les associations pour l'exploitation des charges d'agents de change? Je vous r-ai envoyé lundi dernier. J'ai été entendu dans la commission vendredi et voici la thèse que j'ai soutenue :

Si le gouvernement propose, pour l'exploitation des charges d'agents de change, un système qui n'est ni la société en commandite, ni la société en nom collectif, ni la société en participation, c'est qu'il reconnaît qu'il est contraire à l'ordre public, que les charges soient mises en société. Il y a lieu dès lors d'interdire ces associations d'une façon absolue et de revenir à un système qui enlève aux charges d'agents de change cette valeur exagérée qui ne les rend accessibles qu'aux loups-cerviers. »

Je conclus par conséquent à la suppression de l'article 78, et j'introduis un amendement quiconduira à

la multiplication des charges. Dites-moi si j'ai raisoimé juste.

Je suis parfaitement de votre avis sur la politique suivie en Italie. Comme à vous, elle me parait misérable à tous les points de vue. Mais il y a ici une coterie de gobe-mouches qui, à des périodes déterminées, annonce solennellement que nous touchons à une solution prochaine. Comme le voyage du Prince Napoléon avait mis en mouvement ces rumeurs, j'ai voulu vous fixer sur la portée de la démarche du Prince et sur ce qu'il faut penser des allées et venues de Goyon et de La Valette. Mes observations n'avaient pas d'autre but. Quant à mes conclusions, il y a longtemps qu elles sont conformes aux vôtres.

Je vous serre la main.

Alfred Darimon.

21 mai 1862.

Impatienté de ne pas recevoir de réponse à la demande d'audience que je lui avais adressée, j'ai écrit à M. de Persigny pour le prévenir que je me présenterais à son cabinet le 21 du présent mois pour l'entretenir des motifs qui avaient déterminé l'administration 'à interdire l'entrée en France de la brochure de Proudhon.

J'étais convaincu qu'en m'adressant au ministre de l'intérieur, j'obtiendrais tout de suite des éclaircissements.

Aujourd'hui, je me suis rendu au ministère de l'intérieur. J'ai été introduit immédiatement. M. de Persigny sortait du conseil des ministres. La séance avait

dû être orageuse, câr il était soncieUx et en quelque sorte affaissé sur lui-même.

Notre conversation n'a pas été longue. Je la reproduis textuellement.

Moi. — Je pense, monsieur le ministre, que je n'ai pas besoin de vous expliquer l'affaire qui m'amène auprès de vous? Vous la connaissez?

Le Ministre. — Pas du tout.

Moi. — La voici en quelques mots : M. Proudhon, qui habite la Belgique, a composé une brochure sur un projet concernant la propriété littéraire qu'on prépare en ce moment au ministère d'État. Il a envoyé son manuscrit en France à ses éditeurs habituels. Mais au moment de mettre sous presse, ces messieurs, prétextant que la brochure renfermait quelques phrases à leur sens dangereuses, ont tout à coup refusé de l'éditer. M. Proudhon s'est décidé alors à la faire imprimer à Bruxelles. Il a envoyé dix exemplaires de cette brochure à dix personnes notables parmi lesquelles vous vous trouvez. Ces exemplaires étant parvenus aux destinataires, M. Proudhon s'est cru autorisé à en faire entrer en France un plus grand nombre. Il en a expédié deux ballots, l'un à l'adresse de M. Dentu, l'autre à l'adresse d'une personne qui devait me le remettre pour que j'en distribue le contenu à mes collègues du Corps législatif. Il y a un mois que l'envoi a eu lieu, et personne n'a encore été avisé de l'arrivée des deux ballots. Je viens vous demander s'ils ont été arrêtés à la douane en vertu d'une décision prise par votre administration.

Le Ministre. — Je ne sais rien de tout ce que vous me dites. Les choses se sont passées en dehors de moi.

Moi. — L'exemplaire qui vous était destiné n'a pu

être arrêté, puisque j'ai reçu celui qui m'avait été

[ moyé. Prenez la peine de parcourir la brochure, et

TOUS verrez jusqu'où va la pusillanimité des éditeurs

français.

Le Ministre. — Je vais prendre note de votre réclamation et m'informer.

M. de Persigny prend sur son bureau un petit carré de papier et y inscrit ces mots : Proudhon, — Bro- Aure. — Imhaus.

Moi. — Il y a juste un mois que l'envoi a eu lieu. Le Ministre. — J'ai un vague souvenir qu'en effet, il y a un mois, on a parlé d'un ouvrage de M. Proudhon. Il aurait été enVbyé au ministre de la justice. Moi. — Dans quel but?

Le Ministre. — Je vais voir. Revenez dans quelques jours.

M. de Persigny se lève et me conduit jusqu'à la porte de son cabinet. L'audience est terminée.

Cette façon expéditive de traiter une affaire aussi ^ve m'a causé un certain dépit. J'ai pris la résolution de ne pas quitter le ministère de l'intérieur sans en avoir le cœur net.

Je m'adresse à l'huissier qui est dans l'antichambre : € Il y a longtemps, lui dis-je, que vous êtes ici ; car je oae rappelle vous avoir vu en 1848, un jour que je nontais la garde à la porte du cabinet de M. Ledruiollin. »

234 L*OPPOSITION LIBÉRALE SOUS l'eMPIBE

L'huissier fait un signe d'assentiment. Je continue:

— Vous devez être plus que personne au courant des détails du service. Les ouvrages adressés au ministre lui parviennent-ils directement?

— Non, monsieur, m'a répondu l'huissier; avant de venir au cabinet, ils passent par la direction de Timprimerie et de la librairie.

— Comment ! même les ouvrages qui sont destinés au ministre personnellement?

— Dame! monsieur, il faut bien examiner s'ils ne sont pas dangereux.

J'étouffe une forte envie de rire et je me fais indiquer les bureaux de l'imprimerie et de la librairie.

Cette idée de soumettre à la censure préalable des livres sur lesquels on demande précisément l'opinion du ministre me paraît une bouffonnerie épique.

Arrivé dans l'antichambre qui précède le bureau du directeur, j'interroge le chef des garçons de bureau.

— Dites-moi, lui dis-je, n'avez-vous pas connaissance d'une brochure intitulée : Les Majorais littéraires^ qui est arrivée ici, il y a un mois, à l'adresse personnelle du ministre?

Je n'ai pas besoin d'attendre la réponse. Dans un casier, je viens d'apercevoir une brochure dont je reconnais immédiatement la couverture. Elle est encore enveloppée de la bande portant l'adresse du ministre.

— Tenez, dis-je, en la mettant sous le nez du garçon de bureau ahuri et confus, la voilà, cette brochure! PourqiK)i ne l'a-t-on pas encore remise à M. de Persigny?

. —Monsieur, elle devait être soumise aujourd'hui mjme au visa de M. le directeur. M. le chef de bureau me Ta donnée hier. . .

Je n'en écoute pas davantage. Je me fais de nouveau annoncer chez le ministre, et je raconte à M. de Persigny le résultat de la petite enquête à laquelle je riens de me livrer.

— La France, lui dis-je en manière de conclusion, est décidément gouvernée par des garçons de bureau.

— C'est vrai, dit M. de Persigny en souriant d'un air mélancolique. L'excès de la bureaucratie nous mène à ce résultat que l'administration est aux mains des subalternes.

n ajouta après une pause :

— J'ai bien souvent réfléchi à ce mal dont nous souffrons et qui empêche tout progrès de prendre racine. Mais chaque fois que j'ai essayé de réagir, j'ai rencontré des résistances contre lesquelles j'ai bien vu que je risquais de me briser. Cela tient à ce que les employés, depuis le plus chétif expéditionnaire jusqu'au chef de division, se considèrent comme des fonctionnaires inamovibles. Ils ont des droits acquis. La maxime qui règne dans toutes les administrations pubUques, c'est que les ministres passent et les bureaux restent. Voilà comme il se fait que les abus s'éternisent. En plein dix-neuvième siècle, nous subissons des routines qui remontent à Louis XIV et peut-être même plus haut (1).

(1) On.Toit que M. de Persigny avait de l'esprit à ses heures : c'est

Qu'avais-je à répondre après un pareil aveu? Rien. Aussi je quittai M. de Persigny sans faire une seule observation. Mais je me demandai à part moi comment un homme raisonnable pouvait tenir si fort à une position dans laquelle, au bout de deux jours d'expérience, il a acquis la conviction de sa parfaite impuîs* sance.

23 mai 1862.

M. de Morny a exprimé aujourd'hui, en comité secret, le regret de ne pouvoir mettre en discussion la loi sur les sociétés nouvelles à responsabilité limitée dont la Chambre a été saisie. Il a lu le texte du projet, mais l'exposé des motifs lui manque. Il espère pouvoir le soumettre à l'examen du comité secret la semaine prochaine.

C'est à cette loi que M. de Morny faisait allusion dans ses explications sur le paragraphe de l'Adresse relative aux Sociétés commerciales. M. de Morny qui est un homme d'affaires bien plus qu'il n'est un homme politique, a été frappé et beaucoup de gens avec lui, des défectuosités de la loi de 1856 sur les

bien à Ini qu'appartient ce mot qui résume toute une situation : Les ministres passent et les bureaux restent.

Ce mot que, dans un discours célèbre, M. le duc d'Audiff^et-Pasquier a lancé dans la circulation courante, je l'avais cité comme un argument contre la bureaucratie dans un article que la Revue contem-^ poraine avait publié le 15 juiUet 1870, le jour même de la dédaration de guerre.

C'est là sans doute que M. le duc d^Audiffret-Pasquier est allé chercher cet aveu échappé de la bouche d'un ministre de l'Empire, qu'il a retourné contre l'Empire lui-même. A. D.

l'opposition libéealk sous, l'empire 3S7

sociétés eu commandite. Getto loi est souvent un obstacle aux entreprises sérieuses et elle est facilement tournée par les tripoteurs. L'anonymat dans les conditions que lui a fait le Code de commerce, est inaccessible dans la plupart des cas. M. de Morny, a l'aide de ses amis, a cherché une forme d'association qui pût s'appliquer aux affaires qui ne comportent pas un grand développement. Il a cru le découvrir dans ce qu'on appelle au delà du détroit les sociétés limited. C'est ce genre de société qu'il veut acclimater en France.

Je crois que notre Président fait fausse route. Il n'y a qu'un moyen d'en finir avec toutes les difficultés qu'offre notre législation, c'est de proclamer la Kberté des sociétés commerciales, sauf à exiger une large et complète publicité, et, à défaut de cette faculté, d'établir carrément l'anonymat libre.

25 mai 1862.

Il y a deux jours, Proudhon m'écrivait :

Voici ce que Dentu fait savoir à Lebègue : « L'entrée en France de la iM-ochure de M. Proudhon a été réfusée par la Commission. Ces messieurs ont pris six exemplaires, deux qui ont servi pour l'examen et quatre dont ils me demandent facture... »

Quelle est cette commission dont M. de Persigny ne connaît pas les actes? Voilà sur quoi je voudrais être renseigné au plus juste.

J'ai voulu en avoir le cœur net, et je suis allé voir au ministère de l'intérieur M. Imhaus, directeur de l'imprimerie et de la librairie.

J'ai rendu compte à Proudhon du résultat de mes démarches dans la lettre suivante :

Paris, 25 mai 1862.

Mon cher Proudhon,

Votre éditeur est mal renseigné. Il n'y a pas de commission chargée de prononcer sur l'introduction en France des ouvrages publiés à l'étranger. C'est le directeur de l'imprimerie et do la librairie qui accorde ou refuse l'autorisation, et c'est ce fonctionnaire qui a décidé que votre brochure n'entrerait pas en France.

J'ai vu hier M. le directeur de l'imprimerie et de la librairie, un gros alsacien qui répond au nom à*Imhaus. Je lui ai demandé s'il était vrai qu'il eût pris une décision défavorable au sujet de votre brochure. Mein herr Imhaus m'a fait une réponse qui a duré un bon quart d'heure, mais qui peut se résumer ainsi : « M. Proudhon est un homme dont j'estime le talent et dont j'honore le caractère; mais il y a dans sa brochure une foule de passages qui en rendent la circulation dangereuse. J'ai dû, quoique avec beaucoup de regret, en interdire l'entrée en France. »

J'ai fait observer à M. Imhaus que, dans un travail de ce genre, il ne fallait pas s'attacher à tel ou tel passage, mais voir si, dans l'ensemble de l'œuvre, l'auteur avait ou non dépassé les limites permises de la discussion. Je lui ai déclaré qu'il était fâcheux que, lorsqu'un projet de loi aussi grave était en élaboration au ministère d'État, le gouvernement crût devoir étouffer la voix du seul homme qui eût cherché jusqu'ici à apporter quelque lumière dans la question. Il y avait là un procédé odieux sur lequel j'appelais l'attention de M. le directeur.

M. Imhaus m'a fait une réponse que je vous livre: < Je suis un homme de conciliation. Je ne puis pas permettre que la brochure de M. Proudhon circule dans le public; mais je vous promets d'en faire déposer un exemplaire sur le bureau de la commission chargée d'examiner le projet de loi sur la propriété littéraire. C'est tout ce que je puis faire pour M. Proudhon, en présence des passages de. cette brochure que je vous ai signalés. »

J'ai cru qu'il était bon de savoir quels étaient ces passages si terribles. J'ai donc pris sur moi de dire à M. Imhaus que vous aviez l'intention de faire une seconde édition , et qu'il était utile de vous faire connaître les endroits qui avaient éveillé les susceptibilités de l'autorité. Maître Imhaus m'a promis de me les indiquer, il m'a invité à venir le voir dans quelques jours.

Comme je voulais me renseigner sur les règlements et décrets en vertu desquels l'administration accorde ou refuse l'introduction en France d'un livre publié à l'étranger, je suis entré dans le cabinet d'un chef de bureau de la direction de la librairie. Je lui ai naturellement parlé de l'interdiction dont votre brochure venait d'être frappée. Ce jeune homme qui a l'air d'en savoir plus long que son patron, m'a fait entendre que la décision qui avait été prise provenait surtout de ce que, dans votre préface, vous aviez raconté les tribulations que vous aviez eu à supporter de la part des Gamier, et signalé les passages dont ils avaient exigé la suppression. Tout le mal vient, m'a-t-il dit, du refus des éditeurs de Paris de prendre la responsabilité de la publication.

J'ai voulu savoir pourquoi on avait distrait ^m exemplaires de Tun des ballots. Il m'a été répondu w que ces six exemplaires avaient été consacrés aux besoins du service et que du reste on en avait demandé facture à Dentu. Enfin, comme je m'étonnais de oe que le ministre ignorât la décision qui avait éti prise, on s'est rejeté sur les nombreuses occupations de M. de Persigny qui ne lai permettent pas d'eor trer dans tous les détails de Tadministration.

Maintenant voulez-vous me croire? Ne vous tenez pas pour battu. Puisque le ministre est étranger à ce >i qui s'est passé, vous pouvez encore en appeler à lui. «d Il y a des accointances entre M. Imhiaus et 11 ^ commission de la propriété littéraire; il est, si je n#.l me trompe, le secrétaire de cette commission. Ace ' titre, il doit voir des adversaires dans les écrivains qui combattent le projet de loi. Le ministre n'a pas * été consulté. S'il l'avait été, peut-être vous eût-il été favorable. Il n'est pas impossible qu'il voie de mauvais œil un projet patronné par M. W-alewski^ avec qui il est, dit-on, en hostilité permanente. Écrivez donc à M. de Persigny. Il se peut que vous n'obteniez rien, mais ce sera pour M. Imhaus une leçon qui lui profitera.

Le Mexique est oublié. La France lit les Misérables. C'est un succès comparable à celui du Juif Errant et des Trois Mousquetaires. Tout le monde veut lire les aventures de Jean Valjean, forçat vertueux. Ce n'est pas la position politique de l'auteur qui excite l'intérêt en faveur de son livre. Si j'en juge par les critiques des Débats, cela lui aurait plutôt nui auprès

d'un certain monde. L'éducation littéraire des dix dernières années avait préparé le public à la lecture des Misérables; c'est à cela que devait aboutir le réalisme dramaturgique qui domine dans les œuvres des «ateurs contemporains. V. Hugo a revêtu d'un style {datant les pauvretés de Ferdinand Dugué, de d'Ennery, d'Emile Augier, de Théodore Barrière, etc. Ses dix volumes ont le succèi d'un drame à deux eents représentations.

Je suis de votre avis en ce qui concerne les agents de change. La seule solution possible est la liberté du marché. Mais vous avez oublié sans doute que nous n'avons pas le droit d'initiative, et que si j'avais demandé, par voie d'amendement, la liberté de la profession d'agent de change, on m'eut répondu par la question préalable. Quant aux idées que vous émettez sur la mise en association des charges d'agents de change, elles sont exactement les mêmes que j'ai développées devant la commission, et je suis ravi de voir que mes raisonnements concordent avec les vôtres. Quand la question viendra, soyez tranquille, je serai salé.

Je vous serre la main.

Alfred Darimon

27 mai 1862.

M. le vice-président Réveil, qui s'entend merveilleusement à escamoter les questions, a voulu faire mettre à Tordre du jour du comité secret le projet sur les sociétés à responsabilité limitée. OUivier s'y

est opposé et a obtenu le renvoi à hnitaine. Yoid comment il a motivé sa demande :

C'est une complète innovation apportée dans nos coutumes et dan nos principes commerciaux. Est-elle bonne? Est-elle mauvaise? C'est ce quMl faudra examiner très sérieusement. Moi qui suis jorîseoosulte et qui m'applique à l'étude des affaires commerciales, je n'ai pn depuis trois jours, me faire là-dessus une opinion rationnelle. 11 ma parait diflicile que le projet puisse être discuté dans le cours de cette session. On voudra probablement le renvoyer à l'an prochain.

OUivier a réclamé la communication des documents relatifs à l'enquête qui a eu lieu en Angleterre sur les sociétés limited et sur la façon dont ce genre d'association a fonctionné.

La demande d'Ollivier a été approuvée, et ^ajou^ nement a été prononcé.

3 juin 186%.

On a examiné en comité secret le projet de loi sur les sociétés à responsabilité limitée. Ollivier qui avait paru opposé à la loi, quand elle a été présentée en séance publique n'a point fait d'objections fondamentales. Il s'est plaint seulement qu'on n'imitât pas la loi anglaise qui force en quelque sorte l'actionnaire à surveiller lui-même ses intérêts.

Sur le point de départ, a-t-il dit, je suis d'accord avec le Conseil d'État. Combattons la fraude; répudions les manœuvres détestables que nous avons vu pratiquer; empêchons la distribution des dividendes fictifs? Pour tout cela, je suis de votre avis; seulement employons des moyens plus rationnels.

Vous, vous endormez l'actionnaire et vous vous chargez de surveiller pour lui. Quant à moi, je veux que Tactionnaire seul soit chargé de veiller à la destinée de ses capitaux, et à la surveillance de la loi,

I je préfère la sieane. Que l'actionnaire puisse examiner ses affaires et ^ le protéger ; voilà Tunique garantie que je réclame.

Votre projet serait excellent si tous l'aviez conçu dans ce sens...

'^ OUivier a sans doute défendu les mêmes principes i dans son bureau, car il a été nommé commissaire, î M. de Morny avait recommandé sa candidature. J*ai combattu fortement le projet de loi qui permet aux agents de change de mettre leurs charges en société. J'ai montré que cette faculté qu'on voulait -leur accorder était immorale et qu'elle s'attaquait à un principe de notre droit public. J'ai conclu à la

• liberté du marché, seul moyen de combattre les usur-

* pations d'une corporation qui exerce une domination absolue sur les capitaux, si petits qu'ils soient, et qui force le gouvernement à se soumettre à ses exigences.

J'ai été battu, et je n'ai rencontré aucun appui parmi les Cinq. Ils m'ont laissé seul poursuivre la campagne. Ou ces messieurs n'ont pas compris la portée du projet de loi, ou il n'ont pas voulu se brouiller avec les hommes d'argent. Je n'ai trouvé qu'un collègue qui ait consenti à mettre sa signature à côté de la mienne au bas des amendements que j'avais déposés; c'est M. Cure, et encore ne l'a-t-il fait que par complaisance.

Cette abstention des Cinq dans une question aussi importante a frappé tout le monde. Proudhon m'a écrit de Bruxelles :

D*où vient que, dans cette circonstance, vos collègues de la gauche soient restés mnets comme des poissons? J^ai remarqué déjà que les questions d'économie et de flnances ne leur vont pas. Duchéne m'a conté le fiasco d'Ollivier pour qui il avait fait un travail et qui, au lieu de se pénétrer de son sujet, se mit à apprendre son discours par

cœur. Il en résulta quUl resta court à la première objection, ce qui i est mortel pour un avocat.

Je ne sais pas à quoi Proudhon veut faire allusion.

7 juin 1862.

R... me communique un numéro de V Office de publicité de Bruxelles renfermant une lettre adressée par Proudhon à Téditeur de ce journal.

Dans cette lettre, Proudhon reproduit, en les brodant et en les travestissant, les conversations que j'ai eues avec M. de Persigny et M. Imhaus, au sujet de l'interdiction mise sur sa brochure Les Majorais littéraires.

C'est là une maladresse. Mes démarches avaient un caractère tout confidentiels. En les livrant à la publicité, Proudhon me met hors d'état de poursuivre les négociations que j'avais entamées avec Tadministion pour obtenir l'entrée en France de sa brochure. Lui-même se place dans une situation fausse.

Jo vois que Proudhon continue à me traiter avec un sans-façon que rien n'explique ni ne justifie.

Me tenir sur mes gardes à l'avenir.

10 juin 1862.

Dans le comité secret, on a reproché au gouvernement de nous faire marcher à grande vitesse après nous avoir laissé longtemps dans l'inaction. Ce ne sont pas cependant les projets de loi qui nous manquent, si on juge par un incident qui s'est passé en séance publique.

Un député, a révélé que, depuis plusieurs années, ' une commission est saisie d'un projet de loi concernant le dessèchement des étangs de la Dombes. Or, i cette commission ne fonctionne pas, et elle n'est pas invoquée.

Des explications fournies par le président de cette . commission, il résulte que le projet a été présenté ■ en 4859 et que si le rapport n'a pas été déposé, c'est qu'à diverses reprises le président du Conseil d'État, M. Baroche, a annoncé que le gouvernement présenterait un projet nouveau ou retirerait l'ancien. -- Quelle drôle de façon de comprendre Taction législative!

ib juin 1862.

C'est demain que commence la discussion du budget.

Nous avons déposé un certain nombre d'amendements ayant un caractère plus politique que financier.

En voici l'énumération sommaire :

4° Réduction des dépenses secrètes de sûreté publique. C'est un prétexte pour demander l'abrogation complète des lois de sûreté générale.

2** Demande de réduction de 400,000 hommes sur l'effectif entretenu. Affirmation de la politique de la paix.

dft Une enquête parlementaire sera faite, d'ici à la prochaine session^ sur la situation de chaque administration, le nombre des employés et rar les moyens d'améliorer les services publics, soit en les décentralisant, floit en réduisant leurs frais trop considérables. — Jusqu'à ce que cette enquête soit terminée, il ne sera créé aucun emploi nouveau -ni procédé à aucune nomination dans les emplois existants, qui deviendraient vacants par décès, retraites ou démissions.

(Rédigé par E. Picard.)

40 Le budget de la ville de Paris sera contrôlé, discuté et vote le Corps législatif dans la même forme que le budget de TÉtat, que le conseil mutaicipal sera nommé par le pouvoir exécutif en 1 de l'article 114 de la loi du 5 mai 1855.

(Rédigé par E. Picard.)

50 Le cumul est interdit. Nul ne peut cumuler en entier les tr ments de plusieurs emplois, places ou commissions, dans qm partie que ce soit, si ces traitements accumulés dépassent 30,000 fin — Sont abrogées toutes les dispositions antérieures contraires an sent article.

(Rédigé par E. Picard.)

Tous ces amendements ont été impitoyablen repousses par la commission du budget.

16 juin 1862.

La discussion générale du budget a commencé jourd'hui; mais elle a été interrompue par une mande de crédit pour notre armée du Mexiqug.

Depuis trois jours, le bruit courait que nous av subi un échec. Le Moniteur s'est décidé hier à en f l'aveu. On est venu au milieu de la séance récla un supplément de crédit de 7 millions pour la gu< et de 8 millions pour la marine. Il s'agit d'expédi notre corps expéditionnaire un renfort considéra

M. Monnier de la Sizeranne a demandé que le du projet eût lieu séance tenante. Sa propositic reçu de nombreuses marques d'assentiment. M Morny a dû réprimer ce zèle intempestif et peler que la demande de crédit avait été renvoj la commission du budget, et que d'ailleurs l'expéd: des renforts ayant été effectuée immédiatement, il

ut pas lieu de nommer une commission spéciale, et le vote et la discussion pouvaient sans inconvéit être renvoyés à demain.

Llivier a fait immédiatement la critique des votes Teiithousiasme :

Ans sommes, a-t-il dit, mianimes sur un point; là où un soldat

est engagé et souffre, il faut lui porter secours Mais nous

l'inteotion d'examiner au point de vue politique la question du ... Noos avons à connaître la décision do la Chambre; car il noas préparer d'ici à demain.

M. de Morny a tranché la difficulté avec une cerle habileté :

Je propose à la Chambre de demander à la commission un rapport ffkal sur le nouveau projet de loi, et de réserver la discussion sur |Ik affaires du Mexique au moment de l'examen des suppléments de CKdit demandés précédemment pour l'exercice 18ë2.

; Cette combinaison a été acceptée par la gauche.

La discussion générale du budget avait commencé par un long discours de Granier de Cassagnac, où il a ^rché à démontrer la nécessité d'établir un impôt JRv toutes les valeurs cotées à la Bourse et particulièpuieiit sur la rente. On prétend que cette idée a été soufflée à un certain nombre de membres de la majorité par M. Magne, qui serait bien aise d'opposer aux impôts antidémocratiques de M. Fould un système propre à flatter les masses. Le choix du personnage ehargé de développer le projet était vraiment malheureux. C'était un contre-sens que de voir faire de la finance populaire à l'écrivain qui, en parlant du socialisme> a dit : « La faux ne discute pas avec C ivraie. »

ce Les thèses de cette nature, a dit M. Segris, lun

des rapporteurs de la commission du budget, ne sont pas bonnes au moment où il faut relever le crédit et non l'inquiéter. »

Je ne sais pas pourquoi M. Segris a ajouté : « Nom finiroDs par reconquérir et retrouver, aidés par TEm-' pereur, ces libertés qui sont l'aspiration des âmes généreuses ; car elles témoignent de la grandeur etde la sagesse d'une nation. » C'est là un hors-d'œuvre ; mais il est bien savoureux.

Cette question de l'impôt sur les revenus mobiliers, a, du reste, donné lieu déjà à de longues controverses. Elle a été examinée avec soin par la commission du budget. M. Roques-Salvaza a soutenu la même thèse^ que M. Granier de Cassagnac; mais ses arguments sont autrement topiques.

L'équilibre, a-t-ii dit, n'existe pas dans la balance sociale, entre la fortune immobilière et la fortune mobilière. Craignons le jour où, en plaçant ses épargnes dans les valeurs industrielles, Touvrier, le paysan, en tirent un plus large revenu que de son travail matériel (1).

A propos de la discussion générale du budget, M. de Morny s'est plaint, comme il l'avait fait lors de la discussion de l'adresse, qu'elle allât « sans suite d'un sujet à un autre et qu'elle menaçât de ne donner aucun résultat profitable. » Notre président aura beau s'escrimer et se faire du mauvais sang, il est impossible de faire adopter par une Chambre française cette méthode qu'on apporte ailleurs dans les discussions politiques. Chacun en France veut parler

pour parler. On cherche à obtenir des succès dans

(1) L'impôt sur les valeurs mobilières avait été proposé en 1857 et [ rejeté par la commission du budget. !

llfi8 salons ou auprès de ses amis, et Ton s* embarrasse ^pea de l'intérêt de son parti. Quand il s'agit de briller, k Français est intraitable.

17 juin 1862.

M. de Morny a débuté par une petite malice.

J. Favre s'était excusé de ne pouvoir assister à la discussion du budget à cause d'une perte cruelle qui Tenait de le frapper et qui le retenait éloigné de Paris ponr quelques jours. Après avoir achevé la lecture de la lettre, le président a ajouté : « M. Jules Favre a perdu son gendre. » Or, tout le monde sait que J. Favre n'est pas marié et ne peut par conséquent pas avoir de gendrq.

On a voté sans discussion les crédits demandés pour l'expédition du Mexique. « La France, a dit le rapporteur, a en ce moment les yeux fixés sur le Mexique. » Rien n'est plus vrai, et la France se demande ce que nous sommes allés faire là-bas.

Les questions budgétaires ne vont pas à Picard. On voit qu'il n'entend pas grand' chose au mécanisme de nos finances. Mais il se rattrappe sur les questions do détail. Là, ses critiques vont directement au but. Aujourd'hui il s'en est pris au cumul et aux gros traitements. Il a mis le doigt sur la plaie, quand il a dit :

Si nous sommes gouTornés si maladroitemenl, c'est que nous sommes trop gon?ernés. Les pouvoirs de l'État ont trop à faire, je lo reconnais ; ils ne sont pas payés à raison de tout ce qu'ils ont à accomplir; ils sont chargés de notre bonheur qu'ils ne nous donnent pas, mais enûn ils en ont pris la charge.

Gela était ânement dit. Mais il paraît que Tesprît \ n'a plus cours dans la Chambre. On a crié à Picard: -j « C'est de la comédie ! c'est du vaudeville ! parlez plus * sérieusement !» Picard s'est vengé en disant à ses intetr \ rupteurs : « Voilà pourquoi la France a suivi jusqu'ea' 1 4852 la voie du gouvernement à bon marché.» — «Il est | tombé votre gouvernement à bon marché! » a crié une vi voix à droite. — « Oui, a répliqué Picard, le gouverne-- ] ment est tombé, mais la France ne tombe pas !»

M. Magne a pris depuis l'année dernière l'habitude de ne pas répondre directement aux orateurs de Topposition ; mais de faire l'apologie des administrations financières qui se sont succédées depuis dix ans, ce qui l'amène naturellement à justifier la sienne. lia usé encore une fois de ce procédé. Seulement, àl'étonnement de tout le monde, il a ajouté une variante ; il a combattu les projets d'impôts sur les revenus mobiliers. Or, il s'était dit la veille à l'oreille que c'était lui, M. Magne, qui avait été l'inspirateur de l'idée. Il est probable qu'il aura reçu pour instruction de repousser toute nouvelle modification au plan de M. Fould.

C'est sans doute à cette situation singulière du ministre, que M. Granier de Cassagnac a fait allusion quand il a dit :

Je suis convaincu qu'en s'exprimant ainsi qu'il vient de le faire, Thonorable M. Magne a obéi à un sentiment qu'il considérait comme l'accomplissement d'un devoir.

J'ai répondu à M. Magne. Mais je me suis particulièrement attaché dans mon discours au travail de la commission. Toutes mes observations se trouvent résumées dans ma conclusion :

En présence de la sitnalion accusée par M. Fould, en présence d'un fin financier qui a soulevé tant de critiques ; placé devant la nécesâlé de donner satisfaction à notre industrie qui réclame des dégréve- ■eats pour soutenir la concurrence étrangère, ayant à arrêter non SMleoi^it les dépenses publiques, mais ej.trer dans la voi^ la plus hife des réductions progressives, la commission m'a semblé avoir pÊè des problèmes quand il fallait prendre Tinitiative de les résoudre, firié avec yigueur et agi avec moUesse, et oublié surtout que la Ombre était là prête à la soutenir dans ses projets de réforme. Je K pgiule ces tendances comme dangereuses. Je désire qu'on tienne L flMqite de ces observations, et je ne pense pas à cause de cela être blâmé ': toit m, soit ailleurs.

Le rapporteur a naturellement cherché à justifier la commission ; il a fait plus, il a représenté la situation financière de la France comme excellente : « Elle ert, a-t-il dit, la meilleure de toute TEurope. » Voilà ; «nmot que M. Fould ne ratifiera pas, bien qu*il ait !-été accueilli par un : «Vous êtes dans le vrai ! » parti des bancs de la majorité.

J'ai demandé des explications sur le rachat des canaux. La réponse qui m'a été faite est satisfaisante. Le gouvernement s'occupe d'exécuter les prescriptions [ de la loi de 1860.

18 juin 1862.

...Messieurs, je ne savais pas être Si plaisant que je suis...

C'est ainsi que peut se traduire l'observation que Picard a faite sur le procès-verbal. Le mot du président : «Parlez plus sérieusement!» l'a blessé profondément. On ne persuadera jamais à Picard que ses plaisanteries et ses bons mots, quelque spirituels qu'ils soient, n'ont pas la portée d'une argumentationserrée

242 l'opposition libérale sous l'empibe

et logique. Ollivier a sauvé Tamour-propre de Picard, en déclarant qu'à gauche, on n'avait pas entendu le» paroles du président.

Continuation de la discussion du budget; mais les orateurs, s'attachent bien plus à la situation politique qu'aux questions financières.

M. Plichon, député du Nord, a fait des révélations très piquantes sur la position qui est imposée aux candidats indépendants dans les départements à rapproche des élections générales. Ils sont littéralement mis à l'index :

Aujourd'hui V encore, a dit M. Plichon, l'abord de ma maison est interdit à certains fonctionnaires sous peine de disgrâce. Le souspréfet a prévenu quelques-uns d'entr'eux qu'un coup de chapeau donné à ma famille deviendrait compromettant.

M. Plichon s'était plaint du retard apporté à la pu- j blication du tableau qui fixe les nouvelles circonscriptions électorales, tableau qui doit être revisé tous les cinq ans. Ollivier a profité de cette observation du député de la droite pour dénoncer un fait très grave. D'après les tableaux du dernier recensement, la population de Paris s'est augmentée de 226,000 habitants. Or, le Siècle a révélé que le nombre des électeurs avait suivi une proportion inverse ; il était en ISoï de 358,000, ce qui assurait au département de la Seine 10 députés ; il n'est plus que de 326,000 électeurs, soit 33,000 de moins.

Je crois, a dit Ollivier, qu'en matière électorale comme en toute autre matière, le meilleur moyen de réussir, c'est de ne pas s'écarter des règles de la justice et de l'humanité. Ces procédés de revision des listes électorales, ces petites ruses, si elles sont commises, resteront

^'opposition libérale sous l'empire 243

AôUeurs, j'en ai la coaviction, sans influence sur les élections d'une |îDe eomme Paris. Si je les signale, c'est pour remplir un devoir.

Les explications données par M. Baroche ne sont rien moins que concluantes. Le président du Conseil d'État s'est perdu dans des calculs qui n'ont rien édairci du tout. Il a fait un aveu qui montre que, dans cette œmTe de re vision, l'administration a usé d'artilees misérables. Les retranchements ont porté surtout sur la portion flottante de la population, sur celle i qui il est difficile de faire la preuve du domicile de âx mois exigé par la loi. Les formalités à remplir sont si longues et les agents des mairies y mettent si feu de bonne volonté que beaucoup d'électeurs se sont découragés et ont par contre-coup découragé les autres. Voilà, comment sans violer la loi, on est pari«nuà rayer près du dixième des électeurs et à réduire à neuf le nombre des députés que le département de Il Seine aura à élire.

Kcard a tiré la moralité de cette discussion :

Pfaris, a-t-il dit, de?rait avoir 14 députés ; il n'en aura que 9; ils seront peut-être moins bons que le gouvernement ne l'espère; mais c'est toujours cinq députés de gagnés grâce à la revision dos listes.

On a fait la grimace au banc des commissaires du gouvernement*

Nous avons laissé cette année à Hénon le soin de développer notre amendement sur le retrait de la loi de sûreté générale. L'excellent Hénon ne s'en est pas mal tiré. Il a cité les noms d'un certain nombre de personnes qui avaient été frappées de condamnations entraînant l'application de cette loi inique.

S4i l'opposition libérale sous l'empire

le marquis de Fiers, M. Scherer, l'étudiant Taule^ etc. Mais il a peut-être un peu exagéré les chosei quand il a dit a que la loi de sûreté générale était une des causes du malaise public et que le maintien des lois d'exception faisait croire à l'Europe que nous étions toujours à la veille d'une révolution. » C'est pour cela sans doute que M. Baroche a dédaigné de répondre.

Une l"ongue et intéressante discussion s'est engagée au sujet du budget de la guerre. Il est évident que la commission du budget tend de plus en plus à lier les mains à l'Empereur ; elle semble avoir peur qu'il ne renouvelle les frasques belliqueuses de 4858. La cornmission demandait une réduction de 25,000 hommes et de 5,000 chevaux. Le gouvernement a eu fort à faire pour défendre contre les attaques de certains membres de sa majorité dévouée le chiffre de 400,000 hommes qu'il croit indispensable pour maintenir notre rang militaire en Europe. Le général Allard, commissaire du gouvernement, se livre rarement à des considérations politiques; il a aujourd'hui dérogea cette habitude; il a rappelé les paroles prononcées dans la séance du Parlement anglais du 23 mai dernier par lord Palmerston « qu'il n'y avait pas une personne sensée qui, dans la situation actuelle du continent, pût demander la réduction des armements. »

On prétend que c'est l'Empereur lui-même qui a soufflé au général Allard cette citation, qui a produit son effet, puisque la Chambre a adopté le chiffre de l'effectif fixé par le gouvernement.

Le bruit avait couru dans ces derniers temps que le

■ l'opposition libérale sous l'empire 2fê

m Corps législatif serait dissous après la session et que

' Jes élections auraient lieu au mois d'octobre. Desdécla*

rations très nettes de M. Baroche, provoquées par

Ollivier, ont mis ce bruit à néant. Les élections auront

lieu en 1863 dans les délais légaux.

19 ju n 1862.

Hier, quand l'observation de Picard s'est produite sorles mots : parlez sérieusement ^ M. de Momy était absent ; il assistait au Conseil des ministres. Aujourd'hui notre président a cru devoir se justifier et expliquer les paroles un peu sévères qu'il avait prononcées. Cela a donné lieu à une petite scène qui s'est enve- Bimée tout de suite, les interlocuteurs étant tous les deux hommes d'esprit.

M. de Momy a maintenu son droit :

Qoand un président, a-t-il dit, fait une réflexion acceptée par toute Il Ghimbre, si l'orateur ne l'accepte pas , il manque à toute la Qiimbre.

Picard s'est piqué au jeu ;

h crois, a-t-il répliqué, que vous n'avez pas le droit de juger mes piroles en disant qu'elles ne sont pas sérieuses. Vous êtes mon supérieur, mais seulement pour l'application du règlement; d'autant plus que TOUS présidez une Chambre qui ne vous a pas nommé.

Une explosion de murmures a àccuelli ces paroles. « Nous le nommerions, s'est écrié le jeune M. Le ^gent de Monnecove. » — u La réflexion de M. Picard est tout à fait inconstitutionnelle^ » a dit M. de (ifomy.

Picard. Je parlais sérieusement. J'ai cru voir dans les réflexions {ue j'ai lues au Moniteur une tactique très connue qui consiste à faire

eonsidérer les paroles d'un adversaire comme n'étant pas sérienaei^ ■^. quand elles sont au contraire très sérieuses... Mon discours est là« C'est lui qui répond aux paroles et aux observations de M. le Pri- ' sidont.

M. de Morny s'est levé et bien que des voix nombreuses lui criassent : « Non ! non! c'est inutile! » il ' a dit d'une voix solennelle :

Je connais mes devoirs, je les remplirai. Je connais mes droits, }è les maintiendrai.

Après cette déclaration fastueuse, l'incident a été clos, et les vieux généraux delà Chambre se sont mis à dévider leur écheveau ordinaire de réclamations en faveur des anciens militaires.

A propos de l'Algérie, M. Jérôme David a prononcé un discours qui n'était qu'une longue critique de l'administration du Prince Napoléon.

Qu'on se rappelle, a-t-il dit, le ministère de 1858 ; le prince-ministre avait dcTampleur dans les vues, de la hardiesse dans les idées; cependant, il a fallu revenir bientôt sur des mesures qui avaient été adoptées sans connaissance efficace des hommes et des choses de l'Algérie.

Puisque M. Jérôme David en savait sur les hommes et les choses de l'Algérie plus long que le Prince Napoléon, il aurait bien dû instruire le Prince ^t le faire profiter do son expérience acquise. Je l'ai vu en efifet installé au ministère de l'Algérie dans je ne sais plus quel service. Mais à ce moment il était bien plus préoccupé de l'ameublement de son cabinet que des affaires qui étaient de sa compétence. Il avait de longues conférences avec les tapissiers et n'avait pas de relations avec les employés placés sous ses ordres.

L'influence de M. Jérôme David était du reste à peu près nulle ; le Prince Napoléon qui connaissait son insuffisance, ne le prenait pas au sérieux, et ses préventions à l'égard du futur député de la Gironde Paient partagée par tout son entourage.

Grande discussion à propos de Tétat d'abandon dan& lequel est tombé le Muséum. Le général Âllard luimême a confessé que le Muséum « qui est une des- (foires de la France », présente des imperfections au point de vue du conti'ôle, des commodités du public et de radministration.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que Picard ayant de« mandé la parole, M. Boinvilliers, commissaire du gou- Ternement, lui a contesté le droit de prendre la défense du Muséum.

Je ne crois pas, a-t-il dit, que cet établissement ait donné à M. Pi-ieud mission d'élever des réclamations pour lui.

Je n*ai jamais rien entendu d'aussi grotesque. Voila les députés de Paris condamnés à se taire sur la mauvaise gestion des établissements d'instruction que Paris possède. Il faut, pour avoir le droit d'éle* Ter la voix, qu'ils aient reçu un mandat officiel et spécial.

« On n'a pas répondu, a dit avec raison Picard. A quoi attribuer Tétat actuel du Muséum ? Est-ce à une insuffisance de dotation ou à un manque de direction ? »

Les commissaires du gouvernement ont gardé le silence. La question aurait reçu bien certainement des éclaircissements si les directeurs du Muséum, au

348 l'opposition libérale sous i/empire

lieu de s'adresser à des membres de la majorité qui !; ont toujours des ménagements à garder, avaient-bien voulu nous confier leurs doléances. Mais aucune [ pièce ne nous a été fournie. Quoique je représente la . quartier du Jardin des Plantes, je n'ai reçu la visite k d'aucune des personnes intéressées. Ce n'est pas que 5 l'envie leur manque d'entrer en rapport avec les membres de l'opposition ; mais des démarches de ce genre seraient considérées comme coupables, et xxùe bonne destitution ne manquerait pas de frapper le téméraire qui oserait se les permettre.

20 juin 1862.

Le Comité secret a du bon ; il permet aux prud'hommes de la Chambre d'étaler leur parcimonie et leur bêtise sans avoir à redouter les railleries du public. Ce qui s'est débité de choses idiotes à propos d'une maigre pension de 5,000 francs, demandée pour la veuve de Fromental Halévy, est vraiment incroyable.

C'est dans ces circonstances qu'on découvre ce qu'il y a d'étroit dans les cervelles de ces notabilités de clocher dont la candidature officielle a peuplé les bancs de la représentation nationale.

M, le vicomte Clary, — Si on fait une faveui*, qu*on la fasse aax veuves des oi&ciers... M. Halévy laisse des ouvrages qu'on peut vendre fort cher...

Af. Lehit. — Halévy a-t-il droit à une récompense nationale ? Non. La musique n'est pas le premier des arts.

M. Millet, — Tout le monde en France, messieurs, n'a pas le sentiment musical ; tout le monde n'aime pas la musique.

M, Darimon. — Vous n'avez pas entendu la Juive.

M. Millet, — Je n'ai jamais entendu la Juive,

Orne fX}ix : Est-ce possible ?

Jf . MUkt, — Je crois qae Timmense majorité des Français ne l'a pos citendae.

U général Lebreton, — Les ouvrages d'an compositeur illustre Mune M. Halévy sont certainement une fortune ; les droits d'auteurs Mil considérables ; la pension est inutile à a veuve.

le vicomte Clary — Je demande que le projet de loi soit renvoyé à k commission du budget.

Le projet de loi a été vivement défendu par M. de Horny et par Picard.

n ne faudrait pas, a dit notre collègue, qu'il fût dit que la veuve f UD homme qui a contribué à la gloire de la France est restée dans use position précaire.

J'ai combattu, dans le même comité secret, un projet de loi tendant à faire garantir par TÉtat un emprunt a contracter par la Compagnie des Thermes de Plombières. On permet à cette Compagnie d'hypothéquer ses immeubles. Or, les immeubles qui composent Téta- Uissement de Plombières appartiennent à TÉtat et n'ont été livrés à la Compagnie que par bail amphythéotique. Le projet est donc contraire aux principes sur lesquels repose notre législation.

La Chambre paraît vouloir faire de l'opposition au projet, car ces observations ont été accueillies avec une certaine faveur.

Du reste M. Schneider s'est plaint de la quantité énorme de projets de loi qu'on nous envoie depuis quelques jours. Il nous reste six jours de session, et nous avons une douzaine de projets à examiner.

Je déclare, a dit notre vice-président, que je n'ai lu aucun de ces projets de loi {Pliisieurs voix : Ni nous non plus) ; que je n aurais le temps d*en étudier aucun, et que si on me demande un vote au dernier moment, je le donnerai sans connaissance de cause et par

250 l'opposition libérale sous l'ebipire

conséquent sans la dignité qui doit appartenir ao Corps Uf^ laUf. ^ ri

M. de Morny a cherché à expliquer pourquoi Ifii ^^S projets de loi avaient été présentés en retard. Ht ^ ajouté : . ï

Personne plus qlie moi ne se porte le défenseur de la dignité et des -

droits de cette assemblée que j*ai l'honneur de présider. EUe peut s^en J

rapporter à moi, et si je tiens ici un certain langage pour défend» i

le gouvernement, ailleurs je tiens un langage ferme qui confirme et i maintient les droits de la Chambre.

Les motifs invoqués par M. de Morny pour excuser le gouvernement ne font pas honneur au Conseil d'État. II paraît que le nouveau système financier a ■£ pris le Conseil d'État à l'improviste ; il n'était point préparé aux études spéciales qu'exigent les réformes du 14 novembre 1861. Il lui a fallu beaucoup de temps â pour secouer ses routines. De là les retards qui se i sont produits dans la présentation des projets de \ lois.

En séance publique on a continué la discussion , du budget. J'ai présenté quelques observations sur la situation inférieure dans laquelle se trouvaient placés les régents des collèges communaux tant au point de vue du traitement que sous le rapport de la dignité professorale. J'avais pris mes renseignements à bonne source ; ils m'avaient été fournis par un compatriote, M. Hector Paradis, principal du collège de Compiègne. Ils ont sans doute embarrassé MM. les commissaires du gouvernement qui n'étaient pas préparés pour répondre. M. de Morny est venu à leur aide en déclarant qu'il n'avaient rien entendu de mon discours.

l'opposition libérale sous l'empihe itH

Y a cependant une question sur laquelle M. de illiers a été forcé de s'expliquer ; c'est sur les ces prolongées de certaines chaires de l'école de Je l'avais posée très nettement; Picard Ta reet le commissaire du gouvernement a été amené aer que si les chaires restaient inoccupées, c'était

de fonds. J'engage le Conseil d'Etat à méditer m formé par M. Larrabure que les réductions îtaires ne portent jamais sur les crédits de 'uction publique, attendu que «la gloire hitellec-

est la meilleure et la plus solide des gloires. »

qui est bien dit.

non a parlé sur les écoles vétérinaires. Il a cru r expliquer sa compétence en déclarant « qu'il petit-fils, fils, gendre, neveu et cousin de vétéris. » Cela a soulevé une explosion d'hilarité nui aux excellentes choses qu'il avait mises dans liscours. Le commissaire du gouvernement lui a ste donné raison sur tous les points.

jnore pourquoi Ollivier, qui est membre de la lission chargée d'examiner le projet de loi sur les tés commerciales a trouvé indiscrète la question ) par M. Javal sur le moment où le projet pourrait discuté « Vous êtes trop curieux, » lui a-t-il ie son banc. Le pauvre M. Javal, interloqué par

interruption, a perdu le fil de son raisonnement, e Momy l'a achevé en lui faisant observer que sa ion ne se rapportait point au budget. M. Josseau compatissant, lui a donné une explication quelle. M. Javal s'est déclaré satisfait et il s'est laisse er sur son banc avec des airs tellement ahuris :

que la Chambre est partie d'un immense éelât # rire. -^

La Chambre se plaît à ces scènes d'écolier qmU reposent un peu des interminables discussions d§ budget. ^

21 juin 1862.

Il y eu, aujourd'hui encore, comité secret. Lai Chambre est tellement fatiguée qu'elle a refusé de discuter, a Personne ne demandant la parole, a dit le président, nous allons nous réunir dans les bureaux. )^ Et de toutes parts, on s'est écrié : « Oui, oui. dans les bureaux ! » C'est à grand peine que M. de Flavigny a l)u échanger rapidement quelques observations avec le commissaire du gouvernement sur un projet de' chemin de fer. Le comité a duré à peine une demi-' heure.

Pourquoi M. de Morny n'a-t-il pas occupé le fauteuil pendant le débat qui a marqué le début de la séance ? Est-ce qu'il se trouvait mêlé aux intérêts qui étaient en jeu ?

Il s'agissait d'établir une garantie d'intérêt ^lour " une portion de tracé du réseau du Nord qui,en 1839, ' n'avait pas été soumise à la Chambre.

Quand la commission s'est réunie, M. GeoflFroy dé- Villeneuve, qui en faisait partie, a demandé commuiiication du dossier ; on lui a répondu qu'il n'y avait ni dossier, ni pièces. La commission a nommé son président et son secrétaire. On a voulu procéder à la nomination du rapporteur qui était un peu désigné à l'avance, et qui avait, disait-on, son rapport tout prêt.

' litis tin certain nombre de membre» se sont oppost^sû ntte numination. avant quo la commission eiU reçu tommiinication liu dossier. Ou a néanmoins procédé à ntte opération. Cest M. Plichon qui a été choisi, et il t déclaré qu'il était prêt à lire son rapport dans une , keure.

n s'est engagé, àpropos lie cet incident, une discuAl noa fort confuse, de laquelle il est résulté cette conclusion qu'il y avait deux intérêts particulier» en pré- ] ssnce : l'un qui voulait faire ajoui-ner le projet, l'autre I qui voulait faire précipiter le votf . On a là un exemple I des trafics qui se font dans los commissions, quand il s'agit de certains projets. Tout est arrangé â l'avance ; «a désigne pour rapporteur le député qui agrér le plus au ministre compétent; li^s bureaux s'entendent ivec lui pour la rédaction du rapport, et c'est à gnnd peine que les membres de la commission obtiennent de consulter les pièces.

Quaad l'incident a été clos, M. de Morny a repris possession du fauteuil ; mais au cours de la séance, U. Geoffroy de Villeneuve a formulé une nouvelle réclamation : il venait d'être convoque'' pour recevoir eommnnication du fameux dossier, et il se trouvait placé dans cettfi alternative, ou de se rendre à la commission ou rie ne pas prendre part aux travaux de la Chambre. M. de Morny a eu beau dire qu'une fois nommi^es les commissions se gouvernaient ellesuême. On a trouvé de mauvais goiU cette convoca- »ion en pleine séance.

OUivîer a prononcé un excellent discours sur le built des recettes, il a fait une critique très juste des

î LIUËKALE sors I. EHfinE

impôts nouvtiaus et surtout de l'impôt sur les voitures; Mais la partie de son discoars qui a obtenu le plus i» i^uccés. c'est celle où il s'est attaché à combattre l'inK pôt sur le revenu. MM Roques Salvaza et Granier dt Gassaguac avaient dépose- une proposition qui y conduisait- Ollivier a pris cette proposition corps à corps» et n'en a lien laissé subsister.

Ollivier ne pouvait passer sous silence la situation «embarrassée de nos finances ; mais le'point auquel it s'est plus particulièrement attaché, c'est l'échec de U conversion. On avait poursuivi par là l'unilicatiopda' la Dette ,et cette unification on ne l'a pas obteûiie» Quant aux rôsultats financiers iis ont été déplorables* On a dOcIassi! la rente. Aussi du taux de 72 fr, qu'elle avait au moment de la conversion, elle est tombée i| 68 et liO fr. et tout cela pour obtenir une misérabll scfmme de 1>')0 millions qui ont été absorbés par 11 Dette flottante.

Le succès d'Olliviera été très vif. La séance a étfl suspendue pendant dix minutes.

M. Magne a i<té, comme toujours, très clair fit très méthodique dans sa réplique. Mais on commeDC» à se fatiguer de cet optimisme permanent qu'il afficlu et qui lui a valu le sobriquet de Aîinisire lant mieiiJ!. i

Les projets do loi contùiuent à pleuvoir sur le b reau du Président. » A peine, s'est écrié M. de Ravi nel, si on a le tr^mps de lire les exposés des motifs 8 les rapports, u II est impossible de s'inscrire en faui contre cette observation.

l'opposition libérale sous l'empirk 255

23 jain 1862.

La Chambre a voté aujourd'hui une bonne mesure ; elle a étendu les exemptions de patente, prononcéesantérieurement en faveur des ouvriers, aux ouvriers ajant une enseigne ou une boutique comme à ceux jui n'en ont point.

li'article 4 de la loi de finances relatif à l'impôt sur tes chevaux et voitures a rencontré sur tous les bancs de la Chambre une formidable opposition* Cependant ht commission a fait subir au projet primitif des modifications prorondes. Le gouvernement avait donné àl'impôt le caractère d'un impôt direct sur une' manifestation extérieure de la richesse. La commission lui a retiré ce caractère. Elle a fait de l'impôt sur les voitures un simple impôt de prestation, et elle en a efiacé l'égalité et la proportionnalité, en aflfranchissant les communes de 1,200 Times. Tel qu'il est,ce n'est plus qu'un projet informe qui ne répond point à la pensée du gouvernement et qui soulève toutes sortes d'objections.

La majorité a bien vu que cet impôt frappait surtout les électeurs des campagnes, et qu'elle se trouvait ainsi atteinte indirectement. Aussi ses orateurs' se sont- ils jetés dans la mêlée avec une ardeur qui ne leur est pas habituelle. L'opposition d'Ollivier a paru terne à côté de celle de MM. Morin (de la Drôme), de la Tour, Vernier, Dalloz, etc. Ceux-là même, comme M. du Mirai, qui se déclaraient prêts à voter le nouvel impôt, apportaient des restrictions très grandes dans leur approbation.

L OPPOSITION LlUÉnALE HOVA L EMPIRE

La Chambre paraissait tellement décidée à rejeta le projet qu'elle ti'a pas même permis à un membi de la commission de prendre la parole pour défendl la rédaction qui avait été substituée à celle du gouvi-p nement. ■> 11 faut l'Qtendre le rapporteur ! se sont écriéesplusieurs voix. — Non! non! ont répondu d'autres voix en plus grand nombre. Plus de discussion! i Et malgré les eflForts du président, qui du reste s'est perdu dans des explications parfaitement inintelligibles, on a dft procéder au scrutin qui a donne les résultats suivants : Votants, 246; majorité alisolue, 124; pour l'article, 73; contre, 173.

Le rejet de l'article 4 plaçait la Chambre et la commission dans une situation inextricable : ici encore on a pu s'apercevoir des lacunes énormes que rtaferme le règlement imposé à la représentation nationale. L'impôt nouveau a été rejeté par de.s motifs fort divers; les raisons données par les orateurs se contredisent le plus souvent ; la commission n'a paspu fournir d'éclaircissements ; on l'a empêchée h s'expliquer, de aorte qu'elle ne peut se rendre comptu des considérations qui ont entraîné le vote de Chambre. De plus, il y a un article 5 qui se rattachi par des liens étroits à l'article rejeté, et sur article 3, ta Chambre n'a pas été appeléo à sa pi* noncer. Il en résulte que la commission ne peut fais subir à l'ensemble du projet les modiScations récli mées parla majorité.

M. de Morny a essayé dejetiT quelque lumière i milieu de ce chaos ; il n'y est pas parvenu. Il e vrai qu'il regrettait le vote de la Chambre, et qu*

l.'oppOs^lTr^l^ lidërale sois i.'fiMPinE

cherchait vifjiblement à faire, coinniG on dit, la part du feu. Aussi s'cst-il attiré de M. Km-végucn cette ubgorvatioQ désobligoante :

■Ire JDlenliun ferait-elle i]e faire voler une r l'arliule, alin qu'elle se déjugeAt ?

La seule solution possible était celle que j'ai proposé". Le rejet de larticlo 4 rouvrait le droit d'amenilemeut sur cet article ; mais le rouvrait-il sur Ifs articles suivants ? assurément non. Pour que la clioae fiit possible, il aurait fallu que la Chambro fût également rejeté ces articles.

Mon observation a été fortcmoot appuyi;e par M. Josaeau. Mais M. de Morny a eu peur que si on procédait à de nouveaux votes, la question s'embrouilli'it davantage et que l'impùt proposé fftt décidément repoussé. Il a tranché la difficulté sans consulter la Chambre,

M. Darinion, a-t-il dil. deninnde si le droit d'unie ode tuent est iV-iabli pour les nrlicles qui ^aiicnt l'urticlt? 4. Je réponds que cela eil (le droit. C'est un sj'sl^me entier qui vient d'éU'e renroj'é à la commis- Mh, et elle pi*oj)osera ses madtHcalions dnns sa sagesse et d'après sou

•UDK3I.

Le règlement entendu dans son sens littéral, s'oppusait à cette façon de procéder. Mais je me suis pourtant, bien gardé de réclamer. M. Javal a pris acte de cette déclaration.

Monsieur le Préstlcnt, s'cst-il écrié, pri'Uilion plus libi-rale du réglcmenl.

s beureui de

On a essayé de continuer la discussion du budge , ÎA Chambre était dans un tel état d'agitation quil

été impossible à aucun orateur de se faire entendre. La séance a dû être levée à 5 heures et demie.

D'après les conversations de la salle des conférences, il est facile de voir que la Chambre, ne demande pas mieux que de revenir sur son vote,, pourvu qu'on lui en fournisse les moyens.

24 juin 1862.

M. de Morny continue à donner la chasse aux discours écrits. Hier, il a infligé à M. de Perpessac qui combattait l'impôt des voitures une véritable humiliation. Sous prétexte qu'on ne l'entendait pas, il a forcé le malheureux député à changer de place deux ou trois fois, et finalement il Ta invité à remettre son discours à un collègue pour en achever la lecture. C'est M. Chevandier de Valdrôme qui s'est chargé de cette corvée ; mais le bruit était si fort qu'on n'en saisissait pas un mot. M. de Perpessac a repris son manuscrit et a essayé vainement d'en reprendre la lecture. La Chambre, qui aurait dû protester contre ces étranges prétentions du président, a ] étouflfé la voix de l'orateur qui a été forcé de se j rasseoir, sans pouvoir achever les développements | dans lesquels il voulait entrer. ]

Aujourd'hui la même scène a failli se renouveler à propos d'un discours de M. Duclos sur l'enregistrement. M. Duclos est très compétent sur cette question spéciale ; il s'était entendu, paraît-il, avec le ministre des finances pour proposer des mesures qui auraient fait rendre à l'impôt 60 millions de plus. M. de Morny, visiblement impatienté, a prié l'orateur

^'abréger et de doimer ses conclusions. M. Duclos a «béi ; il a sauté plusieurs feuillets de son discours, et il est arrivé tout de snite au dernier.

Afin qu'on ne put se in(''prendre sur ses intentions, U. de Morny les a soulignées par ces paroles :

Je deiusnde si, au point où est la discu^âion, il !•»[ |i<is4il)le Je liro 4h discours ipii ne sont ni écoulés par la Chambre iiï rcpi'oduita par Il stéiMgrapIiie. N'est-ce pas lA «lu temps perdu pour tout le monde ?

Naturellement la majorité a approuvé. M. de Kert^en a blùmê éuergiquemcnt ces procédés :

Jïi ëlë aOéclé, o-t-il dit, de rintuloi-nii<« de la Clmmbre i) l'êgai'il 4e K. Duelos. Si vous aviez voulu suivre les dévcloppciiiouts de Sciii' ttKoors, vous y anriei trouvé d'ulilos renseignements. L'Bd ministre - IM de l'enregislrement elle-même y aurait l'eucontré yAai A'un aujel 4'iulruclion dunt clli; uiirail besoin.

Un incident du même genre a failli ne produire au «ours de la séance à propos d'un discours de M. Voruz sur les .sucres. Mais le député de Nantes possède une Toix tonitruante ; il n'a pas le caractère commode, et il a prouvé aujourd'hui même qu'à l'occaâîon, il avut la réplique vive et prompte. M. de Mornj n'a pas ose renouveler ses ob3er\'atioiis. M. Voiuz n'en sera pas moins puni de s'être rangé parmi les orateurs qiii iiiimt. Demain le compte rendu analytique ne repro- ■liiira que la suljstance de sou discours. On a donné pour instruction aux secrtHaires-rédacteurs d'en agir aÎBsiavec tout discours manuscrit.

Au reste, M. de Morny fait tous ses efforts pour accélérer la discussion, afin de ne pas être obligé de demander une prorogation de la session. •> Vous parlez de tous les impôts, au lieu de vous restreindre à ce

qui est en délibération, a-t-il dit brutalement à M. Creuzet, un dea députés les plus dévoui''» ; si l'on procèdp ainsi, nous n'en finirons pas. » Il y avût cependant dans le discours do M. Cronzet quelqaes indications utiles à recueillir, entre autre l'idt^ de donner à l'État le monopole des allumettes chimiqui

Picard, à propos de l'article relatif aux bons de caisso de la ville de Paris, a présenté quelques observations sur lea finances municipales et sur la situation qui ost faite aux communes annexées. L'inévitable iVl. Devinck est intervenu, suivant sa coutume ; il a fait pourtant des déclarations qui ont leur importance, c'est que les 125 millions de bons de caisse dont on demande l'émission seront dépensés en grand partie au profit des communes suburbaines et qu'on y ajoutera 7 ou 8 millions à prendre sur le budget muaicinal.

Comité secret. La seule chose qui mérite d'être mentionnée, c'est ce compliment adressé au gouvernement par M. Léopold Le Hon à propos d'une obseiv ration on vue de l'exécution d'un chemin de fer de lieims à Metz.

Le projet île lui a d'auranl plus moa appralintion qo'il iD'indiqW igae le gouvernomenl o sa ae <légager des étreintes que les graDdU rompagnics roulaient lu! imposer arec In toi île 1S5B, êlreinlos qw iivuienl pour objet ifeiiipOther le pn.rs de recerair les nouveai: mintt de Ter et même ilc fniri: qne certaines compagnies n'eiécnUmnl pas les chemins de fer qui leur Hvnient ëli; toneédfei ul qu'elle i nnient qu'à la rondition de ne pas les faire.

Le cliemin de fer de Reims à Metz a un caractère

essentiel le ment stratégique. On peut juger par là du patriottsma dos grandes compagnies.

Le Corps législatif a adopti!' l'impôt sur les chevaux et Toitures. Cependant ce projet a été empiré par la cnmmission ; il a été démontré par divers orateurs, notre autre par M. Gracier de Cassagnac, que l'impôt Atteindrait surtout les habitants des campagnes.

M. de Momy s'est arrangé de fa(;on à ce qu'il a'y 4t pas de vote au scrutin. Au moyen de ce subterfuge, les députés qui avaient voté contre le projet ivant-hier ont pu se déjuger sans avoir â redouter que lenrs noms fussent connus.

Kons n'avons point pris part à la discussion. Je me ms seulement permis une observation qui a mis à nu le décousu de la loi. Le paragraphe 3 de Tarticle 7 exempte de l'impôt les chevaux et voitures exclusivement employés à une profession quelconque donnant lieu à l'application de la patente. J'ai hasardé cette qnestion : « Un médecin à Paris paiera-t-il ?» à quoi M, Baroche a répondu étourdiment : » Un médecin à Paris ne paiera pas. w Puis s'apercevant qu'il s'était enferré, il a ajouté : « Il va sans dire que si un médem a dans son écurie quatre ou cinq chevaux.,.. " — "Maisà Paris, ai-jerépliqué, un médecin ne peut exercer sa profession avec un seul cheval. » ■ — « Il est évifient, aditM. Baroche, que la loi ne peut prévoir toutes le» espèces. ■>

Cette pitoyable réponse est la condamnation do la loi prononcée par celui-là même qui était chargé de la défendre.

Ce diable de Proudhon ! il n'y a pas moyen de lui

!26!2 l'oppositiOxV libébale sols l'empire

tenir rigueur une minute, même quand il a les plus grands torts vis-à-vis de vous. Il m'écrit une lettre pleine d'explications si entortillées, qu'elles ressemblent à des excuses. Je m'en veux presque d'avoir contraint un homme d'une aussi haute intelligence à battre les buissons pour trouver des semblants de raisons.

Dans cette lettre je remarque le passage suivant :

J'ai cru qu'il était permis sans vous faire d'offense, de m'empai-er des détails qui m'appartenaient : |e crois même que je Tai fait d'autant plus volontiers que mon article ne pouvait que vous être utile dans l'opinion de beaucoup de gens, qui me font presque un grief, à Paris, à Bruxelles et ailleurs, de vous avoir traité en amù

Ce que dit là Proudhon est exact. Je sais, pour ne citer que ce seul fait, qu'Alfred Madier de Monjaulai a adressé à ce sujet une longue lettre, à laquelle Proudhon a répliqué par une lettre non moins longue où il a pris très chaleureusement ma défense.

Cette circonstance a fait tomber toute ma mauvaise humeur. Avec des amis tels que Proudhon, on ne saurait se montrer trop indulgent.

26 juin 1862.

M. de Kervéguen a fait, à propos du procès- verbal, une observation d'une grande justesse. Il a demandé pourquoi, au lieu de faire, des dispositions relatives à l'impôt des chevaux et voitures, un projet de loi séparé, on les avait intercalées dans la loi de finances dont elles font ainsi une partie intégrante. En procédant ainsi, on a enchaîné la liberté du Corps législatif; mais surtout on a paralysé le Sénat dans une de ses attributions essentielles. En eflfet, le Sénat qui a déjà

UBKtIAL);: HlW.S l'ëMINIII': Hi3

déclaré riiiconstitutionnalité de cet Impùt, se serait pro bâillement prononcé dans le même sens. Mais il ne peut pas repousser l'impi'it des chevaux (4 voitures sans repousser tout le Imdget. On a do cette façon porté atteinte à son indépendance.

M. de Morny, qui sentait bien le fort de l'objection, l'a esquivée en faisant ce qu'on appelle une r^'ponse à côté. Suivant lui, la majorité a su ce qu'elle faisait ; «Ile a voté en pleine connaissance de cause ; la liberté du vote a donc été complète. Il n'en reste pas moins TTîi que le président a escamoté le vote au scrutin

^■joor mettre les consciences à l'aise, et M. Kœnigs-

^Hkater le lui a reproché assez durement.

^F' &fia, nous avons pu aborder cette question du

V Hexîqae, sur laquelle le gouvernement se plaît à «ntasser les obscurités et les équivoques.

Quand il s'est agi d'envover des secours û nos troupes qui avaient subi un échec, le.-* C.inq ont voté lea crédits. Mais il est aujourd'hui de notre devoir de prutester contre une expédition qui affaildit les forces de la France et qui a pour but de porter atteinte a l'indépendance d'un peuple libre. Jules Favr'e a fait un pïposé historique complet des incidents qui ont précédé ou suivi l'expédition ; il a montré tous les périls de l'cjitreprise, l'injustice de nos procédés, les faux prétextes mis en avant, et le but voilé que nous poursuivons. Ce discours nourri de faits puisés aux meilleure-s sources aurait dû porter la d'uviction dans tons les esprits; mais les Cinq avaient affaire à des goaa prévenus et dêcidè.s d'avance :i donner leur l^ollc politique de l'Empei'eur.

Au fond, un grand nombre de députés de la majorité donnaient raison à Jules Favre. Ceux qu'on appelle les budgétaires surtout gémissaient en secret sur les dépenses que devait entraîner cette guerre, lointaine qui menaçait de prendre un immense déve-; . loppement. Ces envois de troupes à longues distances, : doivent introduire, dans nos finances, un élément d'instabilité qui peuvent devenir un danger à un mo* ment donné. Voilà ce qu'on se disait dans les couiloirs, mais ce que personne n'aurait osé dire tort haut. C'était là, on le savait, une fantaisie impériftk, et, quoi qu'il en pût coûter, on se croyait obligé de la respecter.

M. Billault s'était du reste arrangé de façon à trans- ^ former la discussion en un simple dialogue entre j J. Favre et le gouvernement. Il a rempli tout le reste f de la séance par un discours qu'il a allongé en le bourrant de citations et en répétant dix fois les mêmes arguments. Ce discours n'a pas été seulement une apologie de l'expédition du Mexique, c'a été surtout a justification de tous les personnages équivoques qui Font mspirée. Il a donné de l'affaire des bons Jecker une explication qui crée entre ce spéculateur et le gouvernement de l'Empereur une solidarité absolue. Il semble, d'après le langage du ministre d'État, que le recouvrement de la créance Jecker soit devenu un acte auquel est attaché l'honneur national.

Pendant que M. Billault prononçait cette partie de son discours, je n'ai pas perdu un seul instant de vue M. de Morny. Le bruit a couru, dès Torigine de l'entreprise, que notre président était intéressé dans l'af-

faire des bons Jecker, et qu'à ce titre, il aurait été an des instigateurs de l'expédition. M. de Momy suivit attentivement l'orateur, et de temps en temps promenait ses regards sur certains bancs de la Chambre. Il y avait là un groupe de députés qui paraissaient disposés à étouffer sous les applaudissem^ts toutes les marques de désapprobation qui viendraient à se produire. Évidemment le gouvernement avait fait sa salle ni plus ni moins qu'un acteur qui redoute les sifflets. De temps en temps, J. Favre lan^t une interruption presque toujours sanglante. M. de Morny se levait alors comme mù par un ressort ; il mettait la main à la sonnette, et il ne se rasseyait que lorsqu'il s'était convaincu qu'aucun trouble ne se produirait. Bien qu*il se dominât, il était visiblement Berveux et inquiet.

Ce système de faire absorber toute la fin d'une mace par Torateur du gouvernement est une manœuvre q«i sera souvent renouvelée. Elle a pour objet d'emftcher Topposition de répliquer et de placer la Chambre» au moment du vote, sous l'impression des nûsonnements officiels.

Quand M. Billault a terminé son discours, il était plus de six heures. La Chambre, fatiguée, ne demandait qu'à s'en aller. Personne n'a réclamé la parole. Je me trompe; l'excellent colonel Réguis a demandé à placer quelques observations sur les travaux hydrauliques. On lui a ri au nez, et les suppléments de crédits ont été votés à l'unanimité de 256 votants.

27 juin 1862.

Enfin la session est close. La Chambre a fait pendant cette dernière séance un effroyable abatis de projets de lois. Les lois de chemins de fer l'ont occupée presque tout entière. C'est à la fin des sessions qu'on renvoie cette sorte de projets, parce quoii est bien sûr qu'ils ne soulèveront pas de discussions sérieuses. Mais comme les chemins de fer intéressent une foule de localités, les députés profitent de ces occasions rares pour réclamer en faveur des circonscriptions qu'ils représentent. La Chambre a donc assisté au défilé habituel des demandes. M. de Morny a dû intervenir pour arrêter le flot des questions indiscrètes.

Si on abuse des questions, a dit notre président, comme chacun de nous a un chemin de fer qui rintét*esse, un chemin de fer à acherer ou à obtenir, il en résulterait que la séance se passer ;>it tout entière ainsi. Ensuite il semblerait y avoir une sorte de préférence en faveur de ceux qui auraient adressé des questions au préjudice de cent qui n'en auraient pas fait. Je demande donc qu'on écarte autant que possible les questions qui sont purement d'intérêt local.

La harangue que M. de Morny nous adresse avan de prononcer la clôture de la session, n'a pas eu cette année un caractère aussi tranché que les précédentes. Elle est parfaitement banale. En voici les principaux passages :

Il est bon que le pays sache que si la session a duré longtemps, ce n'est la faute de personne. Gela tient à Tinaugaration d'un. nouveau système de finances qui a exigé un long remaniement d'écritures et d« tableaux, et qui a obligé le gouvernement à présenter tardivemeni divers projets de lois et les lois du budget...

Je vous remercie du concours que vous m'avez prêté. Si parfois j'ai

L'0PP0SIT1D> I.inËnALE SOLS

isveplibililOs inon! non!), si r devant la ïolonlé do l'aasL devoir, jamais danj

jai otiligr quelque-iblec je lai loujouni iQL mien 11 on person-

Et là-dessus les députas se sont g^ipares, comme le isans aucun douto le compte-rendu officiel, aux ■ répétés do: Vicp tlùiipereurl

3 juillet 1862 Lettre A P.-J, Proiidho» à linrxelles.

(Extrait.)

J'ai interprété dans le même sens que vous les art clcs des Débats et du Courrier du Dimanche contre I Cinq. CVst une rupture des orléanistes avec la démocratie, La même déclaration de guerre est répétée far la Heine des Deux Mondes dans son numéro du Juillet. Cette conduite des orléanistes ne m'a pas il y a longtemps que je savai.s à quoi m'en r sur le fond de li'ur programme. Aussitôt qu'ils 1 le gouvernement impérial dévier de la poli- B conservatrice, ils ont formé 1d plan de rallier ii ïtous les intérêts lésés ou menacés par les prétendues réformes des deux dernières années. L'opposition des orléanistes n'est quede laréactionàpeine déguisée, \ ont paru un moment faire chorus avec les désrates et les socialistes, c'est qu'il est df la tacde toutes les. oppositions d'encourager les »ntentemi>nts et d'envenimer les griefs. Le parti iservateur sentait du reste qu'il n'était point popu- , et, eu attendant que la force lui vînt, il était

!^ l'opposition libérale sots l'empire

bien aise de s'étayer de certains noms et de certaiAM: personnalités.

Le Courrier du Dimanche est le théâtre où s'est jofite la comédie de la fusion entre toutes les nuances db parti libéral. On devait, comme l'explique J.-J. Weûn, faire le sacrifice et de ses espérances et de sesdésifs pour se rallier autour d'un seul mot : la Liberté ! Vous avez suivi cette feuille depuis sa création; on a même fait un instant courir le bruit que vous en éties l'inspirateur, et cela n*a pas peu contribué à M donner un prestige passager. Je ne sais pas jusqu'à quel point ce bruit était fondé ; mais je suis parfaitiB* ment convaincu que si vous avez pu avoir un moment d'illusion, vous avez été un des premiers à apercevoir et à signaler la mystification. Le Courrier du Dimanche n'a été que l'instrument des rancunes cléricales et réactionnaires, et dans le temps même où Ton prétendait que vous exerciez une certaine influence sur sa rédaction, j'ai eu la preuve qu'il avait surtout pour inspirateurs les Tkiers , les Montalembert et les Guizot. Pelletaij, Morin et Chaudey étaient de pauvres dupes qui servaient d'amorce pour faire avaler au public l'hameçon conservateur qui lui était tendu. Quant à Ganesco, c'est un de ces entremetteurs dont les partis se servent, quand il s'agit de faire un mauvais coup, et qu'ils jettent de côté aussitôt qu'ils n'en ont plus besoin.

Comment se fait-il qu'après ayoir grimacé la Démo^ cratie, les orléanistes se décident à jeter le masque? Ce n'est pas qu'ils soient devenus plus forts, mais les événements les poussent. En présence des éventua^

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