‹ L'opposition libérale sous l'empireChapitre 7 sur 9 · I. OPPOSITION 1.mKR*I.C sous I. RMI-IJIK · texte numérisé non relu

I. OPPOSITION 1.mKR*I.C sous I. RMI-IJIK

ion prédécesseur. On a également commoDté dans

ens du désaccord qui existerait ontrc les deux mires la publication d'une lettre adressée, il y a un au cardinal Donnât, dan« laquelle on fait bon mar-

Idu pouvoir temporel. On répand plus que Jamais le

t de la retraite de M. de Persigny. Je doute qu'elle

lieu. Il entre dans le jeu de l'Empereur d'avoir

s conseils, des ministres qui suivent des poli-

Bps divergentes. Cela lui permet de s'appuyer tantôt

' l'un, tantôt sur l'autre.

Rony m'écrit c

i Jéceinl>r(! 1863

3 déccmbi'o IKtiï

pour aprèa-itemiiiD joiidi Ucinc taillez vi

H. Houï.

Je ne croyais pas que les choses fussent aussi avan- , Je savais que des pourparlers étaient engagés ir rendre à M. de Girardin la direction politique de Presse: mais j'ignorais qu'ils eussent abouti. Il ait que c'est Paignon qui est parvenu à lever les Dièrcs difficultés.

louy est nommé rédacteur en chef. C'est là un titre ement honorifique. On a trouvé plus simple de réula gérance et la rédaction en chef dans les mêmes ns. Au moyen de cette combinaison, on est parvenu Essiper les scrupules du ministre de l'Intérieur, à la personnalité de M. do Girardin porte ombrage. Ion intention est de faire ma rentrée par une série ticles sur l'enseignement professionnel.

4 janvier 1863.

Je me suis mis en tête de faire entrer notre ami nies Ferry à la Presse.

De tous les jeunes gens qui entourent OUivier et Picard, c'est certainement le plus intelligent : il est in des champions les plus intrc^pides de l'opposition constitutionnelle ; il n'a aucune attache avec les vieux ie 1848, et, au fond, il professe pour eux et pour leurs rengaines le plus profond mépris. Le seul défaut qu'on puisse lui reprocher, c'est un penchant à la satire et une tendance à donner à son opposition, bien qu'au fond très modérée, des allures militantes et tapageuses r Pour un orateur, ce serait une grande qualité ; avec le régime qui est imposé à la presse, un tempérament aussi agressif peut créer de grands périls à un journal.

J'ai néanmoins fait auprès de M. de Girardin une tentative sérieuse. J'ai engagé J. Ferry à rédiger un article sur un des sujets à l'ordre du jour, et je l'ai ♦envoyé à M. de Girardin avec une lettre pressante. Je lui dis :

M. J. Ferry soUicite Tbonnear de faire partie de la rédaction de la

288 l/OFPOSITION LIBËHALE SIJLli L'eMPIBE

Preste et il envoie cet article comme whaatillon de son savoir-faire... Il occuperait au journal la place qu'occupe ou Temps M. Floquel. dont il est l'arai ; il traiterait plus purticuliÈrement des <]ueâtion.s dp légalité politique et administrative...

M. de Girardin m'a oppmé u )1 m'a répondu :

s Don-recevoir.

Mon cher a latent; mais, tracté des eugogemcnts n

; 11. FeiTy ; j'apprécie son eurnctére et ez, la Presse antérieuremeul i fDoi, ■ : M, Puîgnon qu'elle doit tenir. Elle It

garanti un minimum. Keuici-ciez donc M. Ferry de ma ]uirt.

Je ne me tiens pas pour battu. Je m'y suis mal J pris. Je reviendrai à la charge. Ferry est pour nous enJ ce moment un auxiliaire précieux. A tout prix, ilfaa^ que nous le mettions dans notre jeu.

lljac

Le discours, prononcé par l'Empereur en ouvrant! session, est une longue apologie de la politique suit! par son gouvernement depuis six ans.

L'Empereur a cru devoir expliquer les motifs ^ l'avaient empêché d'avoir recours à une dissolntiM 1 anticipée, comme on lui en a donné bien souvent U f conseil, depuis deux ans :

TWvancer le terme fixé par la ConBlitution eùl été a ses jeot Hl j «ule d'ingratitude envers la chambre, de déBance envers le pajî.

On s'attendait à une parole de blâme aiissi bien contre l'opposition de droite que contre celle de gauche. L'Empereur a eu le bon goût de s'abstenir. Les hommes indépendants peuvent considérer comme M encouragement à persL'vérer les conclusions du discours de la couronne :

l'opposition libérale sous l'empire â89

I>ilès à vos concitoyens, que je serai prêt sans cesse à accepter tout ^fÊL est Pintérét du plus grand nombre; mais s'ils ont à cœur de iter rœuvre commencée, d'éviter les conflits qui n'engendrent que Mdaisef de fortifier la Constitution qui est leur ouvrage, qu'ils MToient à la nouvelle Chambre des hommes qui, comme vous, accejh- ^ IM «1115 arrière-pensée le régime actiiely qui préfèrent anx luttes I ^lÊrUes les délibérations sérieuses des hommes qui, animés de l'esprit i. 4e l'époque et d'iin véritable patriotisme, éclairent dans leur indét- fadaiice la marche du gouvernement et n'hésitent jamais à placer L. ivéessQS d'un intérêt de parti la stabilité de l'État et la grandeur de

t- J*avais reçu hier la lettre suivante :

Paris, 11 janvier 186;i.

Monsieur,

' À la suite de conseils de personnes justement appréciées de Topi- ■ioo libérale, nous vous prions de vouloir bien vous trouver demain landilâ janvier 1863, à huit heures du soir, rue Saint- André-des-Arts, 5,

I cbez M. Emmanuel Durand.

I La réunion à laquelle nous avons Thonneur de vous convoquer n i)Our

\: Ajet d'aviser aux meilleurs moyens :

^<> De mettre à la disposition- des électeurs, pendant la période de vérification qui va s'ouvrir, des conseils permanents ;

[ « jo De lever dans la pratique les obstacles qu'ils rencontreraient et

I qii pourraient réclamer l'intervention de personnes habituées aux dis-

■ICMnons juridiques.

^ YeuiUez agréer l'assurance de notre parfaite considération.

Emmanuel Durand. — J. Isambert. — L. Gambetta.

Je me sais rendu à l'heure dite chez M. E. Durand.

Le local est un peu exigu, c'est un simple apparte-

^ ment d'étudiant. Là se trouvent réunis, outre E. Pi-

^card et Hénou, un certain nombre de jeunes gens

dont quelques-uns me sont complètement inconnus.

On m'a présenté M. Isambert, un des jeunes écrivains de l'école libérale, sur lesquels on fonde les plus grandes espérances.

â90 L^OPPOSITION LIBÉRALE SOUS l'eMMRE

M. Isambert m^a à son tour présenté un de see» amis les plus intimes, dont j'ai beaucoup entendu parler et qui exerce déjà sur un groupe d'étudiants et de jeunes avocats une très grande influence. Il se nomme Gambetta; il est d'origine italienne; il vient de Cahors. Sa famille appartient à la bourgeoisie la plus inâme ; on me dit que son père tient une petite boutique d'épicerie. L'aspect extérieur dénote, en effet, une humble origine; une barbe embroussaillée, des cheveux longs et gras, un nez démesuré, et, ce qui achève de donner à la physionomie quelque chose de vulgaire, un œil affreusement crevé en saillie sur l'orbite. Joignez à cela une tenue des plus négligées, qui complète le personnage. Cet être presque commun possède une voie mélodieuse ; sa parole est facile et limpide ; il laisse échapper peut-être des vues un peu troubles, mais exprimées en un langage pittoresque et ayant un caractère essentiellement personnel. ^

M. Gambetta n'est pas l'homme ordinaire qu'annoncent ses traits et son costume.

L'ordre de jour fixé par la lettre de convocation n'était qu'un prétexte. La conversation a roulé tout entière sur les moyens d'assurer la réélection des Cinq et de grossir le camp de l'opposition constitutionnelle.

Ces jeunes gens paraissent bien décidés à arracher la direction du parti libéral à ceux qui l'ont détenue j usqu'ici et qui affichent la prétention de la conserver. M. Gambetta s'en est exprimé en termes très nets : il donne son approbation complète à la politique suivie

par les Cinq et il est d'avis qu'en dehors de cette politique il n'y a rien à faire ; elle est la seule qui puisse conduire à des résultats pratiques. Il a engagé ses camarades à se placer sur ce terrain, qui, suivant lui, offire une base réellement solide.

L*appui de ces débutants n'est pas à dédaigner. Au milieu des conflits qui se préparent et en présence des prétentions hostiles^ il est bon que nous ayons des défenseurs dans cette jeunesse ardente qui marche à la conquête de la liberté, sans préoccupation du passé et les yeux uniquement axés sur Tavenir.

12 janvier 1863.

Première séance du Corps législatif.

Le discours de M. de Momy renferme un passage qui mérite d'être cité, à cause des perspectives libérales qu'il laisse entrevoir :

Tout esprit impartial qui comparera le bilan de vos droits et de vos prérogatives an début de cette législature avec celui d'aujourd'hui, quiconque énumérera les lois qui ont été modifiées ou retirées par Totre loyale influence, sans crise et sans secousse, ne se refusera pas à reconnaître que votre rôle a été d'autant plus efficace et utile, qu'il a été eonciliant et modéré, et que cet échange de confiance et de con* cessions entre le Souverain et vous est à Thonneur et à la gloire des deox pouvoirs et au profit de tous les grands intérêts du pays. Espé*» rons aussi que le pays, dans sa sagesse, prolongera cette situation qui fait de la Constitution une œuvre inattaquable, parce qu'elle est perfectible, et qui, en favorisant rétablissement graduel de la liberté, asseoit d'une façon impérissable les fondements de la dynastie impérialeé

On a donné au Corps législatif notification de la naissance du prince Victor-Napoléon, fils du prince Napoléon et de la princesse Marie-Clotilde, bien que

29â l'opposition libérale sous l'empiw '"

cet événement ait déjà six mois de date. Cette communication a été reçue avec une indifférence affectée. Qui sait pourtant ce que l'avenir réserve à ce jeune Prince? Dans tous les cas, c'est une sécurité de plus pour la durée de la dynastie.

23 janvier 1863.

Jules Ferry m'envoie quelques exemplaires d'un Manuel électoral, œuvre collective d un certain nombre de jeunes avocats, ses amis. C'est un moyen de stimuler le zèle des électeurs et de leur indiquer la ligne à suivre pour. sauvegarder leur indépendance. Si les citoyens étaient bien pénétrés de 1 étendue de leurs droits et de l'importance de leurs devoirs, le système des candidatures officielles ne tiendrait pas un jour.

Pour donner à leur Manuel électoral une plus grande autorité, les auteurs ont provoqué l'adhésion d'un certain nombre de jurisconsultes aux solutions de droit qu'il contient. En tête se trouvent les noms de MM. Jules Fa vre, Emile Olivier et Ernest Picard, députés de la Seine, Puis viennent ceux de MM. Marie, Desmarest et Leblond, membres du Conseil de l'ordre, Dupont de Bussac, Sénard, Durier, Philis, Leven, avocats à la cour impériale; Baudoin, Hérisson, B. de Nalèche et Tenaille-Saligny, avocats à la cour de cassation.

J'ai réclamé la publicité de la Presse pour le Manuel électoral et surtout pour une instruction destinée à indiquer aux électeurs la voie à suivre pour se faire inscrire sur les listes. Rouy s'est montré peu empressé, et Girardin a gardé le silence. Je suis allé aux en-

I i jiy ■ ■■II- ■ ■ ■ —

fiMbf et j-'ai découvert que notre directeur politique n'a pas Tintention de prendre une part active à l'agitation électorale.

Ce serait une faute. La Presse, qui est le journal de la liberté, ne peut se désintéresser d'une lutte où c'est surtout la liberté qui est en jeu.

Je suis convaincu que Girardin ne se renfermera pas dans Tabstention. Ce n'est ni dans son tempérament ni dans sa tactique habituelle.

Cette réserve de Girardin me met dans une situation très fausse. Nos jeunes amis commencent à st^ demander ce que je fais à la Presse^ puisque ce journal refuse de se mêler à l'action. « Êtes-vous décido ment brouillé avec la Presse? » m'écrit ironiquement Ferry.

25 janvier 1863

Ernest Picard m'écrit:

Mon cher ami,

Nous envoyons à la Presse^ au Siècle, et à l'Opinion Nationale nne feUre pour nous mettre à la disposition des électeurs qui ont besoin de conseils et nous leur ouvrons notre cabinet d'avocat, Emile et moi, JQsqa'à la clôture de la revision des listes.

Gomme nous faisons là acte d'avocat, nous ne vous avons pas demandé

de signer. Nous vous en prèrenons, pour conserver la bonne habitude

de nous tenir an courant....

A vous.

E. Picard.

Je me suis plaint à plusieurs reprises de ce qu'on traitait les questions en dehors de moi, ne me faisant connaître les décisions prises que lorsqu'elles étaient déjà en voie d'exécution. On en agissait de même à l'égard d'Hénon. C'est sans doute pour écarter toute

294 l'opposition libérale sous L'EMpndi''-.',

susceptibilité de notre part que Picard m'a écftt ce billet. Dans le Manuel électoral, les noms de J. Favre, Ollivier et Picard figurent seuls, ce qui est tout naturel, puisque ces messieurs sont avocats et qu'il s'agiï de difficultés ayant un caractère juridique. Les malveillants n'en avaient pas moins conclu qu'une scission s'était produite parmi les Cinq et que décidément j'étais mis à l'écart par mes collègues.

Hier, au Corps législatif, le gouvernement a déposé im projet de loi portant ouverture d'un crédit de cinq millions en faveur des localités où Tindustrie cotonnière est en soufi'rance.

On me dit que ce projet a été inspiré par la demande d'OUivier de faire une conférence en faveur des ouvriers cotonniers. Le gouvernement aurait voulu enlever à l'opposition le mérite d'une initiative ayant un caractère populaire. Ce sont là des préoccupations bien mesquines ; mais elles sont dans l'esprit des gens qui nous gouvernent.

26 janvier 1863.

On a voté aujourd'hui au Corps législatif le crédit extraordinaire de cinq millions pour venir en aide aux ouvriers victimes de la crise cotonnière.

La commission avait choisi pour son rapporteur M. Pouyer-Quertier. Il n'a été fait aucune observation sur le projet de loi. Seulement M. David-Deschamps a fait la remarque qu'une souscription nationale, qui est ouverte dans le Moniteur y porte ce titre restrictif: Souscription en faveur des ouvriers de T industrie cotonnière de lu Seine-Inférieure.

Apposition libëhals sols i.'kmhiik 393

J'ignore si M. David-Deschamps a voulu faire une niïiice; mais ce que je sais bien, cVst que ce sont les filateurs de la Normandie qui ont demand6 que l'Etat rint au secciurs de leurs ouvriers; ils prétendent qu'ils sont hors d'état de les faire travailler.

n y a eu à ce sujet entre les fliateurs de l'Alsace et les manufacturiers normands une polémique qui a tourntS â la confusion de ces derniers. Il a été démontré que la filature normande avait bien moins songé aux moyens d'occuper ses ouvriers qu'aux opérations sur les cotons auxquelles pouvait donner lieu la rareté de cette matière première. Ils n'ont pas imiti^ les industriels alsaciens qui ont fait tous leurs efforts pour maintenir leurs ateliers en aclivîti' et pour donner du travail à leurs ouvriers.

J'ai pris part à cette polémique et j'ai choisi pour auxiliaire dans cette campagne mon jeune ami, Jules Ferry, ce qui m'a permis de lui ouvrir enfin les portes Je la Presse. Les manufacturiers de Mulhouse m'avaient fourni des documents, tendant à prouver qu'avec un peu de patriotisme, les chefs d'industrie auraient pu, ilans une certaine mesure, conjurer les effets de la crise. Il m'en a cuit. Les agioteurs cotonniers m'ont fait attaquer par le Temps de la façon la plus outrageante. L'auteur de l'article a poussé la violence jusqu'à " me renvoyer à mes électeurs, «jugeant sans lioute que c'était un acte de haute trahison que de rechercher les moyens de donner du travail à 150,000 ouvriers qui meurent de faim, quand il est démontré ([ue la charité publique menace de devenir impuis- «uite !

296 l'opposition libérale smis l'empire ,

Nos raisons n'ont point prévalu. Les manufactu- , riers normands Font emporté dans les conseils du gouvernement. Au lieu d'imiter les industriels du Lancashire qui ont fait des sacrifices énormes pour atténuer la crise, on a fait appel à la munificence de rÉtat et à la charité des particuliers. L'Empereur s'est inscrit le premier en tête de la liste de souscription.

Le vote des cinq- millions porte un grand coup aux tentatives de l'Alsace.

C'est de l'économie politique à rebours.

29 janvier 1863.

Réunion chez Ollivier.

Nous avons arrêté les points principaux sur lesquels porteraient nos amendements à l'adresse. Mais on s'est surtout entretenu des petits intrigues qui se forment pour nous arracher la direction des élections générales.

Au bout de six ans, nous nous retrouvons en face des mêmeshommes qui ont combattu l'opposition légale, avec cette différence qu'en 1857, ils se renfermaient dans l'abstention, tandis qu'en 1863, ils consentent à prendre part 'à l'action. Ils se sont arrêtés à une combinaison bizarre: ils ne veulent pas de candidatures pour leur propre compte, parce qu'ils persistent dans le refus du serment ; ils ne réclament que le droit de former le comité qui choisira des candidats et qui les appuiera auprès des électeur^.

Ce serait un comité d'action dirigé par des abstentionnistes.

Les jeunes avocats qui ont rédigé V Instruction et le Manuel électoral, et, à leur tête, se trouvent J. Ferry et Gambetta, s'élèvent avec force contre cette prétention ridicule. « Nous ne datons pas de 1848, disentils; autre temps, autres idées. » Je ne crois pas que les vieux, comme on les appelle, rencontrent de ce côté beaucoup d'auxiliaires.

Pour attirer des adhésions au comité qui est en projet, on fait naturellement le procès aux Cinq. On ne les trouve pas assez énergiques. « Il nous faut des bougres qui engueulent TEmpire et l'Empereur et qui soient déterminés à se faire empoigner, » a dit Guinard à Langlois qui m'a rapporté le propos.

Picard et Jules Favre trouvent généralement grâce aux yeux de ces messieurs. Picard, parce que ses taquineries les amusent; Jules Favre, parce que c'est un ancien de 1848. Mais Ollivier et moi, nous ne sommes plus bons à jeter aux chiens.

On reproche à Ollivier de montrer pour M. de Momy une complaisance qui va, dit-on, jusqu'à la condescendance. On rappelle le silence qu 'Ollivier a gardé, quand M. de Morny est venu déclarer qu'il avait cru devoir efifacer d'un de ses discours les mots: moi qui suis républicain^ ce qui transformait en une adhésion pure et simple à TEmpire de simples paroles d'encouragement.

Quant à moi, mon procès est fait depuis 1857, et il s'agit tout simplement de me livrer au bras séculier. Je*me suis séparé de Proudhon sur la question da serment, et cela suffit pour constituer un grief aux jeux de ces gens qui détestent Proudhon et qui ne laissent

.échapper aucune occasion de lui adresser des injures. De plus, je vois le Prince Napoléon; je suis un des habitués du Palais-Royal, et bien que je n'y rencontre jamais que des hommes dont les sentiments républicains sont indiscutables, je n'en dois pas moins être considéré comme une brebis galeuse et être retranché du troupeau.

On a mis en circulation contre moi une imputation abominable. On prétend que je ne prends jamais la parole. Certains journaux ont inventé un mot qu'ils voudraient bien faire prendre au sérieux ; ils m'appellent le muet des cinq, Hereusement les faits sont là qui démentent leurs allégations.

Mes discours sont au Moniteur ^ et on ne peut pas les effacer.

Ollivier m'a prévenu que cet injuste reproche avait fait son chemin parmi nos jeunes amis : « Profitez de toutes les occasions, m'a-t-il dit, pour parler pendant cette session ; ce sera le moyen le plus sûr de couper court à ces propos absurdes. »

Je ne m'émeus pas outre mesure des attaques dirigées contre moi. Il n'y a qu'une chose qui m'agace, c'est qu'on choisit mes meilleurs amis pour me faire parvenir toutes sortes d'avis malveillants. C'est le candide Langlois qu'on choisit habituellement pour cet office. Il s'en acquitte du reste avec un grand zèle. Il me rapporte fidèlement tout ce qui se dit de désagréable sur mon compte, tout en protestant de son amitié et de son dévouement.

Nous n'avions aucune résolution à prendre, puisque nous étions d'accord sur tous les points. Nous nous

l'opposition libérale sous l'empire S99

sommes ajournés à samedi pour rédiger définitivement nos amendements à l'adresse.

30 janvier 1863.

Comité secret.

M. de Momy a donné lecture du projet d'adresse. Le paragraphe final relatif aux prochaines élections a été accueilli assez froidement. Est-ce à cause de la phrase libérale qui le termine ?

Ce paragraphe rédigé, dit-on, par M. de Momy luimême» est ainsi conçu :

Encore quelques mois, et la France sera appelée k élire une nouvelle Chambre. Nos personnalités s'effacent et disparaissent dans ce grand acte national ; ce que nous souhaitons, c'est que le pays réponde à la confiance que vous mettez en lui. Nous avons le ferme espoir qu'il en sera ainsi. La population, de plus en plus sensible aux bienfoits et à la gloire de votre règne, voudront en assurer la continuation à elles et à leurs enfants. Elles porteront leur préférence sur des hommes en qui s'est fortifié, comme dans le cœur de la France, la pensée qui vous a élevé au trône, et ses successeurs n'auront plus qa'k achever au milieu des générations nouvelles, étrangères aux dissentiments des partis, Tœuvre que nous avons commencée et dont rmûqne but a toujours été Valliance de votre dynastie et delà liberté.

On a tout naturellement rapproché ce paragraphe du passage suivant du discours prononcé par l'Empereur le 25 janvier à l'occasion de la distribution des récompenses aux exposants de Londres :

Vous ayez dû être frappés en Angleterre de cette liberté sans restrictions laissée à la manifestation de toutes les opinions comme au développement de tous les intérêts. Voilà à quelles conditions existent en Angleterre cette merveilleuse activité, cette indépendance absolue. La France y parviendra aussi le jour où nous aurons consolidé les bases indispensables à l'établissement d'une entière liberté. Travaillons donc de tous nos efforts à imiter de si profitables exemples.

300 L*OPPOSlTiON LIBÉRALE SOUS L'fiMPlH£

On prétend qu'en faisant de la liberté, le dernier mot de l'adresse, M. de Morny n'a fait que répondre à l'appel de l'Empereur.

Le président a fait suivre la lecture du projet d'adresse d'une série d'observations fort importantes au point de vue de la procédure.

Il voudrait que la Chambre renonçât à la discussion générale dans l'intérêt de sa propre dignité. Il a beaucoup insisté pour que les orateurs se renferment strictement dans le point spécial qui fait l'objet de leur discours. Il a demandé qu'on renvoyât à la discussion du budget les menus faits qui ne sont pas du domaine de l'adresse et qu'on s'en tînt aux grands traits de la politique. Enfin, une dernière observation qu'il a cru devoir faire, c'est qu'avant de produire un fait à la tribune, on veuille bien en prévenir le ministre chargé de répondre. « Ce sera, a-t-il ajouté, le moyen d'éviter le retour des incidents regrettables dont nous avons été témoins l'année dernière. s>

Toutes ces observations sont fort justes ; mais je doute que M. de. Morny réussisse à donnera la discussion de l'adresse une allure plus vive et plus rapide; à l'approche des élections générales, les orateurs de l'opposition tiendront à mettre en relief les côtés faibles du gouvernement. Chacun voudra dire son mot, afin de se faire valoir auprès des électeurs. M. Morny s'y prend du reste un peu tard pour faire renoncer la Chambre à des habitudes pernicieuses : le pli est pris.

La discussion de l'adresse a été fixée au 4 février.

31 janvier 1863.

Nous nous sommes réunis chez M. J. Favre pour arrêter nos amendements au projet d'adresse.

Tout en nous renfermant, comme nous l'avons fait jusqu'ici, dans les réformes immédiatement applicables, nous avons cru devoir accentuer plus fortement DOS revendications libérales.

Ce n'est pas seulement un programme électoral que nous avons rédigé, c'est un véritable programme de gouvernement.

J'ai insisté auprès de mes collègues pour qu'au nombre des réformes réclamées par les Cinq se trouvât l'abrogation des dispositions du Code pénal sur les coalitions. Cette question a pris dans les ateliers une importance capitale. Aussi, dans les rapports des ouvriers envoyés à l'Exposition de Londres, le droit pour les patrons et les travailleurs de débattre librement les salaires, est placé en tête des réformes urgentes.

C'est Picard qui s'était chargé de la rédaction de l'amendement; mais pendant qu'il était en train de chercher une formule, j'ai présenté le paragraphe suivant qui a été adopté :

Les principes nouveaux, consacrés par les traités de commerce, entraînent comme juste compensation les droits pour les ouvriers et poiir les patrons de débattre librement leurs salaires. Les dispositions du Code pénal sur les coalitions doivent être abrogées.

L'entente la plus parfaite a régné parmi nous. Jules Favre n'a pas fait la moindre objection. L'amendement relatif à la question romaine s'éloigne cepen-

302 l'opposition libérale sous l'empire ^^h

dant beaucoup de ses idées. Ollivier, qui l'a rédigé séJîM borne à demander que Rome soit rendue aux Romainaj|t C'est écarter le projet de Rome-capitale que J. Favre^,a constamment soutenu. ^r

Si c'est lui qui développe l'amendement, il y aun|i un parfait contraste entre son discours et la ifo&n tique nouvelle affirmée par les Cinq. f^ i

Nous avons immédiatement envoyé nos amendementi^^ aux journaux, afin qu'il reçoivent la publicité la pliii?^ prompte et la plus étendue. >

4 février 1863. ^

Commencement de la discussion de l'adresse.

M. de Morny n'a pas obtenu tout à fait ce qu'il i voulait ; il y a eu une discussion générale. Mais outre ? qu'elle a été fort courte, les discours de MM. Plichon : et Kolb -Bernard ont réellement porté sur les points principaux de la politique gouvernementale.

Il est assez remarquable que les attaques les plus vives dirigées contre le gouvernement impérial vien* nent cette année des hommes de la droite, de ceux qui ne cessent de protester de leurs sentiments dynastiques.

M. Plichon a fait de la politique intérieure un tableau saisissant de vérité qui lui a attiré à diverses reprises les interruptions des membres de la majorité. Quand il a reproché au gouvernement « de chercher à écarter certains députés que le pays désire en faveur de certains autres qu'il ne désire pas, » il y a eu une véritable explosion de co-lère.

— Nous sommes tous indépendants ! s'est-on écrié de tous les côtés de la Chambre.

— Monsieur Plichon, a dit M. de Morny, vous ne pouvez pas prétendre au monopole de l'indépendance.

M. Plichon s'en est tiré en homme d'esprit : « Je croîs, a-t-il répliqué, que tout le monde est indépendant dans cette enceinte. » Et il a poursuivi son dis- . cours de cette voix perçante qui s'impose aux oreilles ks moins attentives.

H est fâcheux que M. Kolb-Bernard lise ses discours : il a un organe sourd et un débit monotone ; il n'y a que ses voisins qui l'entendent distinctement. Son argumentation pressée et substantielle n'a produit aucun effet. Il a passé en revue tous les actes de notre politique extérieure, et il en a montré l'incohérence. On ne l'a pas écouté.

C'est encore un orateur de la droite qui a ouvert la discussion sur le paragraphe premier de l'adresse. M. Anatole Lemercier, député de Saintes, date du coup d-État. Il a fait partie de cette commission consdtative qui, après le Deux-Décembre, fut substituée dictatorialement à l'Assemblée législative dispersée par la force et au Conseil d'État dissous. Jusqu'en 1858, il s'est associé à toutes les mesures antilibérales qui ont fait le fond de la politique impériale. Mais quand le gouvernement a présenté la loi de sûreté générale, il a refusé de le suivre, et il a été un des vingt-quatre députés qui ont voté contre cette loi. C'est lui qui, au début de la guerre d'Italie, a forcé le gouvernement de prendre l'engagement de respecter et défaire respecter l'indépendance du Saint-Siège.

^4 l/OPPOSlTION LIBÉRALE SOLS l'eMPIRE

Il a été Tun des trois signataires de la famdiu protestation contre la politique suivie en Italie, pn testation qui a irrité si profondément l'Empereur.' '. y a là plus de motifs qu'il n'en faut pour être clasi parmi les députés opposants. Aussi, la faveur gouTM nementale s'est-elle retirée de M. Anatole Leu^ cier; il est combattu dans sa circonscription av0 plus d'acharnement que ceux qui se déclarent netla ment les adversaires de la dynastie.

Le discours du député de Saintes a été plein d'amer tume. C'est le langage de l'amant qui regrette m maîtresse infidèle. Je ne trouve rien à répliquer à C0 argument :

Que sommes-nous ? des contrôleurs en finances et des conseillers M politique. Le 24 novembi*e, l'Empereur nous a dit : donnez-moi voiri opinion, franchement, sincèrement, loyalement. C'est ce qu'ont fait cet députés contre lesquels il se fâche aujourd'hui. C'est illogique.

OUivier a relevé le débat que M. Anatole Lemercier avait légèrement abaissé au niveau d'une question personnelle. Il a tracé à larges traits le tableau de la politique suivie par l'Empire depuis six ans. H l'a caractérisée d'un mot :

La prétention du gouvernement n'est pas de marcher, quand nous demandons qu'il coure; sa prétention est de marcher à la fois dans deux routes qui sont opposées l'une à l'autre. Or, cela est impossible.

Quant à la conduite à adopter, Ollivier l'a indiquée en termes énergiques :

L'Empire a d'abord été un gouvernement absolu, aujourd'hui l'Empire est un gouvernement contradictoire. Je lui demande de devenir un gouvernement régulier et constitutionnel.

A la fin de son discours, parlant au nom des Cinq,

l'opposition libérale sous l'kmpihr 305

OUivier a tracé nettement le programme que nous comptons adopter et présenter à Tacceptation de nos H électeurs.

Ma dernière parole est uu retour attristé sur les ctrorls infructueux -f» noas avons faits depuis six ans pour défendre les principes aux- ( foete notre pays doit revenir. Nous espérons que l'épreuve des élecliais "prochaines marquera un pas décisif dans cette voie. C'est notr6 «pérance ; nous ne demandons pas au pays après avoir tant supporté et ne plus rien supporter. Nous le convions à l'œuvre de l'émancipation constitutionnelle, nous rengageons à bien se rappeler que quand OQ a sous la main des moyens légaux, il y a quelque chose de plus

r prudent que d'attendre la liberté, c'est de la prendre ; de se rappeler coin que si s'opposer toujours est de la mauvaise foi, approuver

V quand même est erreur, faiblesse et mauvais calcul. Ni opposition ^stématique, ni appi*obation continue, mais la justice et Tindépendanee pour être digne de la liberté!

En sortant du Palais législatif, nous avons été fort entourés par les jeunes gens qui forment notre cori tège habituel. La discussion a été très vive et s'est ^ prolongée jusque dans le jardin des Tuileries. La I déclaration d'OUivier avait soulevé certains scrupules ; dans Tesprit de quelques-uns de nos amis. Mais le '" plus grand nombre approuvaient ce langage si honnête et si politique.

Gambetta et J. Ferry acceptaient sans réserve. — Il n'y a que des ramollis, a dit Gambetta, qui puissent, les circonstances étant données, conseiller une autre attitude.

Et comme personne ne voulait passer pour ramolli, nous avions à peine atteint la rue de Rivoli, qu'il ne s'est plus trouvé un seul dissident.

;: sous l bmpibk

5 février 1BG3.

Continuation de la discussion de l'adresse.

Toujours In, question des députés de la droite élim^ nés de Icufk circonscriptions pour cause d'oppositi à la politique impériale. M, le baron de Jouvenel, porteur de la dotation Palikao, a fait entendre di paroles fort dignes sur « certains procédés adminisi tifs qui semblent engager au sujet de sa personne question de liberté parlementaire. " M. le baron .louvenel est traité dans la Corrèze ni plus ni moii que s'il était un véritable ennemi,

M. Baroche, répondant à Ollivier, a combattu l'f dément des Cinq sur \o paragraphe 2 de l'adresse (1 bertés intérieures). Le résumé de son discours, que tout est bien dans le meilleur des gouvernements po,ssibles : la presse est libre, les électeurs sontlibres, la Chambre est libre, tout le monde est libre, et onaa sait vraiment pas do quoi Ti ippo-sition aurait à sfr plaindre. i

Le président du Conseil d'I-Itat convient cependant' que, si l'on renonçait aux candidatures officielles et au décret-loi du il février 1832, l'Empire se trouverait en péril. Aussi conclut-il à l'ajournement des réformes :

L'bonorable M. Ollivier, a-(-il dtl, est an homme prrailement aérim; ! il crait tout ce qu'il dit. Je lui réponds donc : Piiisi^a vos puroles^ont sincères, puisque voua crojeï k ce que vous aver. dit de l'odminiWB sitnalioD acquise pai- le gouvernement pendant ces douze années : l'anorcbie vaincue, les masses si excitables decennes dociles pai> Ibo»' fiance, la djnaslie solidement assise ; puisque vous croyei à ce DUgni- Qque tablRou que vous avez tracé, pourquoi donc voalei-vous ^unger la marche d'un eonvememenl qui a établi i)n étal de cboseï sï bdU?

l'oppositiom libérale sors l'empibe

La réplique d'Ollivior i^tait tout indiqu'^e.

L'Empereur n'a psa dit comme vous qu'il fallait s'orrfili'i' dans la béatitude et la conteaplatioa; il a ilit qu'il voulait un t'oa^crncmenE fort pour le couronner par la liberté. 11 nous a annoncé depuis longtemps ce couronnement de l'édiflce. Si votre force est ce que voua (Ules, le moment n'esl-il pus venu détenir cette promesse? — -Ne vous laissez pas elliflyer par la crainte de révolutions. Les révolutions sont DU mal, oui, je !e reconnois; elles sont un mal parce qu'elles sont le désordre et qu'elles sont surtonl un tenible inconnu. Mais qnel» sont les véritables auteurs des n^olntions? Ce ne sont pas ceui ijui Ii>a aecemplissent, ce sont ceux qui, par leur résistance obstinée, 1>^ reiirtenl m

M. Baroche, dans son discours, a reproche aux Cinq d'avoir livré leurs amendements aux journaux avant qu'ils eussent été communiques à la Chambre, Nous ne croyons pas avoir en cela outrepassé notre droit; aucun article de règlement n'interdit la publication des amendements; nous avons fait connaître les nôtres dans le plus bref délai possible, afin que des citoyens plus intéressés dans la question que les députés, sachent bien qu'ils trouveraient, comme toujours, sur les bancs de la gauche des défenseurs de leurs aspirations et de leurs espérances.

MM. Giiyard-Delalain et Jules Favre ont fait entendre quelques paroles généreuses en faveur de la Pologne. M Billault a répondu que les Polonais avaient plus à attendre des sentiments libéraux du Tzar que des tentatives insurrectionnelles.

H C'est la contre-partie du mot fameux -.L'ordre règne à Varsovie! s'est écrié Jules Favre o au grand scandale de la majorité.

On a voté le paragraphe 3 de l'adresse.

308 l/oPPOSITlON LIBÉHALE SOUS l'emPIRB

6 février 1863.

Les commérages au sujet des divisions qui poH raient s'élever entre les Cinq continuent, si j'en jug4 par ce passage d'une lettre que je reçois de Proudhon :

J'apprends... que vos collègues du Corps législatif se montrent pour vous, et qu'ils entendent ne pas se séparer de vous dans les éleetk Quoi que je pense en mon particulier des élections, je sais gré à' messieurs de vous rendre justice, et je ne vous cache pas que cela! vaudra quelque chose dans mon et^rit.

J'avais demandé à Proudhon les bonnes feuilles d sa brochure Le principe fédératift afin d'en donner d«É extraits dans la Presse : -^

Je n'ai pas de bonnes feuilles, me répond-il, tout est composé, oorri|^ par moi, et en ce moment à la censure de Timprimeur et de l'éditeoiv

Voilà qui jure singulièrement avec les déclarations^ optimistes de M. Baroche.

On a discuté au Corps législatif le paragraphe 3 de l'adresse et l'amendement des Cinq relatif au Mexique.^ Les faits exposés par Picard et Jules Favre sont écra-, sants; c'est la preuve la plus éclatante de la duplicité du gouvernement qui avait promis de ne pas intoiTenir dans les affaires intérieures de ce pays et qui, à l'heure présente, est en train d'installer au Mexique un gouvernement monarchique dont le titulaire, malgré toutes les dénégations, serait l'archiduc Maximilien. On n'a pas trop compris l'intervention de M. Jérôme David dans cette discussion épineuse, à moins que, suivant son habitude, il n'ait voulu prendre le contre-pied de ce qu'on pense au Palais-Royal ; le

ice Napoléon ne se gêne pas pour condamner tout

itTaventure mexicaine; c'est sans doute la raison

laquelle M. Jérôme David croit devoir la sou-

7 février 1863.

La question du Mexique agace tout particulièrement gouvernement. Ne pouvant l'éliminer des débats la Chambre, il cherche à la retrancher de la dision de la presse. Aujourd'hui, le messager ordidu ministre de l'intérieur, celui qu'on appelle au jabot y s'est présenté dans nos bureaux et a déclaré que le ministre priait les journaux de ecter l'article 42 de la Constitution et de s'abstede toute appréciation des débats législatifs. La nhne démarche a été faite auprès de nos confrères. On ne s'en est pas tenu là. Girardin m'informe que Idqs les rédacteurs en chef ont été convoqués chez le «inistre de l'intérieur et qu'on les a menacés des [ pénalités les plus rigoureuses, s'ils ne se renfermaient ! pis strictement dans les limites du compte rendu officiel, n ajoute :

liberté réglementée ! idéal de Prévost-Paradol ! Ce malin le Journal (ki Débats ne souffle mot... Quelle force de résistance contre l'arbitnire! C'est exemplaire... Je suis d'avis que la Presse laisse faire le slenoe aujourd'hui pour le constater demain. Qu'en pensez-vous?

Ce que je pense, c'est qu'il faut mettre au plus vite le gouvernement en demeure de s'expliquer.

Je comprends maintenant pourquoi M. Billault, ayant à répondre à Jules Favre, a tenu à renvoyer son discours, au lendemain. Il comptait remplir toute la

séance, empêcher l'opposition de parler de nouveau, et, en interdisant aux journaux de discuter, faire l'obscurité sur les origines de la guerre du Mexique.

Les explications de M. Billault ont, en effet, porté en grande partie sur l'affaire des bons Jecker, qu'il prétend n'avoir été pour rien dans la déclaration de guerre et dans la rupture de la convention de la Soledad.

Malgré ses efforts pour traîner la discussion en longueur et malgré une interruption de séance de plas de vingt minutes, le ministre de la parole n'a pu réussir à faire taire Jules Favre.

La fin de la séance a présenté un véritable scandale. A un moment, les cris avuv vêix! étaient si multipliés et si persistants que l'orateur a cru devoir se rasseoir. Il n'en a pas moins dit ce mot décisif, c'est que la créance Jecker était si bien le véritable motif de la guerre que, par une faveur spéciale, on avait inséré précipitamment au Bulletin des lois des lettres de naturalisation conférées au banquier Jecker pour donner à sa créance le semblant d'un intérêt français.

Comme le gouvernement tenait à rendre la Chambre solidaire de sa politique, il a fait demander le scrutin par dix membres de la majorité sur l'amendement des Cinq. L'amendement a été naturellement rejeté par 245 voix sur 250 votants.

C'est un triomphe qui coûtera cher à la Chambre» On le verra bien aux élections prochaines.

M. de Morny a conduit la discussion avec une partialité véritablement révoltante. Il a eu pour l'opposition des paroles qui frisaient de près l'injure, l'accusant

< d'avoir, dans cette affaire, indignement calomnié le gouvernement et les hommes qui l'entourent. » Quand Jules Favre, fatigué des interruptions de commande dont il était assailli, a renoncé à la parole, bien loin de Teucourager à la reprendre, le président, donnant raison aux abojeurs de la droite, a insinué qu'il avait fatigué la Chambre. C'est lui, enfin, qui a provoqué le vote au scrutin, vote dont le résultat était prévu d'avance, puisqu'il est difficile, dans les circonstances actuelles, à un député dévoué de se séparer du goavemement. Personne ne tient à partager le sort des Jouvenel et des Lemercier.

— Moruy s'est trop mouché, m'a dit un de mes voisins; il est décidément plus morveux qu'on ne le pensait.

Ja sais, en effet, par les confidences de ses amis que cette discussion lui a été fort pénible.

Le Moniteur a publié une note qui renouvelle les interdictions faites verbalement à la presse au sujet de la discussion des comptes rendus. Le gouvernement a obtenu le résultat qu'il poursuivait; on s'est abstenu de discuter la question du Mexique et d'éplucher le discours de M. Billault.

Je suis arrivé à la Chambre quelques minutes avant l'ouverture de la séance, et j'ai eu la chance de trouver à la bibliothèque Picard et OUivier, Je les ai mis en peu de mots au courant de la démarche officielle Avait été faite auprès des rédacteurs en chef des

312 l'opposition libérale sous l'empirk

journaux. C'est Picard qui s'est chargé d'interpeller le gouvernement.

M. de Morny Ta laissé parler. Il s'agit de la dignité de la Chambre, à laquelle on porte atteinte en restreignant la discussion de nos débats, et le président n'est pas fâché, bien qu'il ait eu le bénéfice de l'interdiction, de faire une petite niche à M. de Persigny, dont la politique autoritaire lui répugne. Il tient, du reste, à regagner les bonnes grâces de la Gauche qui lui en veut de la partialité qu'il a montrée pendant la séance de samedi. Il se borne à faire remarquer à Picard, quand celui-ci a fini, que ses observations auraient pu trouver place à un autre moment.

Baroche a esquivé la réponse par une échappatoire.

C^est, a-t-il dit, une interpellation qui est adressée au gouvernement par un usage qui n'est pas actuellement le nôtre, mais que nous avons vu exister précédemment. Au reste, a-t-il ajouté, la note insérée au Moniteur ne peut devenir en aucune manière l'objet d'une explication dans la Ciiambre. C'est une question de droit, de légalité, d'interprétation de la Constitution.

— Voilà, ai-je dit à Ollivier et à Picard, une belle occasion de porter la question au Sénat, seul interprète de la Constitution.

— En votre qualité de journaliste, il vous est loisible de le faire, m'a répondu Ollivier; mais un simple député ne doit pas adresser une pétition au Sénat, ce serait une diminution du droit parlementaire.

— Eh bien ! j'agirai comme rédacteur de la Presse.

— Dans ces conditions, votre démarche est régulière; elle forcera le gouvernement à donner les explications qu'il nous refuse, et elle contribuera à l'éclair-

L'oprosmoR ubéralb sous i'kupihe

cissement d'une question que l'administratioa a iotérêt à laisser sans solution.

On a entamé la (discussion du paragraphe del'adresse relatif à la question romaine. La commission a adopté une rédaction fort équivoque :

Le Corps légiïlutiC vons approuve, Aire, de teuir d'ooe main ferme ta boianue égale enU'e les deux grands inlèréts qui a'agiteDt eu Italie.

On a fait remarquer avec raison que ces paroles pouvaient être interprétées de deux manières : les uns comprennent que la commission a entendu appuyer également l'unité italienne et l'indépendatici,' de la papauté; les autres pensent et espèrent que la commission a simplement voulu remercier l'Empereur de ce qu'il protège * avec une égale sollicitude » l'indépendance de l'Italie et du Saint-Siège. La commission a dû s'expliquer. « La France, a dit son rapporteur, M. O'Quin, ne doit pas Rome aux Italiens; un grand intérêt politique et religieux lui commande de maintenir Rome au Saint-Siège. ••

Cette réponse de M. O'Quin a fourni à Jules Favre le thème de son discours.

Elle laisse, a-l-ïl dit, encore attendre In solutiuri que ddus eherchone loua et ne répond paa d'une manière précise à la question qui avait été

Après avoir tracé ua tableau vigoureux de la situation, Jules Favre a posé au gouvernement ces questions pressantes :

Oh en êtes-voii!)? (Ju'espérei-ï ous ? Que sont cei réformes dont on parle? En quoi t outillent -elles â la prouesse que voua avez fiite deconsulter es populalions? Vous ne pouvez pas lej abaadunner au régime dB droit divin »ans lex ntoir l'onfilllpes !

314 l'opposition libéraue sous l'ebipire

Demaia on entendra M. Keller. Il s'est fait autour de M. Keller une légende qui court les sacristies. Ce n'est pas un orateur, c'est un envoyé du ciel. Peu s'en faut que, dans un certain monde, on ne considère ses discours comme des inspirations du Saint-Esprit. C'est véritablement le lion du jour.

J'ai rédigé une pétition au Sénat pour lui demander un sénatus-consulte interprétatif de la Constitution au sujet des comptes rendus.

10 février 1863.

A M. Emile de Girardin.

Je ne sais pas, mon cher ami, ce que vous penserez de la séance d'aujourd'hui ; elle me semble à moi fort édifiante. Il me paraît évident que sur cette question de Rome, le gouvernement ne sait pas encore à quel parti s'arrêter et qu'il éloigne de plus en plus le moment où il devra prendre une résolution définitive.

Keller avait posé la question en termes très nets :

En présence des grandes questions, assoupies mais non résolues, il importe, avait-ii dit, à nuire dignité autant qu'à ceUe da gouTerne^ ment que les grands principes auxquels on compte faire appel soient bien précisés. Ce sont ces principes et non quelques lieues carrées de terrain qui restent en cause en Italie. Malgré la lassitude, malgré le vague désir d'en finir, personne ne croit que le statu quo soit une solution définitive.

Je laisse de côté la réponse faite par Granier de Cassagnac au nom de la commission de l'adresse. Ce sont là des arguties dépourvues de toute autorité ; il ne s'agit pas de la politique que la Chambre approuve, mais de celle que le gouvernement veut suivre. Granier

l'opposition libérale sous l'empire 3to

de Cassagnac triomphe facilement de Jules Favre; seulement des réfutations si violentes qu'elles soient ne peuvent remplacer les opinions absentes.

Enfin, M. Billault a pris la parole et se posant carrément entre les deux partis extrêmes, il a abordé la question avec une franchise toute pleine de promesses. On Ta écouté avec une religieuse attention. On attendait, à travers ce flot de déclarations sur la politique impériale, la phrase décisive, celle qui mettrait fin à toutes les incertitudes et qui montrerait le but qu'on poursuit. Elle est venue, cette phrase décisive, et elle renferme un aveu d'impuissance :

Qa'ane combinaison libérale soit trouvée, à dit M. Billault, qu'elle satisfasse à la fois aux droits du Saint-Père, aux désirs de lltalie et à la liberté des citoyens romains; qu'on la cherche; je ne la crois pas impossible.

On tombe de son haut, quand on entend un orateur du gouvernement donner pour conclusion à un discours sérieux une phrase qui serait bien placée dans la bouche de Bilboquet.

M. Billault qui a étudié profondément la question, son discours le prouve, sait mieux que personne que cette combinaison qu'il espère est restée jusqu'ici introuvable. Cette combinaison, il y a quatre ans que tour à tour l'Empereur, M. Walewski, M. Thouvenel, M. Drouyn de Lhuys la cherchent et si elle avait existé, ils l'eussent certainement découverte.

La tâche d'OUivier, qui a répondu à M. Billault, était facile ; il a mis à néant d'un seul mot toute l'argumentation si péniblement échafaudée par le ministre de la parole ;

Que le gouvernement, a-t-il dit, accepte donc nettement la situation. S'il Tcut rester à Rome, qull y reste sans prétention, avec simplicité; qu'au lieu de nous présenter des espérances qui ne se réaliseront jamais, il dise : La question romaine est close ; nous resterons à Rome en 1863 comme en 1849, à attendre les événements dont nous nous déclarons inhabiles à prévoir et à dissiper le cours.

M. Billault ne s'attendait pas à ce coup droit. Il a fait mine de se lever pour répliquer; mais il s'est rassis aussitôt en faisant au Président un signe que celuici a considéré comme un désir de voir la discussion se clore. Aussi quand M. Conseil s'est levé pour parler, M. de Morny lui a dit un peu brusquement : « Je crois que vous feriez bien de renoncer à la parole, » et la clôture a été prononcée.

L'amendement des Cinq a été naturellement rejeté. La Chambre a adopté la rédaction équivoque de la commission. C'est l'occupation indéfinie de Rome par une armée étrangère.

Je joins à cette lettre la pétition que j'adresse au Sénat sur la question des comptes rendus. Peut-être aurais-je dû me borner à prendre ma qualité de rédacteur de la Presse; mais j'ai cru qu'en y joignant mon titre de député de la Seine, je forcerais le Sénat à prêter une plus grande attention à la mise en demeure que je lui adresse.

Vous verrez s'il est utile de reproduire cette pétition dans la Presse^ ou s'il vaut mieux attendre la discussion du Sénat.

Mes meilleurs sentiments.

Alfred Dârimon.

l'opposition libérale sous l'empirk 317

li féyrier 1863.

Les secrétaires-rédacteurs ont introduit dans le iKscours d'OUivier une phrase qui en dénature complètement le sens; Ollivier semble donner à l'Empereur te conseil de rester à Rome, ce qui est le contraire de sa pensée. En rectifiant l'erreur commise, il a présenté quelques observations sur la forme donnée au compte rendu analytique, ce qui a amené M. de Morny à prendre la défense des secrétaires-rédacteurs que personne ne songeait à mettre en cause.

J'ai développé l'amendement des Cinq sur l'abrogation des articles du code pénal relatifs aux coalitions. Après l'acte de clémence dont ont été l'objet les ouvriers typographes condamnés pour délit de coalition, on s'attendait à voir le gouvernement proposer la réforme de la loi de 1849. Le bruit avait couru que le Conseil d'État allait être saisi d un projet de loi. Mais Picard s'étant avisé de dire : « L'a-t-il été ?» M. Baroche lui a repondu: «Non. Nous ne sommes saisis d'aucun projet de loi » Et pour qu'il ne restât aucune espérance, il a ajouté : « Il n'y a pas de loi en préparation ; la loi actuelle est et demeure en vigueur, et il y aurait danger à la discuter et à l'attaquer. »

Après une pareille déclaration, toute discussion était impossible. "Aussi quand M. Morin (de la Drôme), un des auteurs de la loi de 1849, a voulu prendre la parole, on lui a fermé brutalement la bouche et la clôture a été prononcée.

Nous avons laissé à Hénon le soin de défendre l'amendement réclamant pour Lyon et pour Paris un

conseil municipal élu et indépendant. C'est Jules Favre qui s'est chargé de développer ramendemént relatit aux circonscriptions électorales.

Il y avait à provoquer les explications de l'administration sur ce fait étrange qui résulte de toutes les statistiques, c'est que le nombre des députés n'est pas en rapport avec la population et que Paris notanunent perd un député, quand au contraire il devrait en avoir six de plus.

On s'attendait à voir se lever M. Baroche. C'est M. du Mirai qui a répondu. Il n'avait du reste pas pour mission de réfuter les calculs accablants auxquels s'est livré Jules Favre ; il s'est borné à défendre le système des candidatures officielles auquel il avait été fait une légère allusion. Nous avons été témoins d'une scène grotesque, celle d'un député venant, du haut de son siège, mendier l'appui de l'administration. Je ne crois pas que jusqu'ici dans aucune Chambre française on ait entendu des paroles de ce genre :

A une autre époque, j'ai pu être reconnaissant au gouvernemeat de ce qu'il a appuyé ma candidature; je ne sais si je suis encore destiné à obtenir cet appui, je n'aijamaîs posé cette question (Rires. Une voix: La voilà posée!) mais je n'hésite pas à dire que si, aux élections prochaines, j'obtenais encore cette recommandation, j'en serais non pas seulement heureux, mais très fier.

On a renvoyé la discussion au lendemain.

Je reçois de Proudhon une longue» lettre dans laquelle se trouve le passage suivant qui est pour moi inintelligible :

Je dois vous prévenir d'une chose, c'est que votre rôle à vous jusqu'ici un peu effacé, va devenir considérable, si vous vous prononcez avec force et adresse pour les idées que je défends et qui ne sont

L'OPPOSITIOfi LIBÉRALE SOUS L'EMPIBE 319

qu'âne transformai ion de tontes celles que vous avez depois longtemps ndoptéos.

Songez qui? vouj ëles te repi'^senloDI de In Sociale et que vous alla/, avoir à en faire les aeles, i^a qui, depuis six ans, nu vous est pas arrivé. Vous êtes resté conrondu avw les njuftes; il est temps que l'on sache ee que T0119 Êtes.

On me dit que Protidhon est circonvenu depuis son retour en France par le parti abstentionniste, qu'il a pris des engagements formels vis-à-vis de ce parti, et qu'il s'est prononcé résolument, comme il l'a fait en 1858, contre la politique des Cinq. Si sa lettre a un sens, elle vf ut dire que jo dois me séparer de mes collègues et adopter la politique que j'ai répudiée en prêtant le serment et en entraot au Corps législatif.

Une pareille conduite ne serait pas seulement le comble de l'illogisme, co serait un acte de lâche trahison ! Sous quel prétexte pourrais-je abandonner, au moment de la lutte électorale, le petit groupe avec lequel j'ai marché en complet accord depuis six ans, fit qui, de l'aveu de Proudhon lui-même, me donne tous les jours des preuves de bonne confraternité ? Par quelle série de sophismes Proudhon nn est-il arrivé à donner à un de ses meilleurs amis un conseil qui mène tout droit au déshonneur et au ridicule ?

Proudhon n'a pas trouvé cela tout seul. Il a cédé là ;'[ des inspit'ations intéressées dont il ne se défie pas suffisamment. Je le devine à ses entorti liages de raisonnements et surtout à l'obscurité dans laquelle il enveloppe sa pensée.

Ma résolution est prise : j'ai résisté à Proudhon en 1857; je do vois pas pourquoi je lui ci'-derai en 18631

3S0 l'oppositiom libérale sous l^empius

13 février 1863.

M. le Ministre de Tlntérieur croit aToir trouve un procédé très simple pour trancher la question des comptes rendus ; il a fait rédiger un sommaire de la séance qui sera communiqué aux journaux. Les rédacteurs en chef des journaux de Paris, convoqués par M. le directeur de la presse, ont reçu Tavis que, dès le soir même, ce sommaire serait mis à leur disposition.

Le Constitutionnel, sans doute pour donner le bon exemple, a inséré ce sommaire le premier. Il publie en outre une note où il explique que le résumé abrégé de la séance a été conçu par le ministre de l'intérieur « dans une pensée libérale et pour faire cesser les appréhensions que Ton paraît éprouver sur Tapplication de la législation relative aux comptes rendus parlementaires. »

J'ai demandé des explications.

Je voudrais savoir, ai-je dit au début de la séance, si le sommaire nouveau dont nous avons vu Tapparition ce matin n'a pas pour but indirect de supprimer dans les journaux l'article de discussion qu'an communiqué du Moniteur avait eu en vue de supprimer et qu'un wtre communiqué du Moniteur a restitué.

M. Baroche a répondu que ce compte rendu sommaire avait été jusqu'ici envoyé aux journaux de province et que la seule innovation qui ait été faite, c'est qu'on l'a mis à la disposition des journaux de Paris.

Cela, a-t-il ajouté, ne change rien aux dispositions de la Constitution sur la reproduction des séances de la Chambre et aux conséquences qu'on peut tirer de !a note du Moniteur d'hier.

l'opposition LlBÉnALli: »OL'S [,'bhpire 'dii

I Abondance de biens ne nuit pas, a a dit de son

ci^té M. d« Morny.

II est évident qufi ma pétition au Sénat embarrasse fort le gouvernement. La note à laquelle fait allusion M. Baroche constitue une véritable reculade. On n'ose plus nier le droit pour les journaux de discuter les opinions émises dans la Chambre ; mais en même temps on cherche les moyens de les empêcher de se livrer à ces appréciations et d'appeler ainsi l'attention du public sur les débats parlementaires. Il faut avouer que pour atteindre un pareil résultat, c'est une bien pauvreinventionquecelledececorapterendu sommaire.

M. Baroche a répliqué aujourd'hui au discours de Jules Favre sur les circonscriptions électorales. Pour être longues, ses explications ne sont pas plus nettes. Il n'est pas par\'enu du, reste à faire acc^'pter les calculs en vertu desquels le département de la Seine qui élisait dix députés en 1857 n'en élira plus que neuf en

Ce qu'il y a de plus clair, c'est que tous ces remaniements de circonscriptions électorales ont été faits en vue de favoriser les candidatures officielles. La majcwité a le sentiment que c'est pour elle que le gouvernement travaille; car elle a interrompu brusquement la discussion.

Nous avons déposé au dernier moment un amendemeot ainsi conçu :

La sineérilé et la liberté des élections seraient impassibles, si le ■iniilre de l'intérieur persistait à exiger des géraats eldea rédaetaurs L en cfaef des joumnux de^ (railés eecrets et des <léiuiasions en blanc qui les metlenl à In di.spusilion ilu gouvernement.

Les faits que vise cet amendement sont conn une lettre insérée il y a deux jours dans le Comt\ tionnel les a révélés au public. Il est passé en us au ministère de l'intérieur que, lorsqu'on accorde autorisation de publier un nouveau journal, ou l qu'on nomme un nouveau rédacteur en chef, ou ei une démission en blanc. On l'a exigée de Neffb quand il a été nommé rédacteur en chef de la Pr en 1856, et quand on Ta autorisé en 1861 à fou le Temps ; on a soumis Guéroult à la même forma] quand on lui a permis de publier V Opinion nation Ce qui arrive au Constitutionnel à propos de a collègue, M. Auguste Chevalier, n'est que la contin tion du même système.

Picard a dénoncé ces pressions scandaleuses et a flétries avec une vigueur qui lui a attiré à divei reprises les observations du président. M. de Me paraissait du reste très vexé de voir l'opposition eî ser devant la Chambre ces sales tripotages, députés sont très soumis, mais en même temps honnêtes. J'ai entendu plus d'une exclamation de dé{ pendant que Picard étalait ce linge malpropre.

La discussion de l'adresse a été close après un f discours de M. de Pierre qui renferme ce trait piquî

Ce n'est pas sans intention que la commission de l'adresse a dans un même et dernier vœu, l'union de la dynastie et de la lib Voilà donc le dernier mot de cette Chambre qui n'est arrivée iciqu la pensée de fortifier Tautorité.

L'adresse a été votée par 24S voix contre 5.

l'opposition LtUÉHALE SÙL'S l'eMPIHE 3^3

14 Sévriet 1H03.

Les attaques contre OUiviur ont redoublé dans ces derniers temps. Je retrouve un reflet deces attaques dans une correspondance adressée de Paris au Progrès de Lyon :

D s'est Irouvé des juges aévêrea qui uni blâmé les coucossioas que l'on des Cinq a faites à la majorité du la Chambre, eu laissant de cùlé les qaosliona pressantes et en n'abordant que des questioDs gûnérales avee tant de uiÉnagemenl, que l'an a dit au Palaîii: Les Cinq sont coDvertia en quatre el demi 1 — Epigramme inoffeusive qui n'atteindra cerlaineinent le raraetèrc de personne, maie qui avertira peutâtre ipiclqu'on que l'on attendait mîcut de lui.

Ma pétition au Sénat sur les comptes rendus et mon discours sur les coalitions, qui a fait grand bruit daus les ateliers, font qu'on me ménage en ce moment. Mais je ne perdrai rien pour attendre, si j'en juge par certaines rumeurs qui me vieiment du temps en temps aux oreilles.

On a fort remarqué le rapport présenté au Sénat par M. de Forcade la Roquette sur une pétition demandant l'abrogation des articles du Code pénal relatifs aux coalitions. La partie de la pétition qui réclamait le droit de constituer, pour les différentes branches d'industrie, des chambres consultatives et des chambres syndicales d'ouvriers, a été renvoyée au bureau des renseignements. C'est un dorai-succès.

Après avoir complimenté M. do Forcadt-- dans la Presse, j'ai cru devoir lui adresser mes encouragements par écrit. Comme j'allais lui porter ma lettre impasse du Coq, je l'ai rencontré rue Saint-Lazare, Nous avons causé longuement de son rapport. Il est convaincu que c'est daus la constitution des associa^

334 l'opposition libérale sous l'empihs

tions syndicales que se trouve le nœud de la question ouvrière. Chose singulière ! Thonorable sénateur se veut pas qu'on modifie la loi des coalitions, comme si les associations syndicales n'étaient pas des coalitions à rétat permanent.

Il y a beaucoup d'incohérence dans toutes ces têteslà, et leur économie politique consiste dans une série d'expédients.

15 février 1863.

La presse a fait généralement bon accueil à ma pétition au Sénat. Seul, le Siècle, s'est montré froid. M. Havin n'aime pas qu'on prenne une initiative en dehors de lui, et puis, si j'en juge par ce qu'on me rapporte, je ne suis pas en ce moment dans les petits papiers de M. Havin.

On a fait courir au sujet de cette pétition toutes sortes de bruits ridicules. Un journal prétend que j'ai été reçu par M. Troplong, qui n'aurait pas hésité à confirmer l'opinion précécemment émise par lui et favorable aux discussions des débats législatifs. C'est faux de tout point. Je n'ai pas vu le président du Sénat et je n'avais pas à le voir, puisque ma pétition a été renvoyée à une commission qui a seule qualité pour lui donner ou lui refuser satisfaction.

Un autre journal dit que la demande que j 'ai adressée au Sénat a reçu « l'adhésion de mes collègues de l'extrême gauche. » J'ignore si mes collègues de l'opposition sont disposés à m'accorder leur adhésion. Dans tous les cas, ils ne m'en témoignent rien et ne m'en soufflent pas un mot. On dirait qu'ils blâment

l'opposition libérale sous l'empirk 325

ma démarche et qu'ils attendent l'occasion de m'en faire un grief.

Au Sénat, on s'occupe beaucoup de ma pétition. On désigne M. de La Guéronnière comme devant être ehargé de faire le rapport. La commission est dans m grand embarras. Sur cette question des comptes rendus, le gouvernement a constamment varié d'opinion. A quelque conclusion qu'on arrive, on est sûr devenir se heurter à des précédents contradictoires.

La France, tout en déclarant que ma réclamation sera énergiquement appujt^e dans la haute Chambre, insinue « qu'il n y aurait rien de surprenant si d'ici là un acte souverain ne déterminait la situation évidemment incertaine faite aux journaux et aux journalistes tant de Paris que des départements. » Malheureusement la Constitution ne permet pas à l'Empereur de pareilles excursions sur le domaine constitutionnel et législatif. Bon gré, mal gré, il faudra que le Sénat s'exécute.

16 février 1863.

Nous avons reçu le tableau de développement à l'appui du budget rectificatif de 4862.

L'expédition du Mexique a forcé M. Fould à s'écarter des limites tracées dans le sénatus-consulte du 31 décembre 4861. Il a été conduit à invoquer un de ces cas de force majeure qui, dit TExposé des motifs, dominent dans tous los temps les règles de 1 a comptabilité. Pour tout dire d*un mot, les ministres de la guerre et de la marine ont pourvu à des dépenses imprévues par des moyens qui ne sont pas d'une

iO

régularité parfaite.. Le ministre de la guerre a usé de virements temporaires; celui de la marine a soldéles fournisseurs au moyen de traites tirées sur le Trésor.

M. Fould a bien compris que ces façons de procéder soulevaient des objections. Mais il s'appuie sur les déclarations du président du Sénat, disant « qu'en certains cas, l'administration n'est possible qu'à la condition de pourvoir aux services en soufiFrance par des moyens exceptionnels. »

C'est fort bien. M. Fould recevra sans aucun doute l'absolution de M. Troplong. Mais que devient alors ce système qui devait marcher sans trébucher, pourvu qu'on lestât chaque service d'une grosse somme ? Si, dès les premiers pas, il faut abandonner les règles pour avoir recours aux exceptions, c'est assurément qu'on n'est pas encore arrivé à ce système idéal que tous les ministres des finances voient dans leurs rêves et qu'ils ne retrouvent jamais à leur réveil.

J'ai reçu beaucoup de compliments au sujet de mou discours sur les coalitions. L'article que J. Ferry a publié dans la, Presse m'a complètement mis en vedette.

Sous cette rubrique: Une mauvaise campagne, le journal V Epoque prend les Cinq à partie. L'article d<' M. de Girardin sur l'opposition systématique lui a servi de prétexte ; il le cite et il le commente :

Nos lecteurs ont pu juger combieu les longs discours de l'opposition des Cinq justifient cette critique sévère, mais juste, du brillanl écrivain. Sauf le discours de M. Darimon sur les coalitions d'ouvriers, ces joutes d'éloquence sont des variations d'un même air; l'opposition !è joue depuis six ans.... Elle s'est déconsidérée par la mesquine guerre de broussailles que lui reproche si justement M. de (iirardin, cet enfant terrible de l'opposition; elle a révélé toute son impuissance.

l'opposition libkrale sous l empire 827

Il est probable que cet article de V Epoque me vaudra de nouvelles bouderies de la part de mes collègues, ou tout au moins de Picard, qui ne peut souffrir M. de Girardin, et qui a des tendances très marquées vers l'opposition systématique.

Dans un de ses discours, J. Favrea laissé échapper cette parole :

S'il m'était permis (rexprimcr ici uu vœu timide mais convaincu, je voudrais que i^électorat fiU subordonna à la connaissance de la lecture et de récriture, et que l'rlecteur pùl signer de son nom l'expression de sa volonté.

Le Constitutionnel s'est emparé de cette déclaration échappée évidemment à J. Favre dans Tontraînemeût de l'improvisation, et il la retourne contre l'opposition tout entière. Il est impossible que Tun de nous professe sérieusement do pareilles doctrines qui seraient la justification de la loi du 31 mai 1830. Il faudra que J. Favre explique et rectifie ces malencontreuses paroles.

26 février 1863.

fai failli, ces jours-ci, me brouiller complètement avec Jules Ferry.

C*est toujours à cause de mes relations avec le Palais-Royal. Dans le petit groupe do jeunes gens qui nous entourent, il y a des pointus qui ne peuvent admettre qu'on ait des rapports avec le Prince Napoléon, et qu'on conserve cependant son indépendance. J'ai expliqué bien souvent que le Prince ne m'a jamais demandé un. acte de complaisance, et que j'ai, à diverses reprises, usé do son crédit pour venir en

328 l'opposition libkkaijï sous l'empire

aide à des proscrits et à des exilés. On ne veut rien j entendre, et peu s'en faut qu'on ne me mette en demeure ' de procéder aune rupture brusque et éclatante.

J. Ferry m'a parlé parfois en ce sens ; mais, à mots couverts, et en y mettant une grande réserve. Il y a quelques jours, il est revenu à la charge avec pe insistance qui m'a profondément blessé. J'ai profité d'un envoi de documents pour lui exprimer en termes peut-être un peu vifs ma façon de penser. Il m'a répondu sur le même ton :

En vous indiquant Tcndroit sensible de votre siluation, je n^arais pas même le mérite de. rien vous apprendre. Vous dites vous-méoUes . que les relations dont on vous fait grief sont publiques. Quoi d'étonnant à ce que les gens qui trouveraient agréable de vous remplacer s'en emparent et les défigurent! Je n'ai donc pos à me reprofcher d'avoir troublé par une parole imprudente l'azur de vx)tre sécurité.

Mais quand j'aurais été un perturbateur malencontreux, c'est un le- ' merciementquevousme devriez, au lieu de cette incroyable et blessante ■ sortie. Et peut-ôlrc, même dans la vie privée, c'est un service i , rendre que de révéler une calomnie; pour ce qui est de la vie publi» . que, ces choses sont toujours bonnes à savoir. N'eussé-je eu d'ailltoiv I)our but que d'obtenir de vous, sur un point que je connaissais mal, les détails que vous vous êtes empressé do me donner, le sujet de conversation qu'il m'a plu de choisir était, d'électeur à député, touti fait de mise, et le temps de liberté que nous souhaitons vous en- fera voir bien d'autres...

Il y a, dans cette lettre qui est fort longue, d'autres passages qui dépassent certainement la pensée de celui qui l'a écrite. Elle me révèle dans tous les cas chez mon jeune ami une tendance à la raideur dont il fera bien de se débarrasser. Ce que je lui avais dit ne comportait pas des allures aussi tragiques.

J'ai étéragrr^seur; c'était à moi qu'il appartenait de le ramener à un sentiment plus juste de nos situa-

l'opposition libéuale sous ]/emi>iue 3^29

tiens respectives. Je suis restô sur le moine terrain ; mais j'ai singulièrement adouci lo ton que j'avais pris tout d'abord. Ma colère était passée, et d'ailleurs les explications que j'avais données paraissaient admises. J. Ferry vaut décidément mieux que je l'avais supposé. Je l'avais pris pour un simple ambitieux; il y a en lui un homme de cœur. La lettre qu'il m'écrit le prouve :

Mon cher ami,

U y a toajours avantogc entre gens de oduir à (Irbrouillor un mal-

eetendu. Votre lettre est noble et m'a vivement touché. C'est, pénétré

des sentiments quelle nmfirme en moi, (|u'nvai)t de clore cet incident,

je viens protester à mon tour contre les dispo>ilions d'esprit oii vous

trei pu me croire. Je n'ai jamais conçu le moindre doute sur le

point en question ; il n'est jamais entré dans mon esprit de vous

mettre sur la sellette et je vous prie de croin* à la parfaite innocence

de ee que vous avez pris pour un interrogatoire ('e t\\u) In mauvaise

foi Toiis reproche n est pas seulement inoireiisif, mais par la tenue que

vous y avez gardé, particulièrement honorable. Je n'en ai jamais

jugé autrement. J'ai trop grande horreur de la malveillance et du

dénigrcmeat déniocratiques pour accepter les points de \ue bas et

niibSquins en honneur dans un certain monde, et je suis trop natu-

nllemenc porté vers l'équité pour que l'oiisemble de vos actes, si

fermes et si limpides, ne laisse poindre dans mon esprit le besoin

d'one réfutation quelconque. Merci donc des bonnes choses que vous

avivez dites et croyez à mes vives et cordiales sympathies.

lUen à vous, J. FfiaRT.

J'espère que cette méchante querelle ne se renourellera plus, et qu'on cessera de me faire un grief d'une fréquentation fort innocente en elle-même et à laquelle je n'ai jamais attaché un caractère politique.

Proudhon est fort sympathique au Prince ; mais ce ne sont pas les idées de Proudhon qui prévalent au Palais-Royal,

^^80 l'opposition LinÉitALE sous l'empire

3 mars 1863.

On a distribué à la Chambre le rapport de M. Segris sur les suppléments de crédits pour Texercice 1862. Ce document était attendu avec impatience. On savait que certaines dépenses de l'expédition du Mexique y étaient l'objet d'observations sévères.

J'avais, au moment où le projet avait été distribué, (3xprimé dans la Presse des doutes sur la façon dont avaient été exécutées les prescriptions du sénatusconsulte; je l'avais fait avec une certaine réserve. Le rapporteur, qui n'est pas soumis aux mêmes scrupules et qui a tenu entre ses mains toutes les pièces comptables, déclare nettement qu'il y a eu irrégularité dans la manière dont ont été engagées certaines dépenses de la guerre et de la marine.

Les commissaires du gouvernement ont déclaré :

Que le gouvernement ne méconnaissait pas qu'il y avait eu irrégularité, la dépense ayant été engagée aux ministères de la guerre et (le la marine sans crédit ouvert pour y pourvoir, soit par un décret de virement, soit par une loi; mais qu'il n'y fallait voir qu'un ca» tout exceptionnel où la politique avait dû l'emporter sur la raison financière.

C'est donc un bill d'indemnité qui va être demandé à la Chambre. On ne manquera pas de signaler ce qu'il y a de déplorable dans cette exception forcée que subit, au début de sa mise en pratique, un régime qu'on annonçait comme devant empêcher l'ouverture de crédits supplémentaires en dehors des Chambres.

3 mars 1863.

La discussion sur les suppléments de 1862 a eu lieu aujourd'hui. M. Magne a fait l'aveu de l'irrégularité

commise ; ses paroles ressemblent fort à une déclaration d'impuissance qui retombe de tout son poids sur lesjstème dont M. Fould s'est fait le promoteur :

Dans ce cas, les ministres ayant agi seuls de leur propre mouvoineot, sans Tavis préalable du ministère des finances, sans le contrôle da Conseil d'État , sans la publicité d'un décret, on se trouve avoir perda tout à la fois, et les garanties qu'olTrent les virements, et celles qui s'attachent aux crédits supplémentaires.

J. Ferry a analysé, dans la Presse, cette séance avec beaucoup d'esprit et de lucidité. Voici un passage de son article qui résume parfaitement le débat :

Quand le sénatusconsulte du 31 décembre commença h fonctionner, l'honorable M. Darimon annonça, avec une sagacité parfaite et une rare précision, recueil où il vient de chavirer. C'est la théorie que l'honorable M. Emile OUivicr a reprise hier avec cette élévation aisée et lumineuse qui est un de ses dons. L'opposition des Cinq a applaudi l'année dernière aux intentions réformatrices de M. Fould; elle ne s'est jamais méprise sur la valeur de ses moyens. M. Fould n'a réalisé aucune des trois choses qu'il avait promises; il n'a ni relevé létaux de la rente par la conversion, ni fermé l'ère des découverts, ni assujetti à un contrôle sérieux et inflexible les dépenses imprénies qui grossissent incessamment le chiffre de la dette flottante. Qu'a donc entendu M. Magne quand il a dit qu'en toute cette aflaire le gouvernement avait agi sous sa responsabilité?

La responsabilité de M. Fould ne Fa pas empêché de faire, à un an de distance, ce qui a été avoué devant la Chambre. l\ est vrai que luette fois M Magne se porte le garant de M. Fould, et nous ne serions pas dès lors assez osés pour préférer à deux responsabilités ^superposées un vrai ministère responsable.

Au fond, la Chambre était de Tavis d'Ollivier. J'ai été témoin à la buvette des compliments qu'on lui adressait et de l'approbation qu'on donnait à son langage. Mais, à la veille des élections générales, personne, sur les bancs delà majorité n'a plus le courage

33â l'opposition libérale sols l'rmpibe

de son opinion. Le bill d'indemnité réclamée par M. Magne a été voté par 228 voix contre 8.

La mine est éventée ! Depuis plusieurs jours il courait certaines rumeurs auxquelles je n'avais prêté qu'une attention distraite, tout absorbé que je suis par les débats qui ont lieu à la Chambre. On parlait du projet qu'avait formé M. Havin de faire entre les députés sortants une nouvelle distribution des circonscriptions de Paris. J'avais pris cela pour une simple fantaisie. 11 paraît que c'est très sérieux.

J'ai reçu hier soir le petit billet suivant de J. Ferry :

Mon cher ami,

Je sorai demain chez vous entre neuf heures et demi et dix heures; il serait trop long de vous écrire ce que j*ai à vous dire. H s'agit d'une mine à contre-miner; je ne vous en parlerais pas si je nt croyais urgent d'agir dès à présent.

De cœur tout vôtre J Ferry.

J. Ferry est venu me voir à l'heure indiquée, et il m'a développé le plan d'Havin. Il est véritablement diabolique. Le décret du 29 décembre 1862 qui a fixé les nouvelles circonscriptions de la Seine a fait subir aux anciennes de profondes modifications. Par suite de ces remaniements, le département de la Seine qui jusque-là avait nommé dix députés n'en nomme plus que neuf. Havin prétend qu'à cause de cela les députés sortants de Paris n'ont pas le droit de réclamer comme leur appartenant des circonscriptions que les change-

l'opposition libëuale sols l'empire 333

ments apportés ont transformées et rendues méconnaissables. Le directeur du Siècle en conclut qu'une nouvelle répartition des candidatures doit être opérée et qa elle ne peut être que l'œuvre d'un comité nommé odhoc.

Toutes ces belles théories n'ont qu'un but, c'est de donner à M. Ha vin la circonscription de Picard, d'envoyer Rcard dans la mienne, et de m'éliminer, si je n'accepte pas d'être porté dans la première circonscription où je suis complètement inconnu.

Mon excellent ami, André Pasquet, s'est fait le promoteur de cette combinaison ; il se livre à une propagande effrénée en faveur de son patron. Il no m'épargne pas les critiques ; il dit à qui veut rentendre que je suis l'âme damnée du Prince Napoléon; que Proudhon me répudie, etc., etc. Comme il prévoit que jo n'accepterai pas d'être porté dans une autre circonscription que celle qui m'a élu, il compte se présenter à ma place dans la circonscription qu'on se propose de m'offrir.

J'ai écouté la communication que me faisait Ferry avec le plus grand calme, et nous avons discuté ensemble les moyens de mettre à néant le machiavélisme havinique. L'intrigue tombera d'elle-même, siles Cinq ne se laissent pas entamer et établissent entre eux une solidarité absolue. La Presse pèse en ce moment dans l'opinion d'un poids plus lourd que le Siècle^ et pour peu qu'il consente à entrer en danse, Girardin aura facilement raison de maître Havin.

Avecrautorisation de J. Ferry, j'ai écrit à Girardin pour le mettre au courant de ce qui se passait. J'ai

334 l'opposition libéralk sous l'kmpibe

écrit aussi à Proudhon, pour le prévenir qu'on fait intervenir son nom pour me battre en brèche. Quanta André Pasquet, je lui prépare un plat de mon métier. Voilà un gaillard qui me doit sa mise en liberté, qui n'est entré au Siècle qu'avec l'appui de mes amis, qui a sollicité mon intervention auprès du Prince Napoléon pour toutes sortes de projets, et qui me traite aujourd'hui en adversaire. Je suis bien résolu à ne pas le ménager.

La réponse que j'ai reçue de Girardin est très encourageante :

Le 6 mars 1863

Mon cher législateur,

J'étais instruit de tout ce que vous m'écrivez. II y a plusieurs mois que MM. Havin et Guéroult se sont entendus pour se porter à Paris l'un et l'autre, et l'un par l'autre, à votre exclusion et même à celle de 31. Emile Ollivier.

Les motifs allégués ne sont que de faux prétextes.

Nous aurons à nous concerter pour examiner ce que la Presse devra faire pour déjouer la manœuvre et pour la leur jÇaire abandonner. H serait bon que M. E, Ollivier fût de la conférence. H y a tout un programme à débattre. Je serais d'avis de convertir l'objection en moyen ot de marquer un pas de plus en avant dans la voie que l'opposition a ouverte en acceptant la candidature et l'élection.

Tout à vous,

£. DE GiRAEOIN.

Proudhon a profité de l'occasion pour poursuivre son idée de me rallier à ses projets. Cependant, je ne suis pas trop mécontent de sa lettre ; elle prouve qu'il n'est pas disposé à prêter son appui à la petite conspiration havinesque :

Je me suis toujours attendu à ce que vous m'apprenez ; mais une hose m'étonne, c'est que plus je montre d'hostilité au vieux parti lémocratique, d'autant plus il doit s'efforcer de vous rattacher à lui. tf . Uavin tout le premier devrait poser votre candidature, cela lui per- Biettrait de dire qu'il est aussi socialiste que moi. L'Empereur ne dédaigne pas ce moyen de popularitt'^ ; le Prince Napoléon non plus ; M.Havinse considère-1-iI comme étant grand trop seigneur ? En assurant TOtre réélection, mes vieux adversaires pourraient se donner le malin plaisir d'une division au moins apparente, puisque si elle n'existait pts entre nous, elle ne manquerait pas d'arriver; donc la masse qui soit les puissances comme le i>apillon suit la chandelle se tournerait de votre côté et on pourrait encore se donner le plaisir de toutes sortes do malins propos sur mon compte. Mais il est écrit ([ue les vanités, les ambitions, et les rancunes, seront toujours bétes, et voici, si je dois Toos en croire, qu'on s'apprête à se venger sur vous des publications que j'ai conçues et en partie écrites en Belgique

Ce que j'avais écrit à Proudhon était exact et j'en ai eu la confirmation aujourd'hui : par une contradiction des plus inexplicables, un des motifs qu'on met en ayant pour me combattre, c'est que « Proudhon a rompu avec moi », et en même temps on déclare, que, par sadernière brochure, Proudhon s'est mis en dehors du parti démocratique, et que ce serait une honte, pour l'opposition parisienne, d'accorder plus longtemps son patronage à un homme qui se proclame hautement le disciple et l'adhérent de l'auteur du livre : fc Principe fédératif.

8 mars 1863.

Notre conférence avec Girardin n'a pas été longue. Il avait son thème tout fait et il nous a fait connaître en deux mots la tactique qu'il veut suivre pour déjouer les machinations d'Havin. C'est le système qu'il compte adopter au moment des élections générales. La note vivante qu'il m'a remise le résume parfaitement :

336 l'opposition libérale sols l'empire

L'opposilion ne peut espérer qu'elle changera la majorité législative en minorité et la minorité actuelle en majorité. Tout ce qu'elle peut e8i)érer c'est de doubler ou de tripler le chiffre des Cinq qui, rompant le faisceau révolutionnaire de Tabstention, ont eu le mérite d^aller -*ésoluinent s'asseoir sur les bancs du Corps législatif , en y arborant le drapeau de Topposition constitutionnelle.

En cet état .de choses, ce que l'opposition a à faire, par la voie des journaux et non autrement, c'est d'ériger en principe d'abord la réélection des Cinq qui Tout personnifiée pendant six années, ensuite et partout ailleurs la nomination de députés qui sachent parler en remplacement de députés qui ne savent que voter.

En d'autres termes, il faut élargir le terrain de la discussion, en appelant à siéger au Corps législatif tous les orateurs sans distinction de partis, sans distinction d*opinion, qu'il sera possible d'y faire entrer.

Pour accomplir cette besogne, les électeurs suffisent ; il n'est besoin de l'action d'aucun comité usurpateur ou directeur.

OUivier et moi, nous avons donné notre adhésion sans réserve à cette ligne de conduite. Mais Picard, qui est très préoccupé de la question de personnes, ne voyait pas bien quel rapport il y avait entre cette façon de procéder et l'élimination de M. Havin.

Il a fallu que M. de Girardin lui expliquât qu'on ne pouvait avoir raison des intrigues du directeur du Siècle qu'en écartant précisément la question de personnes et en posant, dès à présent, la question électorale sur le terrain où il y aura lieu de la poser au mois de juin prochain.

« Ameutons contre Havin l'opinion publique, a dit M. de Girardin, répétons tous les jours que sa proposition est un obstacle au triomphe de l'opposition à Paris ; plaçons en face de sa combinaison une tactique nouvelle; les esprits pratiques se tourneront de notre côté, et nous l'amènerons à renoncer de luimême à des prétentions que rien ne justifie. »

Picard n'est parti qu'à demi-convaincu. Le comitc'', qui eèt en voie de se former sous la présidence de Camot, lui cause une grande frayeur. Il lui attribue une puissance invincible. Si nous écoutions notre collègue, nous ne combattrions pas le comité Carnot au grand jour ; nous nous contenterions de le miner sourdement, et si nous ne parvenions pas à le dissoudre, nous entrerions en pourparlers avec lui. En d'autres termes, Picard serait disposé à transiger.

Il n^ose pas le dire ouvertement, mais d'après ce qui me revient de divers côtés, il ne serait pas éloigné d'accepter son transfert dans une autre circonscription ; on lui a dit que la mienne était excellente, et il ne comprend pas pourquoi je ne consentirais pas à me laisser envoyer dans la première où, prétend-il, ma réélection est certaine.

A peine avais-je quitté Girardin que j'ai rencontré une personne qui avait assisté la veille à une réunion chez Carnot. On y avait causé longuement des élections prochaines. Mon nom ayant été prononcé, M. Frédéric Morin avait pris la parole et avait déclaré qu'il lui paraissait impossible d'admettre ma candidature : « M. Darimon, aurait-il dit, a été nommé en 1857 comme ïalter ego de Proudhon; or, je crois savoir que Proudhon Ta répudié et qu'il a depuis longtemps rompu toutes relations avec lui. »

Devant une allégation aussi précise, je n'ai pas hésité un seul instant sur ce que j'avais à faire. J'ai vu Langlois et je Tai prié de se transporter chez Proudhon le plus tôt possible, et d'obtenir de lui un désaveu des propos tenus par Frédéric Morin. Rolland

338 l'opposition l ibérale sous l'empire

m'a promis de faire la même démarche de son côte. Il faut que Proudhon coupe court à tous ces indignes commérages. Je consens, s'il y a une dissidence entre nous, qu'elle s'accuse publiquement etquel'opinion soit appelée à la juger ; mais pour notre honneur à tous les deux, je ne puis admettre qu'on invoque le nom de Proudhon pour me faire une guerre sourde et déloyale,

Langlois, qui est allé voir Proudhon comme je l'en avais prié, me rend compte en ces termes de sa démarche.

Proudhon est plus qu6 jamais décide à agir aujourd'hui comme il a fait eu 1857. Partisan de 1 abstention, Il fera quand même et en son temps, une brochure de 30 à 40 pages pour expliquer ses molifs.

Lorsque je lui ai dit ce qui t'arrivait, il m'a rappelé la lettre qu'il t'écrivait il y a quatre jours, et il a ajouté :

Je vois bien co>nmc vous qu'en éliminant Darimon, c'est le parti socialiste qu'on entend éliminer. Tout ce que vous me dites à cet égard est profondément vrai. Mais j'ai des motifs tellement supérieurs pour nfabstenir, que cette considération ne peut me décider à opposer liste contre liste.

Dites seulement à notre ami, qu'en soutenant l'abstention, je voulais et je veux encore laisser de côté les questions de personnes. Mais si on s'attaque à sa candidature pour cause d'indignité, je suis décidé à attaquer indirectement toutes les autres.

Je t'ai déjà fait part de ce que P.-J. m'a dit de toi, il y a un mois: n Darimon et moi nous nous sommes séparés en 1857 sur la question électorale, et il est probable que nous serons encore séparés sur Un même question en 1863. Mais ce n'en est pas moins un homme qui a des principes et une conscience droite. »

J'ai mis cette lettre sous enveloppe avec celle que Proudhon m'a écrite le 6 mars; j'ai joint au paquet quelques mots d'explication et j'ai expédié le tout à

l'opposition libérale sous l'kupire 339

Gamot» en le priant de placer ces différentes pièces sous les yeux des personnes qui se réunissent chez lui.

Je consens à être séparé de Proudhon au point de yue politique, bien qu'une pareille séparation soit douloureuse pour moi. Mais je ne puis accepter qu*on me dépeigne comme un homme qui a perdu son estime, et c'est ce que cherchent à faire croire les gens qui combattent ma candidature. Ce n'est qu'à ce point de vue que je me préoccupe de ce qu'on dit de moi dans le comité Carnot.

Tous ces misérables incidents ne nous empêchent pas de remplir nos devoirs législatifs. Aujourd'hui, à propos d'une demande de surtaxe à l'octroi de la ville de Lyon, Hénon a tracé le tableau très véridique de Tadministration de cette métropole, livrée à une commission de notables, qui sont là uniquement pour couvrir de leurs noms les délapidations du préfet.

11 mars 1863.

Picard m'écrivait hier :

Mon cher ami ,

Nous avons à nous entretenir d*unc question très sérieuse et urgente qui TOUS intéresse personnellement.

Je vous offre de venir déjeuner demain chez ma mère. C'est le moyen le plus prompt pour nous réunir.

A vous, E. Picard.

Je ne me rendrai pas à l'invitation de Picard. Je sais de quoi il veut m' entretenir. Il s'agit toujours de mon transfèrement dans la première circonscription,

3i0 l'opposition libérale sous l'empire

On me menace, si je ne me soumets pas, de. rendre, ma réélection impossible et de m'évincer purement et simplement. Picard, qui vit dans le monde des geni du Siècle, a Toreille ouverte à tous les commérages, que répandent les amis de M. Havin. Je ne consentirai p jamais à entrer en discussion avec Picard sur ces ques- } tions-là. \

De même, je ne me rendrai pas à une convocation j

que m'a adressé Emmanuel Durand, bien qu'il me promette « bon accueil et des amis à moi », et que Mario Proth me dise de son côté, que « la jeunesse est dans d'excellentes dispositions. » Nous avons placé nos intérêts entre les mains de Girardin. Nous ne devons pas gêner son action par des conciliabules qui compliqueraient la situation au lieu de la simplifier.

J'apprends qu'OUivier et Picard ont fait une démarche auj)rès de Proudhon. Elle n'a pas eu de suite parce que Proudhon ne s'est pas trouvé chez lui.

C'est à mon insu que cette démarche a eu lieu. Je ne leur en sais pas moinsr de gré de leur bomie intention.

13 mars 1863.

La lettre que je reçois de Carnot, a une grande importance :

Paris, 12 mars 18G3.

Mon cher Monsieur,

Un propos analogue a celui que vous relevez a été tenu en effet chez moi, ainsi que j'ai pu le constater eu interrogeant quelques souvenirs ; mais vous paraissez en connaître Tauteur, et en cela vous êtes

l'opposition libérale sous l'kmpire 341

«ieax instruit que moi-même. J'ai ce matin, suivant votre désir, donné

^; tMtaiaissaDce aux personnes qui se réunissaient eliez moi de l'opinion

î flUprimée à votre sujet dans la lettre de M. Proudhoii du G mars. J'ai

nônneur de vous renvoyer sous ce pli cette lettre ainsi que celle de

M. langlois.

Je regrette la résoiuiion prise par M. Proudhon de prêcher publifMment Tabstçntion électorale, surtout après m'avoir si fort grondé lÎBsique le général Cavaignac, de notre refus de serment. Je fais des Toeox sincères pour que le talent qu'il va sans doute déployer, comme tadinaire, demeure impuissant à propager son idée.

Veuillez, mon cher Monsieur, agréer l'assurance de toute ma considération.

Carnot.

J'espère qu'après cela les gens qui colportent de méchants propos sur la nature de mes relations avec Proudhon se tiendront tranquilles et garderont le silence.

13 mars 1863.

Reçu une longue lettre de Proudhon.

Si cette lettre pouvait être livrée à la publicité, elle couperait court à toutes les médisances; malheureusement elle n'est pas publiable. Il est même, difficile que j'en donne communication à mes amis. Proudhon m'indique en effet très librement les moyens de mettre d'accord nos deux conduites distinctes et jusqu'à un certain point divergentes. Cela pourrait donner lieu à plus d'un commentaire malicieux , dans le monde étrange au milieu duquel nous vivons.

Voici, m'écrit Proudhon, quelle devra être notre attitude réciproque. Ainsi que vous me le dites, nous difTérons de condute pour le quart «riieure, mais notre dissentiment de conduite n'implique aucune scission personnelle, aucune divergence de système. Le seul fait de vos six années de législature, l'obligation qu'elles vous imposent de i-endre

les électeurs ne comprennent pas qu'il y a un devoir à nommer I9 ■■ .- CinQj les Cinq ne doivent pas leur donner l'exemple de la faiblesse e( de la division. Soyez donc sur que je ne donnerai jamais les mains i j un arrangement qui vous enlèverait à votre circonscription ; vous lui ^appartenez, et nul, si ce n'est vos électeurs, ne peut disposer de vont^

Votre bien dévoué, Ce 16 mars 18G3. Jules Favbe.

Quant à Picard, il a perdu la tête. Il croit qu'il n'y a qu'un moyen de s'en tirer, c'est de céder aux exigences de M. Havin. Tranchons le mot, il m'a complètement lâché.

17 mars ld(>3.

Il s'est engagé une longue et interminable discussion sur la question de savoir si un projet de loi relatif aux douanes serait renvoyé à la commisision existante ou s'il serait nommée une commission spéciale.

11 me semble que, de part et d'autre, on s'est plu à embrouiller la question. M. de Morny a passé un instant à côté sans s'apercevoir qu'avec un peu plus d'attention il aurait trouvé une solution qui aurait satisfait tout le monde.

Le projet se divise en deux parties très distinctes : sur la première partie qui se réfère au décret de 1861, lé renvoi à la commission existante était de droit ; mais sur la deuxième partie, qui concerne les sucres et leur renden^ent, cette commisssion était incompétente.

Comme l'a dit avec raison M. Plichon, quand une question économique est portée devant la Chambre, elle doit être examinée sous l'influence des nécessités et des préoccupations du moment. Or, ce n'est pas à une commission, nommée, il y a deux ans, qu'il appar-

l'opposition libérale sors l'empiue 345

tient de se prononcer sur le nouveau régime des ancres.

Sur ce point, les raisonnements des adveivaires du renvoi étaient inattaquables; mais quand ils réclamaient la nomination d'une commission spéciale, ils faisaient trop percer leur arrière-pensée, d'arriver, non àTexamen, mais au rejet du projet de loi.

CeUo partie-là, avait dit M. de Morny, aurait pu élrc distribuée el renvoyée à la commission du budget; car il y a là uu intérêt financier.

Voilà quelle était la véritable solution. Personnne ne s'y est arrêté et la discussion s'est égarée sur des détails de procédure. Tout le clan protectionniste a donné : MM. Jules Brame, Kolb-Bernard, Ancel et le marquis de Gramont ont réclamé à grand cris la nomination d'une nouvelle commission.

Le Corps législatif a aperçu le bout dé Toreille. Il s'est prononcé pour le renvoi à la commission existante.

On a voté le projet de loi relatif à la création d'une chambre civile à la cour impériale do Paris.

20 mars 1863.

Ollivier et Picard faiblissent. Il avait été convenu que nous n'accepterions aucune conférence avec Havin. Or, j'ai reçu hier matin la convocation suivante :

Mon cher Monsieur,

Pouvez-vous venir demain malin à huil iicures et demie chez Jules

Simon, place de la Madeleine, 10, causer des élections avec M. Uavin

et Y08 collègues MM. OUivicr el Pir-ard.

Tout à vous,

19 jiars, Henri M.vrtin.

;U0 l'opposition libérale sous l'empire

J*ai demandé immédiatement à Picard ce que cela t voulait dire; il m'a répondu par le retour du courrier : i

Mon cher ami, ' .

Je reçois la rncme convocntion que vous ; mais je suis malade et je ne puis me rendre chez Jules Simon.

Ollivier s'y rendra; je pense que vous pouvez faire de même; en j principe, quand on nous demande de causer d'élections, il faut accepter.

A vous, E. Picard.

Il est évident que Picard se dérobait et qu'il ne voulait pas paraître dans une conférence où nos deux personnes étaient mises en jeu. Il voulait bien me sacrifier , mais sans paraître y prendre part.

Après ce que m'avait écrit Jules Favre, c'aurait été de ma part un acle de félonie que de me rendre chez Jules Simon. Je me suis donc abstenu, et je crois que j'ai bien fait.

Est-ce que je puis entrer en discussion avec des gens qui répandent partout le bruit et qui font imprimer dans les journaux de province que a le comité démocratique n'appuie pas ma réélection? »

On a discuté en comité secret au Corps législatif le projet de loi tendant à modifier le titre XVIII du livre P"^ du Code de commerce et huit projets de loi relatifs à des rachats de canaux.

!21 mars 1863.

Il y a eu, en comité secret, une discussion sommaire sur le projet de loi relatif à l'établissement d'une taxe supplémentaire sur les lettres expédiées après la levée

l'opposition libérale sors l'empire HV

générale. Sommaire n'est pas tout à fait le mot; car la discussion a été aussi intéressante qu'approfondie. J'ai envoyé à la commission ramcndement suivant I. an projet de loi relatif au rachat des canaux :

' Article final. Aussitôt que l'État sera mis en possession des canaux lâchetés, des dispositions seront prises par les soins de M. le Ministre deragricttUiire, du commerce et des travaux publics, pour placer, dans le plus bref délai, les voies navigables sous le môme régime que les

1* toates de terres et les livrer gratuitement à 1 usage du commerce, d('

^ fagriculture et de l'industrie.

[ Cette question de la gratuité des voies navigables est I ime de celles que j'ai traitées le plus souvent dans la ' Presse ; c'est la thèse favorito do Proudhon, qui, du temps qu'il était simple commis chez MM. Gauthier frères, à Lyon, en a fait l'objet d'une brochure ; il soutenait, comme moi, dans cet écrit, que l'extension de la batellerie était l'unique moyen de contre-balancer l'influence délétère exercée sur le prix des transports par le monopole des compagnies de chemins de fer.

J'ai un puissant auxiliaire dans la campagne que je vais entreprendre, c'est M. Schneider, directeur du Creuzot, vice-président du Corps législatif.

Mes collègues de la gauche ne se montrent pas très empressés a donner leur adhésion à mon amendement,

24 mars 1863.

Enfin le rapport sur ma pétition va être déposé au Sénat. C'est ce que me fait savoir La Guéronnièro :

Le rapport, m'écrlt-il, aurait été fait déjà sans la discussion sur la Pologne. Il sera déposé eu séance générale du Sénat au commencement de la semaine prochaine.

848 l'opposition libérale sous L'£MPIftK

25 mars 1863.

La discussion au sujet des prétentions de M. Havin de se substituer à Picard dans la quatrième circonscription a pris un caractère aigu. Toute la presse s'occupe de la question. M. de Girardin a entrepris une campagne qu'il poursuit avec une grande habileté et un grand bon sens. Il a pris personnellement i partie le mameluck de la rue du Croissant et il lui pose des questions embarassantes.

Pourquoi M. Havin tient-il absolument à cette cîreonscription plotôt qu'à Tune des cinq autres, actuellement représentées par des députés appartenant à la majorité des 267 contre les Cin-]? M. Harln y tient, parce qu'il dit que c est celle où il a le plus de chances, attendu que c'est celle où le Siècle compte le plus grand nombre d'abonnés. Politiquement, esl-cc une raison efûcientc, une raison suffisante, une raison péremptoirc? Cette raison valait-elle qu'on divisât l'opposition coostitutlonnclle, déjà si faible numériquement, cette opposition dont les Cinq sont les fondateurs et qu'ils ont personnifiée pendant six ans?

Nous ressentons naturellement le contre-cou pde cette ardente polémique, et c'est sur moi plus particulièrement que rejaillissent les éclaboussures. Les mauvais propos sur mon compte redoublent. J'ai |)erdu patience. J'ai écrit à Frédéric Morin une lettre enfiévrée où je lui reproche en termes amers d'avoir amené par ses sots commérages tout le tapage qui se fait autour de mon nom.

J'ai eu tort d'écrire cette lettre. Tout le monde, je le vois, quand il s'agit d'élections, perd absolument le sang- froid. Les amours-propros aux prises effacent dans les esprits les notions habituelles d'honneur et de délicatesse. C'est une guerre de sauvages qu'on

l'opposition LIBÉUALE SOlIS LfiMPlAE 34Î)

e fait. Pour avoir raison do son adversaire, toutes es armes paraissent bonnes, mémo les plus déloyales.

2o mars 1863.

La réponse que je reçois de Frédéric Morin reflète bien les petites passions qui s'agitent dans ce monde envieux, béte et méchant qui constitue la réunion Camot. C'est du jésuitisme démocratique, adroitement dissimulé sous un étalage de grandes phrases et de grands principes. La lettre est datée de Lyon. En voici la conclusion :

Au lieu de nous disputer, nous ferions très sagoment, Monsieur, de nous en remettre, vous et moi, à l'arbitrage d'une réunion très nombreuse do tous les hommes de tout âge qui ont fait un acte quelconque de sacrifice pour la cause démo<*.rn tique. Si cette réunion, après nous a?oir débattv;, vous accepte. Monsieur, je mettrai à votre service comme je lai fait en 1857 ma faible part d'influence dans votre circonscription. Sinon, je la mettrai au service d'un autre.

Frédéric Morin cherche évidemment à déplacer la question. Il ne s'agit point de savoir qui de lui ou de moi représente le mieux l'opinion démocratique , mais bien d'éclairer un point de fait. A-t-il oui ou non allégué devant témoins que Proudhon m'avait répudié et qu'il s'était exprimé sur mon compte en termes plus que sévères ? Frédéric Morin bat la campagne pouir éviter de répondre. Je vais le mettre au pied du mur.

On a discuté au Corps législatif la loi du contingent. E. Picard a combattu, au nom des Cinq, le maintien du chiffre des 100,000 hommes. Il a été moins

350 l'opposition libérale sous l'ehpirs

brillant que d'habitude. Les préoccupations électorales paralysent évidemment ses facultés. Il a expliqué pourquoi il ne parlait ni du Mexique ni de la Pologne :

La première raison esl que M. le Président vient de me dire que nos observations trouveraient mieux leur place dans la discussion qui aura lieu à propos du budget rectificatif. — Ma seconde raison est que, probablement, le gouvernement n'aurait aucune réponse à faire sur le Mexique et In Pologne. En conséquence, je m'abstiens.

La discussion sérieuse a été entamée par M. le marquis d'Andelarre qui Ta fait porter sur une interprétation de la loi d'exonération. Suivant la jurisprudence du ministère de la guerre, le rengagement confère l'exemption des frères, tandis que le remplacement ne le conférerait pas. Or, depuis que le rengagement est devenu, de par la loi de 1855, un véritable remplacement, c'est-à-dire une position acceptée moyennant argent, les frères des rengagés doivent-ils jouir d'un avantage qui n'appartient pas au frère du remplaçant ?

Il faut que les arguments de M. le marquis d'Andelarre aient porté coup, puisqu'ils ont été appuyés par des hommes tels que MM. Ségris, Plichon etRoques- Salvaza. Pour obtenir le vote de la loi qui a été un moment menacée d'un renvoi à la commission, il a fallu que M. Baroche vint déclarer que le gouvernement examinerait la question.

L article suivant de M. Emile de Girardinmet lin à une situation qui était pénible à tous :

l'opposition LIbÉRALE SOUS l'EMPIRG 351

rions avons été heureux de lire ce matin en tf^'te du Siècle la déclaration qui suit, et à laquelle nous applaudissons des deux mains:

«En réponse aux attaques dont le Siècle a été l'objet je déclare que jamais mon vieux patriotisme ne s'exposera à rendre douteux le sucées de notre cause par une prétention personnelle et par une compétition de circonscription.

«L. Ha VIN. »

« Cher directeur,

cVous renoncez pour faire cesser toute division, à vous présenter dans une circonscription où tant d'électeurs vous avaient oirert leur concours; la rédaction du Siècle comprend et approuve In déterniination qui vous est dictée par votre dévouement à la démocratie. Nous sommes persuadés d'avance auo les électeurs vous en tiendront compte ; aossi persistons-nous à vous demander de rester un de leurs candidats à Paris ; c'est votre devoir, et le Siècle a bien le droit de faire juger sa politique par le suffrage universel.

<r Pour les rédacteurs,

«Le secrétaire de la direction politique,

(( LÉON Plée. 9

La déclaration de M. Havin n'aura malheureusement pas le

poavoir de faire de lui ce qu'il n'est pas : un orateur ; mais il est tel concoars qui, mis dans la balance électorale, peut poser moins que tel talent.

Ne tenir aucun compte de la grande publication du Siècle ne serait pas juste.

Notre appui le plus sincère, le plus chaleureux, le plus énergique, est donc acquis à M. Havin, concurrent, non plus de M. Picard, mais de M. Gnyard-Delalain.

ÉmILK de GlRARDIN.

La Presse fait ainsi d'une pierre deux coups ; elle rallie le Siècle à sa politique, et elle pose de sa propre autorité la candidature d'Havin dans la i^"" circonscription de la Seine, ce qui fait d'elle Tarbitre des prochaines élections.

Que va faire le comité Carnot ? Le désistement de M. Havin lui a enlevé en grande partie sa raison

3Si l'opposition libérale sous l'empire

-d'être. Il est impossible d'autre part que le directeur du Siècle continue à prêter à ce comité Tappii de son journal, après la promesse solennelle qui ter- . mine l'article de M. de Girardin.

8 avril 1863

A la suite du désistement d'Havin, il s'est prodmt tine sorte d'accalmie. Le comité Carnot ne fait plus parler do lui. Frédéric Morin profite de cette espèce de trêve pour m'écrire une lettre que je puis considérer comme une justification :

Il n'est pas vrai que j'aie affirmé que M. Proudhon vous avait répudié et avait rompu avec vous toutes relations. H n'est pas vrai qu'après la lecture dune lettre de vous, j'aie élevé une insinuation quelconque.

J'ai dit, ce qui est bien différent que vous aviez été nommé comme . Valter ego de M. Proudhon et que je croyais savoir que vous ne Tétiez plus, au jugement même de M. Proudhon ; ce qui n'implique nullement uno rupture entre lui et vous, mais simplement une diversité d'appréciation politique. Puis plus tard, quand on eut donné connaissance d'une lettre par vous écrite et renfermant un mot de M. Proudhon, je n'ai pas même demandé lecture de ce mot ; je me suis borné à demander la date sans ajouter une seule réflexion. Je ne sache pas que ie silence soit une insinuation.

Cela est clair et catégorique, je n'ai point parlé ni directement ni indirectement de lettre de M. Proudhon, de date postérieure; j'ai regardé l'incident comme vidé et me suis mis à causer de toute autre chose.

J'ai su par le jeune Emmanuel Durand, que malgré toutes ces belles protestations, les insinuations contre moi continuent. Elles viennent surtout des libéraux, qui se rattachent au parti orléaniste : en ra'attaquant, on croit viser personnellement le prince Napoléon dont on me considère comme l'ami ot le partisan.

l'opposition libérale soiis l*empire 353

10 avril ISCJ

On a commencé au Corps législatif la discussion sur le projet do loi portant modification du Code pénal. Nous avons d*^posé un certain nombre d'amendements (pu presque tous, ont été rédigés par Jules Favre. Dans un discours très étendu où il fait preuve d'une parfaite connaissance de la matière, Jules Favre a combattu le projet et n'en a rien laissé debout. Il eu ademandé le rejet parce que, suivant lui, la loi est incomplète et prématurée, parc(i qu'elle altère sensiblement les principes de moralité sur lesquels repose notre système criminel, et aussi parce qu'elle contient une pensée de défiance contre la magistrature.

On a beaucoup remarqué un discours de M. Hallez- Claparède, sur l'accroissement des récidives et sur les mesures à prendre pour en diminuer le nombre. M. de Parieu n'a pas nié que le système actuel fut inefficace; mais il n'a laiss('î entrevoir aucune solution nouvelle.

On a repris la discussion du projet de loi relatif aux modifications à apporter au Code pénal.

Le projet se compose d'un article unique, énonçant les numéros du Code pénal qui sont modifiés. J'ai demandé qu'on votât d'abord sur chaque article séparément et que l'article unique ne fût mis aux voix qu*à la fin du débat.

Mon x)bservation n'était pas inutile. C'est M. Réveil qui présidait et M. Réveil a des habitudes d'escamo-

»ij4 i;OPPOSITION LIBÉRALE Sf»US l'EMPIRE

tage contre lesquelles on ne saurait trop se précautionner. Il a, (lu reste, adopté Tordre de discussion que j'indiquais.

Nous avons pris une large part aux débats. J'ai hasardé de temps en temps quelques remarques ; mais Picard a présenta une série de critiques d'une grande valeur ; il a littéralement mit le rapporteur sur les dents.

A la fin de la séance, le président Réveil a annoncé la discussion en comité secret d'un projet relatif aux chemins de fer. Picard a protesté contre l'énorme quantité de lois dont on surcharge constamment notre ordre du jour. « On nous donne, a-t-il dit, à statuer, en quinze jours, sur des modifications au Code pénal, sur des modifications au Code de commerce, sur six chemins de fer, sur le budget; cela est vraûnent fâcheux. ))

La session vient d'être prorogée ; une nouvelle prorogation sera nécessaire.

Proudhon se propose de donner à la politique d'abstention une signification active : d'une part, il va former un comité abstentionniste pour combattre les comités contraires; d'autre part, il va publier un journal pour défendre les doctrines fédéralistes. Il a adressé, il y a deux mois, une demande d'autorisation pour un journal portant ce titre : la Fédération. M. Treilhard, directeur de la presse, lui a répondu par un refus formel. Proudhon ne se décourage pas. Il vient d'adresser au ministère de l'intérieur une nouvelle demande.

l'opposition libérale sors l*e>ipirk 3S5

12 avril 1863.

J'ai rencontré en me promenant le père Beslay, toujours essoufflé, toujours affairé. Il m'a confirmé que l'intention de Proudhon était de former un comité abstentionniste. C'est Chaudey qui le pousse dans cette Yoie. Le père Beslay se rallierait bien volontiers à la politique de Proudhon ; mais les ouvriers qu'il groupe autour de lui et avec qui il essaye de constituer une banque de crédit mutuel, no veulent pas en entendre parler. Non seulement ils sont partisans du Tote, mais ils cherchent, en outre, à faire prévaloir l'idée des candidatures ouvrières.

— Et vous, m'a demandé Beslay, où en sont vos affaires ?

— Elles vont, lui ai-je répondu, si j'en crois tous les indices que j'ai recueillis, aussi bien que possible : Havin s'est désisté de ses prétentions ; André Pasquet a cessé sa propagande ; je suis à peu près sûr de l'appui du Siècle et de ÏOpiyiion nationale; mes électeurs entrent en rapport avec moi et prennent soin de m'indiquer eux-mêmes les points sur lesquels les populations voudraient me voir me prononcer; on me sait gré parmi les ouvriers d'avoir demandé l'abolition des articles du Code pénal relatifs aux coalitions. A moins d'un revirement subit dans l'esprit des électeurs, je crois que je puis aborder le scrutin sans crainte. Ma réélection est à peu près certaine.

— Avez -vous un concurrent?

— Du côté du gouvernement, je vois la candidature de M. Constant Say, grand fabricant de sucre. Il se remue beaucoup; il fonde coup sur coup des institu-

35tS l/OPPOSlTIO.N LIBÉRALE SOLS l'eMPIRE

tions philanthropiques en faveur des ouvriers qu'il emploie dans son usine. Mais je crois que cela ne lui réussit guère. Ce sont là des pièges trop grossiers pour que la masse électorale s'y laisse prendre. M. Constant Say fait trop étalage de ses millions ; on n'aime pas ça dans les quartiers pauvres que je représente.

— Et Topposition que fora-t-elle ?

— Il est probable qu'ils m'opposeront un concurrent, peut-être même plusieurs. Je ne suis pasT/iowwif des pseudo-libéraux du Temps et du Courrier du Dimanche. Ces messieurs feront tous leurs efforts pour m'empècher de passer au premier tour et pour me faire subir l'humiliation d'un ballottage. Peut-être réussiront-ils. Cela dépendra des circonstances. Il peut y avoir à Paris un vote d'entraînement, et alors ils en seront pour leurs frais. Mais qu'espère Proudhon?

— Vous n'avez pas à vous préoccuper, m'a répondu le père Beslay, de la politique abstentionniste. Elle ne peut vous atteindre personnellement; Proudhon vous conserve son estime et son amitié. Il le dit à qui veut l'entendre. C'est là, du reste, une fantaisie qu'il faut lui passer. Notre ami a trop prolongé son séjour <în Belgique. Il a perdu le sens de la réalité. Il s'est laissé, en outre, accaparer par des gens qui, comme Chaudey, auraient voulu avoir une candidature, et qui, voyant que cela leur était impossible, se sont rejetés vers l'abstention. Ils ne feront pas leurs frais. Nos ouvriers refusent de les suivre. Tout le monde est pour l'action.

Et sur ces mots, le père Beslay m'a tendu la main en me souhaitant bon courage et bonne chance.

l'opposition LIBÉIIALE SOIS l/KMPIRf: l^iU

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