‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 105 sur 206 · Tac., Agric · texte numérisé non relu

Tac., Agric

186 l’opposition sous les césars.

délateur le quart des biens du condamné; mais on dépassait souvent cette somme quand la victime était d’importance : après la condamnation de Thraséa et de Soranus, les principaux accusateurs reçurent chacun 5 millions de sesterces (4 million de francs); c’est par ce moyen qu’on arrivait bien vite à des fortunes scandaleuses. Éprius Marcellus et Vibius Crispus gagnèrent à ce métier 300 millions de sesterces (60 millions de francs). On ne se contentait pas de payer leurs services avec de l’argent, on leur prodiguait par surcroît toutes les dignités de l’État. Après chaque procès retentissant, il y avait une distribution de prétures et d’édilités. Ces vénérables fonctions républicaines servaient de prix à des complaisances honteuses. Rien, selon Tacite, n’indignait plus les honnêtes gens que de voir les délateurs « étaler les sacerdoces et les consulats comme des dépouilles prises sur l’ennemi1 ». A la fin du règne de Tibère, on ne devenait plus consul qu’à la condition d’avoir perdu quelque ennemi de César. C’était encore sous Domitien la route la plus courte pour arriver aux dignités publiques. «J’ai mieux aimé, dit Pline, prendre le plus long » ; mais d’ordinaire tous ces jeunes gens étaient pressés d’arriver, et ils préféraient les raccourcis.

Voilà comment, vers l’époque de Tibère, de tous les rangs de cette société corrompue on vit sortir des délateurs. « Ce fut partout, dit Sénèque, comme une rage d’accuser qui épuisa Rome bien plus qu’une guerre civile2. » Tous ceux qui avaient souffert de quelque mécompte ou de quelque injure, tous ceux qui luttaient contre une position précaire ou un passé fâcheux, tous

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