‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 113 sur 206 · Tac., Hist., IV · texte numérisé non relu

Tac., Hist., IV

l’opposition sous les césars.

colère ne durait pas. Le prince nouveau arrêtait bientôt les poursuites, et il se trouvait que cette vengeance de tan t d’injustices et de tant d’outrages, attendue patiemment pendant tant d’années, n’avait duré que quelques jours. Cependant après Domitien l’opinion publique fut plus exigeante; elle demanda des représailles, elle voulut des victimes. On imagina pour punir les délateurs un supplice nouveau : ils furent jetés sur des vaisseaux sans pilotes et abandonnés aux flots. « Quel spectacle! disait Pline, qui n’oubliait pas qu’ils avaient failli le faire périr : une flotte de délateurs, livrée à tous les caprices des vents, forcée de tendre ses voiles à la tempête, de suivre les vagues furieuses surtous les écueils où il leur plaisaitde lajeter! Quel plaisir de voir, au sortir du port, tous ces navires dispersés, et sur le rivage même de remercier le prince qui, conciliant la justice avec sa clémence, confiait la vengeance de la terre aux dieux de la mer 1 ! »

Mais à cette époque même la satisfaction donnée aux honnêtes gens fut loin d’être complète. Les délateurs qui furent alors punis n’étaient pas les plus connus et les plus coupables. On s était contenté de frapper les plus humbles, ceux qui n’avaient exercé leur industrie que dans les rangs inférieurs de la société, ceux qui, s’étant avisés un peu tard de ce métier lucratif, n’avaient pas encore eu le temps de devenir riches quand il fut brusquement supprimé. On les fit payer pour tous les autres. Quanta ceux qui s’étaient enrichis, comme Régulus, qui avaient occupé des fonctions publiques, qui s’étaient fait des appuis et des obligés, ils conservèrent leur fortune et quelquefois leur crédit. Un jour, à la table de Nerva, ou se trouvaient quelques amis du prince, et parmi eux

Page 1