‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 116 sur 206 · Sén., De ira, II · texte numérisé non relu

Sén., De ira, II

l’opposition sous les césars.

élégant et trop bien mis. Le soir, il invita le père à dîner. Ce malheureux s’y rendit sans que rien parût sur sa figure, il accepta des parfums et des couronnes, il mangea gaiement et but à la santé du prince. « Youlez-vous savoir pourquoi ? dit Sénèque. Il avait un autre enfant1.» Sous Néron, on inventa un crime nouveau qui consistait non à parler, mais à se taire. S’absenter du sénat quand on devait y décerner quelques honneurs au prince, ne pas paraître au palais lorsqu’on allait le féliciter de la mort de sa mère ou de sa femme, c’étaient des actes coupables qu’on punissait de mort. Ce fut la seule opposition de Thraséa 2 ; il la paya de sa vie, mais en général on n’était pas si téméraire. On avait grand soin de ne pas paraître tiède quand il s’agissait de la gloire de l’empereur. On ne parlait jamais qu’avec enthousiasme de ses grandes actions; on se mettait l’imagination à la torture pour inventer tous les jours quelques flatteries nouvelles. Tibère au moins eut l’esprit de refuser les honneurs ridicules qu’on lui offrait. Le sénat avait décidé de donner son nom à 1 un des mois de 1 année, comme on avait déjà fait pour ses deux prédécesseurs. « Que ferez-vous donc, réponditil, quand vous serez arrivé au treizième César 3 ? » Mais après lui, Caligula, Néron, Domitien surtout, furent moins réservés.

Si 1 on veut avoir un exemple des bassesses auxquelles devait alors se résigner un grand personnage pour obtenir de vivre, il suffit de réunir ce que les historiens de cette époque nous racontent de Vitellius, le père de celui qui devint empereur. C’était un homme de grande naissance et de grande fortune, qui avait débuté par des

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