‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 117 sur 206 · Dion, LVII · texte numérisé non relu

Dion, LVII

LES DÉLATEURS

actions d éclat. Gouverneur de Syrie dans des circonstances difficiles, il força le roi des Parthes à lui demander une entrevue et à se baisser devant les aigles. Mais il éprouva ce qui arrivait à tous les gens distingués de cette époque : ils restaient honnêtes tant que leurs fonctions les retenaient en province, l’air de Rome les gâtait. Revenu à Rome soùs Caligula, qui prenait sa divinité au sérieux, Vitellius donna le premier l’exemple d’adorer l’empereur. Il ne l’abordait que la tète voilée et en se prosternant. Son importance augmenta sous Claude, et il devint une sorte de favori, mais il lui fallut payer son crédit par sa servilité. Claude était gouverné par sa femme et ses affranchis ; Vitellius s’attacha par tous les moyens à gagner les affranchis et la femme du prince. Il avait fait placer les statues en or de Narcisse et de Pallas parmi les dieux lares de sa famille et leur rendait un culte. Quant à Messaline, après avoir obtenu comme une insigne faveur qu’elle lui donnât sa pantoufle, il la plaça respectueusement entre sa tunique et sa toge, et il la tirait de temps en temps pour la baiser. C’était une flatterie dont on ne s’était pas encore avisé, et qui prouve bien que Vitellius avait dans ce genre un merveilleux talent d’invention, miri in adulando ingénu l. Du reste, il rendait à l’impératrice des services plus réels. Quand elle voulut perdre Valérius Asiaticus, dont elle convoitait les jardins, elle le fit accuser devant Claude et Vitellius, qui étaient alors consuls. Tacite a

1. Après la célébration des jeux séculaires, qui n’avait lieu que tous les cent ans, il dit à Claude : « Puisses-tu les faire souvent ! sxpe facius! » Ce souhait ne fut pas mal reçu. « Il ny a pas de flatterie si énorme, dit Juvénal, qu’on ne puisse faire accepter à ce pouvoir qui s’égale aux dieux ! » — Tous ces détails sont tirés de Suétone, dans la Fie de Vitellius.

l’opposition socs les césars.

raconté cette scène étrange, qui serait une excellente comédie, si elle n’avait pour dénoûment la mort d’un honnête homme l. Asiaticus se défendit avec tant découragé que l’émotion gagna toute l’assistance ; Messaline elle-même fut forcée de s’éloigner pour cacher ses larmes; elle n’eut que le temps de se pencher à l’oreille de Vitellius et de lui dire en pleurant de ne pas laisser échapper l’accusé. Vitellius, quand vint son tour d’opiner, combla Asiaticus d’éloges, rappela les services qu’il avait rendus à l’État, parla d’un ton pénétré de l’étroite amitié qui l’unissait à lui, ne tarit pas sur tout ce qui pouvait lui concilier la pitié, puis il conclut qu’il fallait lui laisser le choix de sa mort. Claude se décida pour la même clémence 2, et le malheureux, loué et plaint par tout le monde, se fit ouvrir les veinés. La situation brillante que Vitellius avait conquise à la cour de Claude, et qu’il fortifiait par ses complaisances, ne laissait pas d’avoir ses dangers, et il lui fallait souvent beaucoup d’habileté pour les éviter. La mort de Messaline fut une de ces épreuves où il eut à déployer toute sa finesse. 11 était dans la litière qui ramena Claude d’Ostie quand on lui eut appris ses infortunes conjugales. Le moment était critique. Claude semblait indécis ; tantôt il s’attendrissait au souvenir de ses enfants, tantôt il s’emportait contre l’infidélité de sa femme ; mais on savait que les colères de Claude ne duraient pas et qu’un mot de Messaline pouvait tout changer. Il y avait donc autant de péril à l’accuser qu’à la défendre. Vitellius gardait une prudente réserve. Il avait 1 air d’un homme qui ne sait rien de ce qui se passe, ou, s il était obligé de parler,

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