‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 119 sur 206 · De ben., II · texte numérisé non relu

De ben., II

- i. De ira, III, 16, 3.

5 Epist., 14, 8.

Les délateurs.

l’on fait le mal plutôt par calcul que par haine l. » Si l’on a trop de fortune, il faut savoir en sacrifier à propos une partie, « comme on jette des marchandises à la mer pour alléger le vaisseau pendant l’orage ». Quand on a pris toutes ces précautions, est-on sûr au moins de se sauver? « Je ne puis pas plus vous le promettre, répond Sénèque, qu’on ne promet à un homme qui se soigne qu’il se portera toujours bien 2. »

Que faire alors ? prévoir tous les malheurs et s’y préparer, détacher au plus vite son âme de tous ces hiens qui peuvent nous être ôtés. On peut être chassé de son pays et dépouillé de sa fortune, aller mourir de faim sur un rocher comme Cassius Sévère, ou pourrir dans un cachot comme Asinius Gallus. Qu’on apprenne donc à mépriser l’exil, la prison et la misère. « Je deviendrai pauvre ; — c’est le lot du plus grand nombre. — On m’exilera; — ne puis-je pas regarder comme le lieu de ma naissance celui de mon exil ? — On me jettera dans les fers ; — eh quoi ! suis-je donc libre à présent? et la nature ne me tient-elle pas enchaîné à ce corps qui m’écrase? » Voilà ce qu’il faut se dire pour que les malheurs deviennent moins redoutables en devenant moins imprévus ; mais ce n’est pas assez de se le dire, il faut que l’âme et le corps se familiarisent d’avance avec eux. Sénèque a tout prévu : son sage se fera pauvre pendant quelques jours de l’année. Il s’isolera dans ces vastes palais qu’il habite; parmi ces meubles somptueux, il couchera sur un grabat; il vivra de pain dur et moisi au milieu de ces mets délicats dont sa table est chargée, et quand il aura fini victorieusement son épreuve, « il

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