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Pline, Epist

l’opposition sous les césars.

ville auprèi du pouvoir central, s’ils étaient jamais menacés. En échange des services qu’ils avaient rendus ou qu’on espérait d’eux, on les comblait d’honneurs. Le décret qui les nommait était toujours rédigé dans les termes les plus flatteurs, et l’on envoyait une ambassade solennelle qui était chargée de le leur remettre et de le faire graver devant leur porte l. Aprèsles patroni, X album de Canusium contient les décurions en exercice, placés d’après leur importance; il se termine par les noms de quelques jeunes gens ( prætextati ), enfants de grandes maisons auxquels on accordait le droit d’assister aux séances du sénat pour se former aux affaires, en attendant qu’ils eussent l’âge d’y prendre part. C’étaient des décurions en expectative et en survivance. Il y en avait vingt-cinq à Canusium auxquels on avait fait cet honneur.

Ce qui était le plus remarquable dans cette organisation des municipes, c’est la façon dont les duumvirs, les édiles et les questeurs étaient nommés. On a cru souvent que les comices populaires avaient été supprimés dans les provinces, comme ils l’étaient à Rome depuisTibère, et que le choix des magistrats municipaux était confié aux décurions, comme celui des magistrats romains au sénat et à l’empereur. Il faut avouer que cette supposition était vraisemblable et entièrement conforme à l’idée que

1. On a retrouvé à Rome, sur des plaques d’airain, un décret de la petite ville de Ferentum qui nommait Pomponius Bassus pour son patronus (Orelli, 784). C’est probablement l’exemplaire qui avait été placé sur la maison de Bassus. Du reste ces patroni n’étaient pas toujours de grands personnages. Les grandes villes choisissaient des sénateurs ou des consulaires ; les plus petites se contentaient de prendre des tribuns militaires ou moins encore. On a des exemples de femmes et d’enfants qui ont été revêtus de cette dignité.

nous nous faisons de l’empire. Elle n’était pas vraie cependant, et il n’est plus possible de la soutenir depuis qu’on a découvert les fameuses tables de Salpensa et de Malaga l. Ces tables contiennent les lois accordées à ces deux municipes par l’empereur Domitien, et comme il est difficile d’admettre qu’on les eût faites exprès pour eux, on doit supposer qu’elles en régissaient aussi beaucoup d’autres. Elles ne laissent aucun doute sur la façon dont les magistrats municipaux étaient nommés. Un des duumvirs en charge présidait l’élection. Les candidats se faisaient inscrire d’avance, et s’ils n’étaient pas en nombre suffisant pour les places qu’on devait remplir, le duumvir complétait ce nombre en choisissant d’office parmi les citoyens les plus importants de la ville. On votait par curie et au scrutin secret. Tous les habitants prenaient part au vote, et même les étrangers, pourvu qu’ils fussent citoyens romains. Au jour fixé, chaque curie se rendait dans le lieu de ses séances, et l’on procédait à l’élection. Des précautions minutieuses étaient prises pour en assurer la sincérité. « Il faut, disait la loi, qu’auprès de l’urne de chaque curie il y ait trois citoyens du municipe, mais non pas de cette tribu, qui gardent le scrutin et le dépouillent. Il faut qu’avant de le faire chacun d’eux jure qu’il se conduira loyalement et tiendra un compte exact de tous les suffrages. On ne doit point empêcher non plus que les candidats envoient des gens chargés de surveiller les différentes urnes, et toutes ces personnes, aussi bien celles qui seront désignées par l’autorité que celles

1. Voyez Corp. insc. lut., II, 1963, et les nouvelles tables découvertes à Osuna et publiées dans YEphemeris epigraphica, II, 3. M. Giraud a donné une traduction et un commentaire de ces nouvelles tables dans le Journal des Savants, 1874.

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qu’enverront les candidats, pourront voter dans la curie où elles se trouvent, et leur suffrage sera aussi valable que s’il était donné dans la curie à laquelle elles appartiennent réellement. » Voilà des précautions qui montrent des gens parfaitement habitués à toutes les pratiques du suffrage universel. La loi continue à indiquer avec les mêmes détails la façon dont on compte les votes dans chaque tribu, et qui Ton doit choisir quand plusieurs candidats ont obtenu le même nombre de suffrages; elle ordonne enfin que celui qui l’emporte sur les autres, après avoir donné des garanties suffisantes pour répondre des finances de la ville dont il va disposer, soit amené devant le peuple réuni, et là jure, « par Jupiter, par le divin Auguste, le divin Claude, le divin Vespasien, le divin Titus, le génie de l’empereur Domitien et les dieux Pénates, qu’il fera tout ce que la loi de la cité lui commande de faire, sans en jamais violer les prescriptions ». Ce serment prononcé, il est solennellement proclamé magistrat de son municipe.

Ainsi, au temps de Domitien, le peuple des municipes choisissait ceux qu’il voulait pour le gouverner. Ces scènes de comices et d’assemblées populaires, qui n’étaient plus à Rome qu’un souvenir lointain, redevenaient une réalité vivante à quelques lieues de ses murailles. C’était donc quelque chose d’être le magistrat même d’une bourgade ignorée, puisqu’on était nommé par les suffrages libres de ceux qui l’habitaient. Les poètes avaient bien tort de parler avec tant de dédain des pauvres préteurs de Fundi ou des édiles déguenillés d’Ulubres 1 ; il y avait après tout plus d’honneur à être l’élu de ses concitoyens, même à Ulubres et à Fundi, qu’à mériter

î. Horace, Sat., I, 5, 34-. Juvénal, X, 102,

le choix de l’empereur, quand l’empereur s’appelait Tibère ouNéron. Voilàpourquoi les magistratures desmunicipes étaient si disputées. Les ambitions y étaient ardentes et les luttes acharnées. Les Romains, qui voulaient rire, appelaient ces scènes d’élection des tempêtes dans un verre d’eau, fluctus in simpulo 1. C’étaient en vérité des tempêtes. La brigue s’en mêlait quelquefois, et les partis étaient si animés que, faute de pouvoir s’entendre, on était réduit à demander à l’empereur ce magistrat qu’on ne pouvait pas nommer soi-même.

Il est resté à Pompéi des traces très curieuses de ces fièvres d’élection. Comme on n’avait pas alors de journaux pour prôner les candidats qu’on préférait ou pour attaquer ceux qu’on n’aimait pas, on écrivait naïvement ses préférences ou ses antipathies sur les murailles. C’était un usage si général qu’en certains pays les propriétaires défendaient la blancheur de leurs maisons contre cet envahissement d’affiches électorales. « Je prie, disaient-ils, qu’on n’écrive rien ici. — Malheur au candidat dont le nom sera écrit sur ce mur ! puisse-t-il ne pas réussir 2 ! » Il est probable que les propriétaires de Pompéi étaient plus accommodants 3, caron a retrouvé un très grand nombre de ces affiches sur les maisons, et l’on en découvre tous les jours de nouvelles. La formule n’est pas très variée : c’est toujours une corporation ou un particulier qui recommande son protégé aux suffrages

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