‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 125 sur 206 · Tac., Ann., VI · texte numérisé non relu

Tac., Ann., VI

LES DÉLATEURS

toutes ces recherches de luxe qui témoignent d’un goût si délicat et si raffiné, on songe à notre dix-huitième siècle, où l’esprit était si cultivé, les habitudes si distinguées, la vie si élégante. Ces deux sociétés étaient fières d’elles-mêmes; elles s’enorgueillissaient de leurs lumières; elles dédaignaient le passé et jouissaient avec orgueil du présent ; les sages annonçaient que la barbarie des anciens âges était tout à fait vaincue, qu’on pouvait avoir une confiance sans réserve dans les bons instincts de l’homme parce que sa nature penche d’ellemême vers le bien. Ils proclamaient avec un éclat admirable et un succès universel le grand principe de la fraternité humaine et ce devoir qui en découle pour l’homme de respecter l’homme, homo res sacra homini1. Que toutes ces nobles pensées furent vite oubliées ! Que cet orgueil du présent, que cette espérance pour l’avenir, reçurent de cruels démentis! Que d’événements terribles et imprévus vinrent, aux deux époques, prouver qu’il ne faut pas trop compter sur l’homme, que souvent la barbarie sommeille sous ces semblants d’élégance, et qu’il suffit de bien peu de chose pour faire remonter à la surface ce fonds de boue et de sang que la civilisation recouvre sans l’anéantir!

î. Sén., rpist., 95, 33

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