‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 128 sur 206 · Sén., De Iranq. animi · texte numérisé non relu

Sén., De Iranq. animi

dictait à un secrétaire ses derniers préceptes de vertu; Thraséa écoutait le cynique Démétrius, qui l’entretenait d’immortalité, et c’est tout plein de ces nobles leçons que, se sentant finir, il invoquait Jupiter libérateur. Pétrone est le seul qui soit mort tout à fait en épicurien. « Il ne voulut pas rejeter brusquement la vie. Il s’ouvrit les veines, puis les referma, puis les ouvrit de nouveau, parlant à ses amis et les écoutant à leur tour; mais, dans ses propos, rien de séiûeux, nulle ostentation de courage, et de leur côté point de réflexions sur l’immortalité de l’âme et les maximes des philosophes. Il ne voulait entendre que des vers badins et des poésies légères. Il récompensa quelques esclaves, en fit châtier d’autres. Il se mit à table, il se livra au sommeil, afin que sa mort, quoique forcée, parût naturelle1. » Cette façon de quitter la vie a causé une vive admiration à tous les épicuriens du dix-septième siècle. « Ou je me trompe, dit Saint-Évremond, ou c’est la plus belle mort de l’antiquité. Dans celle de Caton je trouve du chagrin et même de la colère. Le désespoir des affaires de la république, la perte de la liberté, la haine de César, aidèrent beaucoup à sa résolution, et je ne sais si son naturel farouche n’alla point jusqu’à la fureur quand il déchira ses entrailles. Socrate est mort véritablement en homme sage et avec assez d’indifférence; cependant il cherchait à s’assurer de sa condition en l’autre vie, et ne s’en assurait pas; il en raisonnait sans cesse dans la prison avec ses amis, assez laiblement, et, pour tout dire, la mort lui fut un objet considérable. Pétrone seul a fait venir la mollesse et la nonchalance dans la sienne. Nulle action, nulle parole, nulle circonstance qui marque l’embarras d’un mou-

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