‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 138 sur 206 · Tac., Ann., XV · texte numérisé non relu

Tac., Ann., XV

leure. Les beaux esprits et les grands seigneurs du dixseptième siècle, qui le pratiquaient si volontiers, ne se trompaient pas quand ils le tenaient pour un des leurs. C’est ce qui se reconnaît partout, et principalement à ce ton d’ironie légère qui est perpétuel dans son livre et trahit l’homme du monde. Pétrone a peu de goût pour ces grands éclats de voix et cette violence d’invectives qui plaisent aux déclamateurs comme Juvénal; il raille finement et d’un mot, sans appuyer et sans crier; mais son ironie, si délicate qu’elle soit, ne ménage rien. Tout ce qu’on respectait à Rome, par habitude et par point d’honneur, y est plaisamment touché. Les héros de son roman témoignent peu de confiance dans les magistrats et dans les lois, et ils sont fort disposés à croire qu’il faut commencer par payer son juge quand on veut gagner son procès1. Ils ne se fient guère non plus à la police et seraient gens à redouter presque autant la rencontre des gardes de nuit que des voleurs2. Le charmant récit delà Matrone d'Éphèse indique qu’ils ne font pas beaucoup de fond sur la fidélité des femmes, et qu’ils croient qu’une veuve inconsolable est fort sujette à se consoler. Ils n’ont pas non plus beaucoup de scrupule à plaisanter sur la religion ; ce n’est pas sans un sourire qu’une dévote campanienne déclare « que son pays est si rempli de divinités qu’il est plus aisé d’v rencontrer un dieu qu’un homme », et qu’elle demande à genoux le secret pour des mystères impénétrables, « qui ne sont guère connus que d’un millier de personnes3 ». Dans ce roman si peu moral, il est souvent question de morale, et il n’est pas rare d’y trouver des pages qu’on croirait empruntées aux

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