Id
260 l’opposition sous les césars.
épîtres de Sénèque1; mais cette sagesse est souvent si étrangement placée qu’on sent bien que l’auteur ne la prend pas au sérieux. Elle reçoit aussi très souvent de cruels démentis. Trimalchion veut bien s’attendrir un moment sur le sort des esclaves : c’était alors de bon ton. « Ils sont des hommes, dit-il, et ils ont été nourris du même lait que nous2. » Ce qui ne l’empêche pas un peu plus tard de menacer un de ses serviteurs, à propos d’une peccadille, de le faire brûler vif3.
L’homme du monde se reconnaît encore à sa façon d’écrire. Ce romancier, qui reproduit si fidèlement les propos populaires avec leurs hardiesses d’incorrection, se sert d’une langue si fine et si châtiée, quand il parle pour son propre compte, que Juste-Lipse disait qu’on n’avait jamais écrit si purement des impuretés (auctor purissimœ impuritatis) . C’est surtout quand il est question des femmes et de l’amour que ce style s’assouplit et se colore. Il n’y a rien de plus gracieux dans toute la littérature latine que le récit des aventures de Polyœnos et de Circé ; mais cette grâce n’est pas exempte d’un peu de manière et de précieux. L’influence du monde s’y fait sentir, on y retrouve cette habitude de raffiner ses pensées et de dire spirituellement les choses tendres, familière aux gens d’esprit qui vivent ensemble. « Ce que Pétrone a de plus particulier, dit Saint-Évremond, c’est qu’à la réserve d’Horace en quelques odes, il est peut-être le seul de l’antiquité
1. Par exemple, les réflexions sur la mort de Lichas ( Sat ., 115) ressemblent beaucoup à celles de Sénèque sur la mort de Cornélius Senecio ( Epist ., 101).
2. Sat., 71 : et servi hommes smt et eumdem lactem hiberunt. On voit que Pétrone ne fait pas parler à Trimalchion un langage irréprochable.