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M. Henzen pense que ces réclames électorales provenaient

Si les dignités municipales étaient si recherchées à Pompéi et ailleurs, ce n’était pas pour les profits qu’on en retirait. Aucun des magistrats ne recevait de traitement ; au contraire, ils payaient pour être élus. La différence entre eux et les nôtres à ce sujet est bien nettement marquée par le sens qu’avait alors le mot d 'honoraires et celui qu’il a pris clmz nous. Il signifie aujourd’hui le salaire dont on paye le travail d’un fonctionnaire public; c’était alors la somme d’argent qu’il devait donner pour reconnaître l’honneur qu’on lui faisait en le nommant, honoraria summa. Cette somme, qui variait selon l’importance des villes1, était la moindre des dépenses que coûtaient les magistratures. On attendait bien autre chose de celui qui avait obtenu les suffrages de ses concitoyens. Les moins riches, dans les municipes les plus misérables, offraient à leurs électeurs du vin cuit et des gâteaux. Depuis le matin jusqu’au soir, les pauvres gens avaient le droit de se régaler aux frais de leur édile ou de leur duumvir. « Ami, dit une inscription, demande des gâteaux et du vin, on t’en donnera jusqu’à la sixième heure. N’accuse que toi si tu arrives trop tard2. » Les décurions étaient naturellement mieux traités que la populace. On les invitait à un repas public, et l’on fournissait à leurs concitoyens l’occasion

moins du vœu spontané des citoyens que des candidats eux-mêmes qui voulaient réchauffer de cette façon le zèle des électeurs. On a cru reconnaître, à la manière dont ces affiches sont écrites, qu’elles étaient toutes sorties de la même main. Sans doute il y avait des calligraphes électoraux qui, le moment venu, se mettaient au service de tous les candidats. Voyez Corp. insc. lat., IV, p. 10.

1. Dans une petite ville de l’Afrique, à Calame, la somme honoraire pour les dignités les plus élevées semble être de 3000 sesterces (C00 francs).

2. Orelli, 7083 : mulsum, crustula, municeps, petenti in sextam tibi dividentur horam. De te tardior aut piqer querere.

de les voir dîner en cérémonie. Quelquefois on étendait cette libéralité au peuple tout entier, et à la fin du repas on faisait des distributions d’argent auxquelles tout le monde prenait part : chacun recevait suivant la position qu’il occupait dans la ville. On donnait 20 sesterces (4 francs) aux décurions, 10 sesterces (2 francs) aux membres de certaines associations religieuses et commerciales, les augustales, les mercuriales , et 8 sesterces (1 fr. 60) à tous les autres citoyens1. Quant aux jeux de toute sorte dont on devait faire les frais, le peuple y tenait plus qu’à tout le reste. Il fallait lui offrir des courses de chevaux, des luttes d’athlètes, des combats de gladiateurs, ou même tous ces spectacles à la fois. Il semble en vérité qu’en ce moment on regardait comme le premier devoir d’un homme riche de se ruiner à régaler et à divertir ses concitoyens.

Ces libéralités pourtant ne suffisaient pas , si l’on voulait éclipser ses rivaux et contenter ses électeurs. Le peuple exigeait qu’à ces repas, à ces fêtes,- on joignît des bienfaits plus durables et plus sérieux : c’étaient presque toujours des travaux publics que le magistrat entreprenait à ses frais. Tantôt il construisait ou il réparait des routes pendant plusieurs milles de longueur, et quand il les faisait paver avec des pierres neuves et non pas avec des restes d’anciennes constructions démolies, il avait grand soin de le dire2; tantôt il amenait de l’eau dans son municipe : il la faisait couler dans les rues et sur les places, et la distribuait même aux maisons des particuliers moyennant une certaine redevance3. Le plus souvent

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