Phars.,l, 150 : gaudensque viam fecissc ruina
LES ÉCRIVAINS DE l’ 0 P P 0 S I TI ON. 277
eux à s’être armés les uns contre les autres, le crime lui semble égal des deux côtés.
Ces sentiments ne sont pas propres à Lucain; c’étaient, depuis Auguste, ceux du prince et de la cour. Quoique Auguste dût tout à César, il affectait de n’être pas tout à fait un césarien. Il lui semblait sans doute qu’en condamnant les vainqueurs et les vaincus il plaçait son pouvoir au-dessus des partis et en dehors des révolutions. Il s’était fait révolutionnaire pour arriver à l’empire, il se fit conservateur pour le garder : c’est la tactique ordinaire des ambitieux quand ils ont réussi. En réalité, il profitait de la guerre civile qui lui avait conquis un trône ; mais comme il ne voulait pas encourager les autres à l’imiter, et qu’il craignait que son exemple ne tournât contre lui, il la condamnait en principe. Il permettait à ses meilleurs amis de blâmer le passé pour assurer le présent. Il laissait son poète Horace déclarer solennellement que le troisième triumvirat, celui qui l’unit à Lépide et à Antoine, avait été fatal à la république *; il n’était pas fâché que Virgile précipitât dans le Tartare « les soldats qui avaient pris part aux guerres fratricides1 2 », c’est-à-dire ceux qui s’étaient fait tuer pour lui à Philippes. Il aurait certainement applaudi à Lucain, s’il l’avait entendu dire aux deux armées qni vont se battre : « Quelle fureur, ô citoyens, quelle passion insensée de combats ! pourquoi répandre ainsi le sang romain sous les yeux des nations ennemies ! Quand il faudrait ravir à la fière Babvlone les trophées de l’Italie, quand l’ombre de Crassus erre encore sans sépulture et sans vengeance, vous vous