Æn., VI
278 l’opposition sous les césars.
plaisez à des luttes qui n’auront jamais de triomphes1 ! » Voilà ce qu’on pensait ou du moins ce qu’on disait autour du prince; Lucain, en maudissant les guerres civiles, en condamnant également tous les partis au nom du patriotisme, s’est placé tout à fait au point de vue officiel et impérial.
Il est vrai que ce juste équilibre qu’il prétend tenir entre les deux rivaux se dérange vite, et que, dès le premier livre de la Pharsale, il paraît pencher vers Pompée. Il imagine qu’au moment où César arrive sur les bords du Rubicon, qui sert de limite à sa province, la Patrie lui apparaît et dit à ses soldats : « Arrêtezvous si vous respectez les lois, si vous êtes encore des citoyens2. » Puisqu’ils ne l’écoutent pas, ce ne sont plus que des rebelles. Lorsque, après avoir pris Ariminum et chassé devant lui les troupes de son rival, César entre à Rome, qu’il n’a pas vu depuis dix ans, le poète ressent et exprime en beaux vers une douleur honnête : « Dieux de l’Olympe, dit-il, s’il revenait dans sa patrie, vainqueur seulement des peuples de la Gaule et du Nord, quelle fête pour lui! que d’applaudissements! quelle pompe !... pour avoir remporté quelques victoires de trop, quel beau triomphe il a perdu ! 3 » Il condamne donc ces victoires et les trouve criminelles. Pompée vaincu et forcé de quitter l’Italie lui semble préférable à son rival victorieux. « Il s’en va avec sa femme et ses enfants, traînant toute sa maison au combat ; il s’en va toujours grand et accompagné par des nations entières dans son exil 4. » On voit bien de quel côté sont ses