‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 150 sur 206 · Phars., IX · texte numérisé non relu

Phars., IX

282 l’opposition sous les césars.

l’empereur est devenu son ennemi R Il n’est plus question, on le comprend, de cette impartialité dont il se piquait au début de son œuvre. César est de plus en plus maltraité, il devient une sorte de maniaque qui cherche à mériter la haine de ses concitoyens et serait bien fâché d’être aimé d’eux1 2 3, un furieux qui s’agite sans motif et court de tous les côtés, « plus rapide qu’une tigresse qui va mettre bas 3, » un sauvage qui se réjouit de voir couler des fleuves de sang, qui contemple avec bonheur « les montagnes entassées de morts et de mourants », et ne s’arrache à ce spectacle que quand l’odeur des cadavres le chasse du champ de bataille4.

Voilà donc comment Lucain est devenu républicain : c’est la haine de l’empereur qui l’a rendu l’ennemi de l’empire ; mais il faut reconnaître qu’il l’est avec plus de franchise et d’énergie qu’aucun de ses contemporains. Quand il arrive à la défaite de Pharsale, il ne peut contenir l’ardeur de ses sentiments; la colère et la douleur lui inspirent les plus beaux vers qu’il ait écrits. « C’est alors, dit-il, que la liberté nous a fuis pour ne plus revenir. Elle s’est réfugiée au delà du Tigre et du Rhin, elle est perdue pour nous, c’est le bien des Germains et des Scythes, l’Italie ne la connaît plus. Que je voudrais qu’elle ne l’eût jamais connue ! Rome, que n’es-tu restée esclave depuis le jour où Romulus appela les voleurs dans ton asile jusqu’au désastre de Pharsale! Je ne pardonne pas aux deux Rrutus. Pourquoi avonsnous vécu si longtemps sous le règne des lois? Pourquoi nos années ont-elles porté le nom des consuls? Les

Page 1