VII
LES ÉCRIVAINS DE i/ 0 P P 0 SIT 1 0 N. 283
Arabes, les Perses et tous les autres peuples de l’Orient sont plus heureux que nous : ils n’ont jamais connu que la tyrannie. De toutes les nations qui servent sous un maître, notre condition est la pire, car nous sommes esclaves en rougissant de l’être1! » Que nous sommes loin des sentiments timides de l’opposition de ce temps ; jamais alors la haine du présent et le regret du passé ne se sont exprimés avec tant de vigueur, et pourtant ces paroles amères ne suffisent pas à soulager son cœur. On sent qu’il veut passer des paroles aux actes ; partout il invoque Brutus comme un homme qui en fait son idéal et qui est résolu à suivre son exemple. A Pharsale, quand il le voit se couvrir la tête d’un casque et s’exposer à la mort, il le sollicite de s’épargner. « Honneur de la république, lui dit-il avec un accent plein de passion, espoir suprême du sénat, le dernier de ce nom illustre entre tous dans tous les siècles, garde-toi de te jeter en téméraire au milieu de la bataille. » Les temps ne sont pas venus; il faut qu’avant de mourir il immole une grande victime à la liberté2. Avec Brutus, Caton est désormais son héros, non pas ce philosophe raide et raisonneur qu’imagine Sénèque et qu’il représente désintéressé des affaires de son pays, mais le Caton véritable, qui s’est tué pour ne pas survivre à la république. Il l’oppose aux Césars auxquels on a prodigué tant de flatteries mensongères et qu’on place si facilement dans le ciel. Ces honneurs, c’est à la victime de César, à Caton seul, qu’ils sont dus : « Le voilà, dit-il, le véritable Père de la patrie, celui dont Rome devenue libre, aujourd’hui, demain, fera un dieu, nunc, olim, factura deum3\ »