‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 153 sur 206 · Phars., VII · texte numérisé non relu

Phars., VII

3. Tac., Ann., XV, 50 : deligendum. qui fessis rebus succederet.

4. Tacite nomme parmi eux Latéranus et Vestinus ; il ne parle pas de Lucain.

LES ÉCRIVAINS DE l’OPPOSITION.

plus républicain, on pourrait presque dire le seul républicain qu’ait produit l’empire, a perdu la vie dans une entreprise formée pour continuer l’œuvre d’Auguste, pour remplacer Néron par Pison, c’est-à-dire un joueur de cithare par un acteur de tragédie. N’en doit-on pas conclure que la république était regardée comme impossible par ceux mêmes qui semblaient la regretter le plus?

Tacite. — Reproches qu’on fait à ses ouvrages. — Ses opinions politiques. — Tendances contraires qui l’amènent parfois à se contredire. — Idée qu’il faut se faire de lui d’après ses livres.

Encore plus que Lucain, dont les contradictions ne peuvent échapper à personne, Tacite passe pour un ennemi décidé et systématique de l’empire. Est-ce parce qu’il a parlé sévèrement de Tibère et de Néron ? mais il n’est pas seul à le faire, et les autres écrivains de ce temps ne les ont pas mieux traités. Ni Suétone, qui était un secrétaire d’État, ni Dion Cassius, ce fonctionnaire irréprochable, si bien disposé pour ses maîtres, n’ont fait de ces princes des portraits beaucoup plus flatteurs, et ceux qui prétendent les réhabiliter sont forcés d’admettre qu’il y a eu sur leur compte, dans toute l’antiquité, comme une conspiration de mensonge. Il est vrai que les récits de Tacite s’imposent plus à la mémoire que ceux des autres historiens, et que, même quand il parle comme eux, on ne se souvient que de lui. C’est donc lui seul qu’on rend responsable du mauvais renom des empereurs ; et comme il fait de leurs crimes des tableaux si saisissants que ses attaques semblent porter plus loin

l’opposition sous les césars.

qu’eux et que la haine qu’il inspire pour les Césars s’étend jusqu’au césarisme, il est devenu l’ennemi particulier de tous ceux qui croient qu’on a calomnié ce régime. Aussi s’est-on donné beaucoup de mal de nos jours pour le rendre suspect et ruiner son autorité.

Parmi les critiques qu’on lui adresse, et qu’il a quelquefois méritées, beaucoup ne l’atteignent pas seul : elles lui sont communes avec tous les historiens antiques. Ils ne se sont pas astreints davantage à consulter les actes officiels ; dans le détail et les menus faits, ils n’ont pas eu plus que lui ce souci scrupuleux de l’exactitude que nous réclamons de tous ceux qui entreprennent de raconter le passé. Les anciens étaient bien moins exigeants que nous, et on les contentait plus aisément. L’histoire étant avant tout pour eux une œuvre d’éloquence ( opus oratorium), ils étaient tentés d’accorder à l’historien les mêmes privilèges qu’à l’orateur : or ces privilèges s’étendaient très loin. Non seulement celui qui parlait sur le Forum ou au sénat se croyait permis d’arranger les faits à sa fantaisie et de les présenter comme il voulait, mais il s attribuait le droit d inventer de petits mensonges agiéables qui pouvaient servir ses clients et nuire à ses adversaires1. On enseignait chez les rhéteurs l’art de les emplojei à piopos, sans que personne songeât à s’en étonner, 1 honnête Quintilien cite avec complaisance quelques-uns de ces récits mensongers, et, pourvu qu’ils soient spirituels et vraisemblables, il n’y trouve rien a redire2. Il est donc certain que la pratique de l’éloquence ne préparait pas l’esprit au respect religieux de la vérité : c’était une mauvaise école pour l’histoire, et

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