mendali™™^ adspergere
LËS écrivains de L*OP POSITION. â8 1
la plupart des historiens anciens en sont sortis. Tacite avait passé quarante ans et il était regardé comme un des maîtres de l’éloquence *, quand il écrivit la Vie d’Agricola, qui fut sa première œuvre historique : est-il surprenant qu’il ait conservé dans l’âge mûr quelquesunes des habitudes qu’il avait prises dans sa jeunesse? Aussi n’a-t-on pas eu de peine à faire voir que, dans ses ouvrages d’histoire , l’orateur et même le rhéteur se retrouvent2. Ils ne sont pas exempts d’un peu de déclamation et de rhétorique ; il cherche l’effet, il lui arrive de forcer les couleurs pour obtenir des reliefs plus puissants, il donne parfois à ses personnages des attitudes trop théâtrales, il groupe les faits à sa convenance pour présenter des tableaux plus dramatiques. Ce sont les défauts de son temps et de son ancienne profession ; il les a subis sans le vouloir, sans le savoir, par l’influence de l’habitude et la contagion de l’exemple. Ils ont pu amener chez lui quelques inexactitudes de détail dont on doit tenir compte quand on se sert de ses livres ; mais il ne faut pas les exagérer, et c’est précisément ce qu’on s’est empressé de faire.
Ces premières critiques, qui sont justes en partie, ont bientôt conduit à lui adresser un reproche plus grave. Il promettait solennellement, au début de ses ouvrages, de parler sans haine comme sans faveur, sine ira et studio 3 ; et cette impartialité lui semblait facile : les princes dont il allait raconter l’histoire lui étant tout à fait étrangers, il n’avait aucune raison de les flatter ou d’en
1. Pline raconte que la maison de Tacite était pleine de jeunes ^ens que sa réputation attirait ciiez lui, et qui venaient s’instruire par ses exemples et ses leçons.
2. Voyez surtout le mémoire de M. Mommsen sur Tacite et Cluvius Iïufus ( Hernies , IV, 295).