‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 159 sur 206 · Ann., III, 16 : audivi ex senioribus · texte numérisé non relu

Ann., III, 16 : audivi ex senioribus

lance systématique que je crois loin de sa pensée1. C’était le défaut de cette société comprimée et soupçonneuse de prendre toujours les choses du mauvais côté, de chercher aux événements les plus naturels des causes lointaines et obscures : Tacite le sait et Ten blâme, mais telle est la force de l’exemple et l’influence du milieu qu’il n’a pas pu toujours s’empêcher de faire comme elle.

Il a eu le tort aussi d’en accepter quelquefois les préjugés. On a remarqué qu’il est assez dur pour les parvenus, et que quand un homme obscur arrive à une haute fortune, il ne néglige pas de mentionner « la honte de sa naissance2». Il n’aime pas les mésalliances, et regarde comme un malheur public le mariage d’une descendante d’Auguste avec le petit-fils d’un chevalier romain 3. Il paraît fort scandalisé de voir qu’une princesse ait choisi pour son amant un homme de petite maison et qui venait d’un municipe4. Lui aurait-elle semblé moins coupable si elle avait fait choix d’un grand seigneur? Ce ne sont encore là que des ridicules, mais voici des erreurs plus graves auxquelles l’entraîne sa complaisance pour les opinions des gens qui l’entourent. Ces gens étaient en général des partisans obstinés des anciens usages, de ces conservateurs aveugles, qui ne font pas de choix et veulent tout conserver. Toutes les pratiques du passé leur étaient chères, et, comme les

1. M. Karsten, dans son mémoire intitulé De fille Taciti, a relevé, les passages nombreux où Tacite a rapporté ces suppositions et ces méchants bruits.

2. Ann., II, 21 : dedecus natalium. C’est à propos de Curtius Rufus, qu’on prétendait fils d’un gladiateur et qui fut consul, que Tacite emploie ce mot dédaigneux. Tibère était plus généreux quand il répondait à ceux qui s’enquéraient de la naissance de Rufus : « Il est né de lui-même. »

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