‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 160 sur 206 · Ann., IV · texte numérisé non relu

Ann., IV

291 l’opposition sous les césars.

plus mauvaises étaient naturellement les plus menacées, c’étaient celles aussi qu’ils affectaient de plus respecter. On était sûr d’irriter ces esprits étroits et craintifs dès qu’on proposait quelque réforme utile. Ils essayèrent de s’opposer à Claude lorsqu’il demandait qu’on permît aux Gaulois d’arriver aux honneurs et d’entrer dans le sénat, sous prétexte que leurs aïeux, cinq siècles auparavant, avaient failli prendre le Capitole i. Quand il fut question de faire exécuter ces cinq cents esclaves innocents qui avaient passé la nuit sous le même toit que leur maître assassiné, le peuple voulait l’empêcher, le sénat hésitait à y consentir; ce fut le chef du parti conservateur, le jurisconsulte Cassius, qui fit décider qu’on obéirait à la loi, quoiqu’on la sût injuste. « En toute chose, dit-il à cette occasion, les anciens ont été mieux inspirés que nous, et toutes les fois qu’on change, c’est pour faire plus mal2 3 4. » Tacite était assez de cette opinion. Il défendait volontiers certains abus, auxquels son bon sens devait répugner, mais qu’il trouvait respectables parce qu’ils avaient la sanction du temps. On ne trouve pas toujours chez lui cette hauteur de pensée, cette générosité d’âme qui élevait Sénèque au-dessus des opinions du vulgaire et l’a mis tant de fois sur le chemin de l’avenir. Le sang des gladiateurs, que Drusus voit couler avec tant de plaisir, n’est pour Tacite qu’un sang vil, vili sanguine* ; quand Tibère déporte en Sardaigne quatre mille affranchis destinés à y mourir de la fièvre, tacite paraît être de l’avis de ceux qui trouvent que la perte est légère, vile damnum \ Au lieu d’être attendri

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