‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 161 sur 206 · Ann., II · texte numérisé non relu

Ann., II

lorsque Néron brûle les chrétiens comme des flambeaux pour éclairer ses fêtes, il dit qu’après tout ils étaient coupables et qu’ils méritaient les derniers supplices, adversus soutes et novissima meritos l. C’est ce que pensaient les conservateurs du sénat; Tacite ne fait ici que reproduire leurs sentiments. Est-ce une raison suffisante pour voir en lui un partisan forcené du parti aristocratique, qui n’écrit que sous son inspiration et pour servir ses rancunes? Il lui appartenait sans doute, et l’on vient de voir qu’il en partage souvent les préjugés. Mais il lui arrive aussi d’y résister et de les combattre. On faisait profession, dans les sociétés du grand monde, de n’admirer que le passé ; Tacite trouve quelquefois que le présent vaut mieux, et il ose le dire 2. On s’y piquait d’ordinaire d’un patriotisme étroit et exclusif, qui bornait ses admirations aux héros de l’ancienne Rome ; Tacite se permet d’admirer les grands hommes étrangers, même ceux qui ont arrêté et balancé la fortune romaine ; il trouve de nobles paroles pour louer Arminius et Caractacus. Il aime sans doute les grands noms bien portés; mais, s’il est heureux de voir les petits-fils des hommes illustres soutenir la gloire de leurs aïeux, il ne se croit pas obligé de dissimuler leurs fautes, quand ils en commettent. Il nous montre « les plus grands personnages, et qui portent les noms les plus respectés, s’abaissant, sur l’ordre de Tibère, aux plus honteuses délations3 ». Est-ce là le langage d’un homme qui s’est livré tout à fait au parti de l’aristocratie, et que ses pré-

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