‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 168 sur 206 · XI · texte numérisé non relu

XI

liers réunis, c’est-à-dire 12 000 livres de rente1. C’était mettre assez haut son idéal : un revenu de 12 000 francs était considérable dans une société où les fortunes moyennes n’existaient pas, et qui se composait de millionnaires et de mendiants ; on pouvait ne pas l’atteindre sans être pauvre pour cela. Il est donc permis de penser que si Juvénal n’était pas aussi riche qu’il l’aurait voulu, s’il ne possédait pas tout à fait les 12 000 francs de rente qui lui semblaient nécessaires pour bien vivre, il n’en était pas moins à son aise, et qu’il ne faut pas le ranger parmi ceux dont il a dit avec tant de tristesse : « Il est bien difficile à l’homme de mérite de se faire un nom quand la misère est à son foyer2. »

Ce qui achève de le prouver, c’est que lorsqu’il vint d’Aquinum à Rome il ne se mit pas en peine de choisir un métier qui pût le nourrir. Il suivit uniquement ses préférences et se décida pour cette éloquence d’apparat et d’école qu’on appelait la déclamation. Voilà un goût bien étrange chez un esprit qui nous semble de loin si sérieux ! Pendant la moitié de sa vie il déclama, c’està-dire qu’à certains jours il convoquait par des lettres et des affiches tous les beaux esprits de Rome à se réunir dans une salle qu’il avait louée, pour l’entendre plaider des causes imaginaires, et trouver des arguments nouveaux sur des sujets mille fois traités. Son biographe nous dit qu’il déclamait pour son agrément ( animi causa ) ; mais il est difficile d’admettre qu’en se livrant à ce travail futile il n’ait cherché que le plaisir de donner des conseils à Sylla ou de défendre des gens qui n’avaient jamais été mis en cause. Il voulait évidem-

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