‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 174 sur 206 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

rejoindre les aigles qui veillent sur les nations domptées. Toi, tu es le descendant de Cécrops, voilà tout. Tu me fais l’effet d’un Hermès dans sa gaine ; ton seul avantage, c’est qu’un Hermès est de marbre; toi, tu es une statue qui vit i. » Que de rancunes accumulées laissent entrevoir ces paroles, et comme on y sent la colère que le poète a dû ressentir des mépris de ce grand monde, où son talent semblait devoir lui donner une place, et qui ne voulut pas s’ouvrir pour lui!

Repoussé par la bonne compagnie, Juvénal se retira dans la mauvaise. Il a pris soin de nous faire connaître lui-même quelques-unes des personnes qu’il fréquentait: société en vérité fort étrange pour un homme qui faisait profession de prêcher la vertu. Je ne dis rien de Martial, quoiqu’il fût loin d’être exemplaire; son amitié, s’il était seul, ne témoignerait pas trop contre Juvénal. C’était un poète si spirituel; il avait tant d’agrément dans l’esprit, tant de verve et de grâce, qu’on pouvait bien oublier les légèretés de sa conduite et de sa morale pour le charme de son talent. Je veux parler surtout de ceux à qui Juvénal adresse ses satires; ils n’ont pas l’air d’être des personnages imaginaires, et il les traite comme des amis avec lesquels il passait sa vie. Le plus honnête de tous est encore ce pauvre Umbritius, un poète crotté, qui, las de mourir de faim à Rome, se décide un jour à se retirer à Cumes, et dont tout le mobilier tient dans une petite charrette2; mais que dire des autres? L’un d’eux est un coureur d’aventures galantes, débauché célèbre (mæchorum notissimus ), que le retour imprévu d’un mari a forcé souvent à se cacher

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