‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 175 sur 206 · HÉ · texte numérisé non relu

HÉ

dans un coffre 1 ; l’autre est un parasite éhonté à qui l’espoir d’un dîner fait braver toute sorte d’outrages, qui se résigne aux injures des valets, aux railleries des affranchis, aux impertinences du maître, pour attraper quelque bon morceau et manger un peu mieux qu’il ne fait dans sa mansarde2; un autre enfin trafique de luimême et s’attribue de la meilleure grâce du monde le plus ignoble de tous les métiers 3. Voilà pourtant les gens à qui Juvénal adresse ses morales et dont il n’hésite pas à se dire l’ami ! Il n’a pas cherché à nous faire un mystère de ces liaisons, tant elles lui paraissent naturelles. M. Nisard fait remarquer que chacune des petites pièces que lui adresse Martial contient une obscénité; c’était sans doute le ton ordinaire de l’entretien dans cette société, et c’est en la fréquentant que Juvénal a pris l’habitude des plaisanteries grossières et des propos effrontés. Un jour qu’il adresse une invitation à dîner à l’un de ses meilleurs amis, il lui demande d’oublier tous les tracas du ménage: « Ne songe plus, lui dit-il, aux ennuis que te donne ta femme lorsqu’elle rentre le soir au logis, la coiffure dérangée, le teint enflammé, l’oreille rouge, les vêtements froissés d’une façon suspecte4.» Voilà des railleries singulières, et il faut avouer que ce n’était pas un monde délicat et distingué que celui où l’on pouvait se permettre de plaisanter ainsi son ami sans craindre de le fâcher.

C’est pourtant là ce qui fait l’originalité la plus piquante de la satire de Juvénal; elle nous introduit dans une société où nous ne pénétrerions pas sans elle.

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