XI
316 l’opposition sous les césars.
C’est la satire des petites gens. Nous sommes avec lui chez les poètes à jeun, chez les professeurs sans élèves, chez les avocats sans cause, chez les négociants ruinés, chez tous ceux qui vivent de privations ou d’aventures, qui frappent le matin à la porte des riches et qui s’endorment quelquefois le soir dans la taverne de Syrophœnix, « à côté des matelots, des filous, des esclaves fugitifs, des fabricants de cercueils et des prêtres mendiants de Cybèle 1 ». Juvénal parle pour eux; il s’est fait leur interprète et leur défenseur, il connaît toutes leurs misères, il est admirable de force et de vérité quand il les décrit. Il a fréquenté ces poètes « qui font des vers sublimes dans de pauvres galetas2 », ces rhéteurs, ces grammairiens auxquels on dispute leur maigre salaire, ces avocats qui comptent pour dîner sur le succès de leur plaidoirie, et « dont la faconde ronfle comme un soufflet de forge, tandis que le mensonge écume sur leurs lèvres 3 4 ». Il a vécu parmi ces pauvres clients qui se présentent chez leurs patrons « avec une tunique sale et déchirée, une toge crottée, des souliers béants ou grossièrement rapiécés1 » ; il les a entendus dire à ceux qui leur reprochent de tendre la main et d’accepter l’aumône du riche : « Que voulez-vous donc, quand viendra décembre, que je réponde à ces épaules nues qui me demandent un vêtement, à ces pieds qui réclament des chaussures? Puis-je leur dire: Patience, attendez le retour des cigales5? » C’est là, je le répète, une grande partie de l’originalité de Juvénal. Personne encore, dans