‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 177 sur 206 · IX · texte numérisé non relu

IX

les lettres latines, n’avait daigné prendre la parole pour ce petit monde besogneux; sans lui, les plaintes de ces misérables ne seraient pas venues jusqu’à nous. Les historiens ne songent à s’apitoyer que sur les malheurs des grands personnages ; il faut être sénateur ou chevalier pour avoir des droits à leurs larmes; la pitié de Juvénal descend beaucoup plus bas. Quand il dépeint les malheurs de la société, c’est presque toujours au point de vue des pauvres gens qu’il se place. Il adopte tous leurs préjugés et reproduit leurs plaintes; il juge le monde comme eux et ne s’appesantit que sur les maux dont ils souffrent. Dans cette première satire, où il étale avec tant de complaisance tous les vices de son temps, il en veut aux riches moins peut-être de dévorer leur fortune que de la dévorer tout seuls. Débauchés, avares et solitaires, ils n’appellent plus de compagnons pour les aider à se ruiner plus vite. « Eh quoi! s’écrie Juvénal, il n’y aura donc plus de parasites, nullus jam parasitus erit 1 ! » N’entendez-vous pas ce cri qui sort du cœur des Nævolus, des Umbritius, des Trébius ? Ce n’est certes pas la morale qui peut être fâchée qu’on supprime ce métier honteux; mais que deviendront ceux qui faisaient profession d’en vivre? Juvénal s’est mis à leur place, et il a parlé en leur nom.

Un des passages les plus curieux en ce genre et où le poète a le plus subi l’influence de son entourage, c’est celui où il attaque si vigoureusement les Grecs. On est tenté d’abord d’y voir l’expression du plus ardent patriotisme. « Citoyens, dit-il d’un ton solennel, je ne puis supporter que Rome soit devenue une ville grecque 2. t> Ne semble-t-il pas qu’on entend la voix de Caton le

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