‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 178 sur 206 · III · texte numérisé non relu

III

censeur? Aussi que de critiques s’y sont trompés! Ils ont pris ces emportements au sérieux et se représentent Juvénal comme un des derniers défenseurs de la nationalité romaine. C’est une erreur profonde : le motif qui le fait gronder est moins élevé qu’on ne pense, et il n’y a au fond de cette colère qu’une rivalité de parasites. Le vieux client romain, qui s’est habitué à vivre de la générosité des riches, ne peut pas supporter l’idée qu’un étranger va prendre sa place. « Ainsi, dit-il, il signerait avant moi, il aurait à table la place d’honneur, ce drôle jeté ici par le vent qui nous apporte les figues et les pruneaux! Ce n’est donc plus rien que d’avoir dans son enfance respiré l’air du mont Aventin et de s’être nourri des fruits de la Sabine i 2. » Quelle étrange bouffée d’orgueil national! Ne dirait-on pas, à l’entendre, que le droit de flatter le maître et de vivre à ses dépens est un privilège qu’on acquiert par la naissance ou le domicile, comme celui de voter les lois et d’élire les consuls ? En réalité, ce ne sont pas les moyens employés par les Grecs qui lui répugnent; il essayerait vo* lontiers de s’en servir, s’il pensait le faire avec succès* « Je pourrais bien flatter comme eux, dit-il ; mais eux Us savent se faire croire21 » Comment lutter de complaisance et de servilité avec cette race habile et souple? « Le Grec naît comédien ; vous riez, il va rire plus fort que vous. Son patron laisse-t-il échapper une larme, le voilà tout en pleurs, sans être plus triste du reste. En hiver, demandez-vous un peu de feu, il endosse son manteau fourré II fait bien chaud, dites-vous, la sueur lui coule du front 3 . » Voilà ce que le Romain ne

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