‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 179 sur 206 · III, 10Ü · texte numérisé non relu

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LËS ÉCRIVAINS DE l’ 0 P P 0 S I T 1 0 N. 31lJ

sait pas faire. Malgré ses efforts, il est toujours épais et maladroit : c’est un vice de nature. Ses reparties manquent de finesse, il mange gloutonnement, il a, jusque dans ses plus honteuses complaisances, des brusqueries et des rudesses qui ne peuvent pas se souffrir ; il ne sait pas mettre autant de grâce et d’invention dans sa bassesse. Aussi, quand le patron a une fois goûté du Grec, qui flatte si bien ses penchants et qui sert si adroitement ses plaisirs, il ne peut plus revenir au lourd client romain. « La lutte est inégale entre nous, dit tristement Juvénal, ils ont trop d’avantages1! » Encore s’ils laissaient le pauvre client s’asseoir sans bruit au bout de la table et de temps en temps égayer l’assistance de quelques bons mots « qui sentent le terroir » ; mais non, ils veulent la maison tout entière. « Un Romain n’a plus de place là où régnent un Protogène quelconque, un Diphile ou un Érimarque. Ils détestent le partage, le patron tout entier leur appartient. Qu’ils disent seulement un mot, toute ma servilité passée ne compte plus: il me faut déguerpir2. » C’est ainsi que ce malheureux, chassé de la maison du riche, l’imagination toute pleine'des mets espérés ou entrevus, s’en revient tristement manger chez lui son misérable ordinaire3. Voilà les raisons véritables qu’il a d’en vouloir aux Grecs, et Juvénal, qui l’a souvent entendu gémir après son maigre dîner, nous a fidèlement transmis ses plaintes.

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