‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 185 sur 206 · Melam., XV · texte numérisé non relu

Melam., XV

2. Voyez Hermes, IV, p. 99. Néron ne se piquait pas non plus de respecter ses prédécesseurs. Tacite dit qu’en nommant des préposés aux revenus publics il profita de l’occasion pour attaquer les princes

nous prouve que la mémoire des Césars n’était pas regardée comme sacrée, et qu’on pouvait maltraiter l’empereur mort sans déplaire à l’empereur vivant. Les sévérités de Juvénal, quand elles s’adressaient au passé, n’étaient donc pas des crimes ou même des témérités, et beaucoup se les étaient permises, qu’on ne pouvait pas soupçonner d’être des républicains. Il a osé attaquer le chef de la dynastie impériale; mais avant lui Sénèque ne l’avait pas ménagé davantage : ne disait-il pas, dans un ouvrage dédié à Néron, que la clémence d’Auguste n’était qu’une cruauté fatiguée1? Juvénal ne s’est pas fait faute de se moquer de l’apothéose de Claude : il plaisante sur la façon dont Agrippine « le précipita dans le ciel » en lui faisant manger cet excellent plat de champignons « après lequel il ne mangea plus rien 2 » ; mais qui parlait sans rire de ce dieu étrange? Sénèque est bien moins respectueux encore dans cette spirituelle satire qu’il composa quelques jours après la mort du prince, et au moment même où un décret du sénat lui ouvrait le ciel. Il est probable que ce charmant ouvrage fut bien accueilli au Palatin, et qu’Agrippine et Néron, qui détestaient Claude, s’amusèrent beaucoup en le lisant. Je ne dis rien de la manière dont Juvénal traite Domitien; quelque sévère qu’il soit pour ce prince, il ne l’est pas autant que Pline. Le Panégyrique était pourtant un discours officiel; et si Pline, qui parlait en présence de Trajan, n’a pas cru qu’il fût nécessaire de modérer ses violences, c’est qu’elles étaient sans signification et sans danger, et qu’en disant des empereurs après leur mort

qui avaient régné avant lui, cum insectatione priorum principum {Ann., XV, 18).

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