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Epist., III

332 l’opposition sous les césars.

prince non la liberté elle-même, mais seulement uno apparence de liberté? On n’en voudrait pas à Juvénal d’être plus exigeant. Il lui était permis de trouver que, même sous Trajan, la sécurité et la liberté des citoyens n’avaient pas assez de garanties. Le gouvernement restait le même, l’empereur seul était changé; la félicité publique ne s’appuyait que sur la vie du prince : ce n’était pas assez, et une nation est en droit de chercher pour son bonheur des assurances plus solides. Yoilà les réserves que pouvait légitimement faire Juvénal quand il parlait de Trajan; mais il est allé plus loin, il ne s’est pas contenté de tempérer ses éloges par des restrictions, il a impitoyablement refusé de donner aucun éloge; c’est là que commence l’injustice. Il affecte de ne mettre aucune différence entre ce gouvernement imparfait sans doute, mais honnête et glorieux, et celui d’un Tibère ou d’un Néron. Il semble même parfois qu’il place l’époque de Néron et de Tibère bien au-dessus de celle de Trajan. N’a-t-il pas prétendu que jamais les provinces n’ont été plus mal gouvernées que de son temps, qu’elles en étaient venues à regretter même Verrès, qu’elles étaient pauvres et ruinées, et que, comme . on ne leur avait rien laissé que leurs armes, elles ne tarderaient pas à se révolter contre Rome? Ce sont des exagérations dont l’histoire fait justice *. Il suffit pour y répondre de lire

1. A la vérité, Àurelius Victor (Epitome, 43, 21) prétend que Trajan avait d’abord montré beaucoup de faiblesse pour les mauvais gouverneurs, et que c’est seulement plus tard, sur les avis de Plotine, qu’il se montra plus sévère. Mais je pense, comme M. de La Berge ( Essai sur le règne de Trajan, p. 121), qu’il ne faut pas attacher d’importance à cette affirmation d’un si médiocre chroniqueur. Tout au plus peut-on admettre qu’à la suite de la révolution qui renversa Domitien, il y eut un peu de relâchement dans le gouvernement de l’empire ; mais dès l’an 100, c’est-à-dire deux ans après

la correspondance que Pline entretint avec Trajan pendant qu’il gouvernait la Bilhynie. On y voit les soins infinis et minutieux que prenait le prince pour assurer le bonheur et la sécurité de ses États. Il s’occupe de tout, aucun détail ne lui échappe. Jamais honnêteté plus active et plus scrupuleuse ne veilla au repos des provinces, jamais regard plus attentif ne fut jeté du Palatin sur le monde. Comment admettre que le proconsul qui se sentait toujours sous cet œil vigilant fût aussi libre de malverser qu’à l’époque de la république, quand il était jugé par des complices et surveillé par des amis décidés à ne rien voir chez les autres pour ne pas les encourager à regarder chez eux? Cette correspondance nous fait connaître et aimer ce vaillant soldat, qui portait dans les affaires politiques un esprit si ferme et si résolu, tant de justice et de bon sens, tant d’énergie et d’humanité, qui écrivait à Pline, un jour que celui-ci lui demandait s’il fallait punir un jeune homme coupable d’avoir outragé sa statue : « C’est mon dessein de ne pas renouveler les procès de majesté; je ne veux pas avoir recours à la terreur pour obtenir le respect 1 ». Que nous sommes loin de l’époque où Domitien condamnait une femme à mort parce qu’elle s’était permis de changer de vêtements devant son image !

Ces différences entre les temps et les hommes sont visibles; comment se fait-il qu’elles n’aient pas frappé Juvénal? comment ne nous laisse-t-il nulle part deviner que le régime sous lequel il vivait valait mieux que celui qui avait précédé? En le supposant sincère, et je

son avènement, Trajan fit poursuivre Marius Prisens, et nous voyons qu’au même moment Pline lui fait de grands éloges sur la manière dont il surveille l’administration des provinces (Pan., 70).

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