Tac., Ann., II
4. C’est ce qui est surtout remarquable dans le monument d’Ancyre, où le nom du sénat revient si souvent et où le prince ne parait jamais avoir fait qu’exécuter ses ordres.
l’opposition des gens du monde. 59
l’orgueil de cette race indomptable1. Le peuple lui répugnait; il ne prit même plus la peine de l’amuser, comme avait fait Auguste, et se montra fort négligent des jeux publics. Il avait un dégoût profond pour toutes ces foules prosternées qui attendaient son passage le long des routes de l’Italie, et fit un édit pour ordonner aux habitants des municipes de rester chez eux quand il voyageait2. C’est avec lui que le peuple cesse de tenir aucune place dans le gouvernement; malgré sa complaisance inépuisable, on lui enlève la nomination des magistrats pour la donner aux sénateurs. Les empereurs nouveaux ne lui demandent plus, à leur avènement, une sorte de confirmation de leur pouvoir, qu’il se serait bien gardé de refuser, et c’est le sénat qui est seul chargé de donner à l’élu de la violence ou de la fraude une apparence d’investiture. Il n’est donc pas exact de dire que les empereurs gouvernaient au nom du peuple, et d’appeler, comme on le fait ordinairement, le césarisme une tyrannie démocratique.
C’était plutôt un gouvernement monarchique qui se cachait sous des formes républicaines. Ce mélange des deux principes différents avait été imaginé par Auguste, et il était si fier de son œuvre, qu’il a pris soin de nous apprendre à quel moment ce régime fut institué. « Pendant mon sixième et mon septième consulats, dit-il, les guerres civiles étant terminées, je renonçai au pouvoir que le consentement de tous les citoyens m’avait confié, et je remis la république aux mains du peuple et du sénat 3. » Gardons-nous de prendre ces mots à la lettre.
1. Tac .,Ann., I, 4: vetere atqueinsita Claucliæ familiæ superbia.