Suét., Aug
3. Tac., Ann., III, 60 : sed Tiberius vim principatus sibi firmans imaginem antiquitatis senatui præbebat, et ailleurs (II, 55) : cunda legum et magistratuum munia in se trahens.
4. C’est ce qui est dit dans la Le x regia : ulique qusecumque ex usu reipublicse majestate divinarum humanarum publicarum privatarumque rerum esse censebit ei agere facere jus potestasque sit.
l’opposition des gens du monde. 61
du peuple ». Les flatteurs ou les sots pouvaient seuls se laisser tromper par l’apparence et prétendre qu’il avait fait revivre l’ancien gouvernement1. Les autres savaient bien quel nom il fallait donner à ce régime nouveau, et ils disaient avec Tacite que l’empire, malgré ses formes républicaines, n’était au fond qu’une monarchie, haud alia re romana quant si unus imperitet 2.
Ce n’était pas nécessairement une monarchie absolue. Elle pouvait le devenir et l’est en fait très souvent devenue, mais en principe elle ne devait pas l’être. C’est l’opinion de Tacite et des esprits les plus sages de ce temps. « Il ne faut pas confondre, disait Pline, le principat avec le despotisme 3. » Aujourd’hui il nous est bien difficile de les séparer, et l’empire romain nous paraît un des types les plus accomplis du gouvernement despotique. Nous ne comprenons guère que ceux qui le voyaient de près et qui en avaient souffert l’aient autrement jugé que nous. Il nous paraît fort étrange que Tacite fasse dire à Galba, après Tibère et Néron, « que les Romains ne peuvent supporter ni la pleine liberté ni la pleine servitude4 ». Nous ne sommes pas moins étonnés d’entendre dire à Dion Cassius que l’on voyait avec peine Caligula fréquenter les petits despotes de l’Orient qui se trouvaient alors à Rome, « parce qu’on craignait qu’il n’apprît d’eux à devenir tyran 5». Avait-il donc besoin qu’on le lui enseignât, et ne lui suffisait-il pas, pour le devenir, d’imiter l’exemple de Tibère? Mais les Ro-
1. Comme Velleius Paterculus, par exemple, quand il disait : prisca ilia et antiqua reipublicæ forma revocata, II, 80.