L’OPPOSITION DES GENS DU MONDE
les mauvais princes et qu’il est naturel qu’il en ait produit plus qu’aucun autre.
A ce despotisme inquiet et incertain répondit une opposition indécise, dissimulée, plus tracassière qu’efficace, sans consistance et sans principes. Elle ne s’exerça pas régulièrement et au grand jour ; elle ne vint pas de corps politiques, du sénat ou du peuple. Le peuple, à vrai dire, ne comptait plus depuis César. Il était resté encore assez remuant sous Auguste, mais ce n’était plus alors pour réclamer ses droits ou les accroître qu’il faisait des séditions ; Dion rapporte qu’au contraire il se souleva un jour pour contraindre Auguste à prendre la dictature l. Ces révoltes, aisément apaisées, n’étaient pas sans profit pour l’empire : elles effrayaient les gens paisibles et les rattachaien. plus étroitement au prince qui se chargeait de pacifier la place publique. Sous Tibère, la nomination des magistrats fut transférée au sénat. Le peuple s’y résigna si aisément que quelques années plus tard, quand Caligula voulut réunir de nouveau les comices, personne n’alla voter et qu’il fallut revenir à ce qu’avait fait Tibère. Dès lors le peuple ne se met en colère que lorsque le pain est cher ou les jeux trop rares. Il ne réclame plus la liberté, mais, quand il s’agit de ses plaisirs, il est intraitable. Il veut qu’on l’amuse et se permet d’être difficile sur les divertissements qu’on lui donne. Il est encore quelquefois exigeant et mutin au théâtre ; c’est le seul endroit où il ose être libre. Là il ne se croit pas toujours obligé de flatter le prince, et il ne se fait aucun scrupule de siffler le gladiateur ou le cocher que César préfère. En général les empereurs le traitent avec une grande indulgence; ils supportent ses