Dion, LIX
3. Tacite parle d’un grand personnage qui échappa à la cruauté de Néron parce qu’il était de petite noblesse {Ann., XIV, 47).
l’opposition des gens du monde. 67
la tête et l’honneur de l’empire1. Les empereurs, qui le voyaient si respecté, ne pouvaient s’empêcher d’en avoir peur, et comme ils pouvaient le frapper impunément, ils ne l’épargnaient pas. C’est sur lui que retombait toujours leur colère, et leur tyrannie n’a guère fait de victimes que parmi les sénateurs. Les malheureux, qui se savaient toujours menacés, passaient leur vie dans des terreurs perpétuelles. Il y en eut un qui mourut de peur en plein sénat, en entendant un mot un peu dur de Tibère. On ne pouvait attendre de gens ainsi effrayés une résistance ouverte. Aussi n’y a-t-il pas d’exemple que le sénat se soit jamais opposé à la volonté de l’empereur. On y faisait assaut de flatteries ; « il ne s’v traitait pas, dit Pline le Jeune, d’affaire si vulgaire, si mesquine, que tout sénateur appelé à dire son avis ne fît une digression à la louange du prince. Il s’agissait d’augmenter le nombre des gladiateurs ou d’instituer un collège d’artisans, et, comme si les limites de l’empire eussent été reculées, nous votions des arcs de triomphe d’une grandeur prodigieuse et des inscriptions auxquelles ne suffisait pas le frontispice des temples 2. » Il est vrai qu’une fois l’empereur mort, le sénat relevait la tête; il renversait ses statues, il condamnait sa mémoire pour se venger de la longue servitude qu’il avait soufferte. Le nouveau prince, qui regardait comme des flatteries pour lui les outrages qu’on prodiguait à ses prédécesseurs, le laissait faire. Il arrivait alors quelquefois que les sénateurs allaient plus loin : dans leur ardeur de vengeance, ils s’en prenaient aux favoris du dernier règne ; ils s’attribuaient le droit de les poursuivre et de les juger; encouragés