De là le nom de circulatores qu’on leur donnait
72 I, 'opposition sous les césars.
d’animaux savants ou rares l, et des faiseurs de tours de force 2. Quelquefois un- malheureux poète, désolé de n’avoir pas de lecteurs, profitait de ces réunions de hasard pour déclamer ses vers à l’assistance 3. Souvent aussi on ne se rassemblait que pour entendre pérorer un de ces personnages qui faisaient les importants et se prétendaient bien informés. Il s’en trouvait un grand nombre à Rome, et, quand les circonstances étaient graves, dans ces moments d’inquiétude et d’attente où l’on est si impatient d’apprendre ce qu’on tremble de savoir, ils obtenaient beaucoup de crédit. Après les avoir écoutés, chacun disait son avis. On décernait gravement des éloges ou des blâmes aux généraux, on faisait des plans de campagne 4, on discutait des traités de paix. Ces politiques de la rue, vers la fin de la république et aux premiers temps de l’empire, se réunissaient au pied de la tribune aux harangues, ce qui leur faisait donner le nom de subrostrani 5. De là se répandaient des bruits lugubres qui épouvantaient Rome 6. On racontait que les Parthes avaient envahi l’Arménie, que les Germains passaient le Rhin, et la foule qui écoutait ces sinistres nouvelles n’épargnait pas toujours l’empereur et ses ministres, qui ne prenaient pas des mesures assez efficaces pour protéger les frontières.
1. Pétrone dit qu’on y montre des cochons savants (Sut., 47).