‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 33 sur 206 · L’OPPOSITION DES GENS DD MONDE · texte numérisé non relu

L’OPPOSITION DES GENS DD MONDE

Aussi l’empereur avait-il fini par faire surveiller ces parleurs téméraires. Il envoyait dans les groupes des soldats déguisés qui rapportaient à leurs chefs ce qu’ils avaient entendu dire.

Ces conversations en plein air, que les espions du prince pouvaient recueillir, n’étaient donc pas sans péril. Les gens qui ne voulaient pas courir le risque de se perdre, se gardaient bien d’v rien dire. Ils ne se livraient que dans les sociétés dont ils se croyaient sûrs. Du reste les occasions de parler ne leur manquaient pas. Je ne doute pas qu’il n’existât alors à Rome quelque chose d’assez analogue à ce que nous appelons le monde, c’est-à-dire des réunions de personnes, étrangères le plus souvent entre elles, diverses d’origine et de fortune, qui n’ont point d’affaires à discuter, point d’intérêt commun à débattre, et ne cherchent en se rassemblant que le plaisir de se trouver ensemble. Ce qui caractérise pour nous le monde, c’est que les femmes y sont librement mêlées aux hommes ; elles l’étaient aussi très souvent à Rome. Il ne leur était pas interdit de paraître dans les repas, même quand il s’y réunissait des gens étrangers à la famille, et Cornélius Nepos nous dit que personne n’était étonné de voir un Romain conduire sa femme avec lui, quand il allait dîner hors de sa maison, ce qui aurait beaucoup choqué les Grecs *. Ainsi les repas étaient déjà des réunions mondaines, mais on peut affirmer qu’il y en avait beaucoup d’autres, quoique le souvenir n’en soit pas distinctement venu jusqu’à nous. Je crois même que, dès le premier siècle, l’habitude de vivre ensemble avait fait naître quelquefois entre les deux sexes une sorte de commerce de

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