‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 36 sur 206 · Phars., 1, 512 : generis, coeatsi turba, capacem Humani · texte numérisé non relu

Phars., 1, 512 : generis, coeatsi turba, capacem Humani

2, Ovide, Trist., II, 470.

76 l’opposition sous les césars.

servés et malins, mal disposés pour l’enthousiasme, ils devaient sourire à ces flatteries excessives dont on accablait le prince, et l’apothéose de l’empereur mort ou vivant les trouvait sans doute assez incrédules. Le monde développe le penchant à l’ironie : savoir agréablement railler son voisin y est une qualité très estimée, et il faut croire qu’on la prisait encore davantage quand ce voisin était l’empereur. C’était sans doute un jeu périlleux, et des railleries qui s’adressaient si haut pouvaient coûter cher; mais le danger n’était pas toujours un motif de renoncer à une plaisanterie quand on la trouvait spirituelle et qu’on croyait qu’elle serait applaudie. «Je ne puis pas avoir pitié, disait Sénèque le père, de ces gens qui hasardent de perdre la tête plutôt que de perdre un bon mot1.» Dans ce monde léger et charmant, on ne voulait pas perdre un bon mot, même au risque de perdre la tête. Il fallait bien se dédommager de la contrainte qu’on venait d’éprouver au sénat, où l’on était forcé de faire bon visage aux amis du prince et d’applaudir aux éloges dont ils le comblaient. On en sortait toujours mécontent des autres et de soi-même, le cœur plein d’une colère qui avait besoin de se soulager. Aussi causait-on librement dès qu’on se trouvait avec quelques amis qu’on croyait fidèles. Ce qu’on aimait surtout a se communiquer dans ces entretiens secrets, c’étaient ces nouvelles « qui ne pouvaient se dire ni s’écouter sans danger2». Rome alors était pleine de ces nouvellistes dont les journaux et le télégraphe ont discrédité ie métier. Nous en avons rencontré tout à l’heure dans les cercles, il y en avait plus encore dans les réunions du

1. Controv., 3, 12 : Horutn non possuin misereii qui lunli pulcint caput potius quam clictum perclere.

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