Sén., De tranq. animi
l’opposition des gens du MONr. K 77
monde. Ils savaient tout, ce que disaient les armées, ce que pensaient les provinces ; surtout ce qui ar. vait, ils donnaient les informations les plus précises. Quand un personnage important venait de mourir, ils racontaient toutes les circonstances de sa mort, ils disaient sans hésiter qui avait tenu le poignard ou versé le poison. Jamais les méchants bruits de toute sorte n’avaient tant circulé à Rome, que depuis qu’on empêchait les gens de parler : prohibiti sermones, ideoque plures1. L’autorité, en cherchant à saisir ceux qui les propageaient, leur donnait plus de créance. C’est d’ailleurs notre nature que nous sommes volontiers incrédules pour ce qui se raconte ouvertement, et que nous acceptons sans discuter ce qui se murmure à l’oreille. Ainsi toutes les mesures que prenait le pouvoir tournaient contre lui. On savait tout, on croyait tout, on voulait trouver des raisons à tout, et les plus naturelles n’étaient pas les mieux accueillies; il fallait, pour se faire écouter, imaginer à tous les événements des explications étranges et raffinées.
Cette opposition prenait des formes très diverses et se pliait aux circonstances. Selon les temps, elle remontait à la surface ou s’enfonçait dans l’ombre; mais, courageuse ou timide, visible ou cachée, elle ne mourait jamais : c’est cette souplesse et cette persistance qui faisaient sa force. Tantôt elle osait se produire au grand jour par un pamphlet : c’était, par exemple, un de ces testaments satiriques, comme il était d’usage d’en inventer pour les personnages considérables, où les morts disaient librement tout ce qu’ils pensaient des vivants. Tantôt elle répandait des vers méchants qu’on