Tac., Hist., III
l’opposition sous les césars.
se répétait à l’oreille, et qui, après avoir parcouru tous les étages de cette société mécontente, se retrouvaient un jour écrits par des mains inconnues sur les murailles du forum. « Tibère dédaigne le vin, disait-on, depuis qu’il a soif de sang ; il boit le sang aujourd’hui comme il buvait le vin autrefois1. » Si cette audace présentait trop de péril, on se rabattait sur les allusions malicieuses qui étaient facilement saisies par des esprits éveillés. Quand ces allusions étaient elles-mêmes poursuivies et punies, on se contentait d’échanger quelques mots furtifs en se rencontrant. Devenait-il tout à fait impossible de parler, on avait un art de se taire qui laissait voir ce qu’on pensait, et Ton trouvait moyen de rendre le silence même séditieux : occulta vox aut suspicax silentiumi. Voilà ce qu’était l’opposition sous l’empire.
Ce qui nous reste de cette opposition. — Les pamphlets. — La littérature d’allusions. — Les lectures publiques. — La politique dans les tragédies de Sénèque. — Les entretiens secrets, et comment nous pouvons savoir encore ce qui s’y disait.
Si discrète, si cachée que fût cette opposition, elle n’a pas péri tout entière, et il nous reste assez de souvenirs d’elle pour la saisir à tous ses degrés. A la vérité, nous ne possédons plus ces pamphlets qu’elle osait répandre dans le public à ses moments d’audace. C’étaient des œuvres de circonstance; Tacite dit qu’on les lisait avidement tant qu’il y avait quelque péril à se les procurer,